IV. — L'ÉGLISE PAROISSIALE, LA CRYPTE ET LES CLOCHES
L'église de Beauzac dépendit, nous l'avons déjà vu, d'abord du Monastier, puis de Chamalières. « Il ne subsiste malheureusement, dit M. Noël Thioliier (D, de l'édifice primitif, que la crypte, la travée centrale, l'abside et une partie du campanile. L'ordonnance du monument, quoique assez simple, n'est pas sans distinction.
« L'abside, couverte d'une voûte en quart de sphère, présente cinq pans, à l'extérieur comme à rintérieur ffig. 18). Elle est séparée de la nef par une légère retraite et. ornée de cinq arcatures d'inégale grandeur dont les courbes affectent les formes brisée, plein cintre et outre passée. Elle est éclairée par deux fenêtres ouvertes au Sud-Est et au Nord-Est. Toutes les arcades entrant dans la composition de l'édifice reposent sur des colonnettes au fût peu galbé; l'arc triomphal est légèrement outrepassé ; les arcades latérales sont brisées. Les chapiteaux ont tous une ornementation à peu près identiquejconsistant en larges feuilles d'eau : quelques-unes se terminent en forme de volute. Les tailloirs sont composés d'un méplat, d'un onglet et d'un cavet; les bases, d'une scotieentre deux tores dont l'inférieur est proéminent ; l'astragale est pris dans le même bloc que le chapiteau.
(1) L'Architecture religieuse à l'époque : romane dans l'ancien diocèse du Puy, p. 89. - -
i8. — ABSIDE ET CAMPANILE DE L'EGLISE DE BEAUZAC
D'après un document fourni par M. Félix TbioUier.
« Une voûte en coupole ovale couvre la travée centrale ; elle est d'assez faibles dimensions et repose sur quatre arcs en encorbellement; au-dessous de trois d'entre eux une tête grimaçante regarde le sol. Cette coupole n'était pas destinée à recevoir un clocher, car l'église est surmontée d'un simple campanile. Des réparations assez récentes l'ont élevé bien audessus de sa hauteur primitive.
w Avant i848, c'était une sorte de mur épais (i m. 08) formant le prolongement vertical de celui qui sépare l'abside du corps de l'édifice (1). Après une retraite assez 'prononcée au niveau de la toiture, il y avait un étage percé de quatre ouvertures à cintre surhaussé et dont la largeur varie entre o m. 97 et I m. 27. Cette partie est très sobre d'ornements : à peine deux cordons de moulures formées ii'un méplat et d'un cavet, à l'exception toutefois des deux ouvertures du milieu qui ont à leur côté interne une sorte de boudin, sans doute pour renforcer le support des cloches. Les réparations de Mallay ont défiguré ce campanile par l'adjonction d'un étage de baies.
« Le surplus de l'église est de construction moins ancienne : la nef unique se compose de trois travées séparées par deux doubleaux ; deux sont voûtées, la troisième est couverte en planches. De chaque côté de la travée centrale, voûtée en coupole, on a construit une chapelle à la place qu'occupent d'ordinaire les bras du transept; l'une et l'autre sont du xv" siècle. »
La crypte de l'église de Beauzac, longtemps ignorée, fut découverte au milieu du xix" siècle dans les circonstances suivantes : « Des travaux de consolidation projetés au clocher de l'église paroissiale motivèrent, au mois de juillet 1847, ^^s fouilles qui avaient pour objet de constater l'état des fondations de cette partie de l'édifice. Une ouverture fut pratiquée à cet effet sous le pavé de la nef, où l'on rencontra les vestiges d'un escalier. Il conduisait à une cavité assez vaste et voûtée, située sous le choeur, et qu'on trouva à demi remplie de terre
(i) Aymar, Crypte et église de Beauzao, p. i5.
et d'ossements.' La disposition élégante de la votite, soutenue par quatre rangées de colonnettes, donnait l'idée d'une construction qui n'était pas sans valeur architecturale. Aussi M. FayoUe de Mans, maire, s'empressa-t-il, après avoir fait complètement opérer le déblai, d'informer M. le Préfet de cette découverte. » Sur l'invitation de M. le Préfet, qui désirait connaître l'importance du monument et les mesures qu'il pourrait être utile de prendre, pour assurer sa conservation, M. Aymar, inspecteur des monuments historiques, visita l'église de Beauzac (l). Il adressa à M. le Préfet un rapport descriptif de la crypte que nous ne reproduisons.pas, mais que nous remplaçons par la description suivante de M, ThioUier (2) :
« Sous l'Église se trouve une crypte d'autant plus curieuse qu'elle est l'unique exemple de monuments de ce genre existant en Velay. Deux particularités de structure assez importantes distinguent la crypte du sanctuaire supérieur. L'abside, pentagonale à l'église, est curviligne à la chapelle inférieure. Cinq arcades régnent autour de l'abside supérieure, tandis qu'il y en a sept à l'inférîeure Située sous le sanctuaire dont elle ne dépasse pas les dimensions, elle diffère profondément des cryptes de l'Auvergne par une grande simplicité de structure, l'absence de chapelles rayonnantes, l'élégance de ses colonnes de granit et le faire varié de ses chapiteaux. Sa largeur dans œuvre est de 3 m. 70, sa longueur de 4 m. 10, sa hauteur sous clé de 2 m. 69.
« Elle est divisée en trois nefs, recouvertes par des voûtes d'arêtes à plein cintre surhaussé, dont les retombées sont portées sur douze colonnes avec chapiteaux sculptés. Quatre de ces colonnes sont isolées au centre de l'édifice et les huit autres s'élèvent sur un bahut pourlournant les murs. Deux portes ouvertes sur le grand côté de la crypie correspondent à des escaliers conduisant à l'église supérieure. La lumière pénètre par une petite baie amortie en plein cintre, percée
(1) Bulletin de la Société acad. duPmj, V, 35i à 3G8.
(2) Ouvrage cité, pages .90 et 9t.
dans l'axe de l'édifice. Dans le massif de la maçonnerie placé entre les deux escaliers, on avait pratiqué une assez large ouverture qui semblait devoir correspondre à la plus haute marche du sanctuaire. Trois niches rectangulaires ont été ménagées dans l'épaisseur des murs.
« La surface de la crypte est plus petite que celle de la partie correspondante de l'église supérieure; l'appareil est aussi de dimensions moindres en bas qu'en haut; nous croyons, malgré cela, ces deux monuments de la même époque, du second quart du xii" siècle probablement. Le galbe et les sujets des chapiteaux, soat, en effet, les mêmes aux deux étages; on y voit, soit une série de volutes, soit des feuillages assez plats, entremêlés ou non de fruits, soit un motif qui rappelle de loin les godrons si fréquents en^ Normandie. Deux bases des colonnes de la crypte sont formées d'un simple tore; leâ autres, comme du reste celles du sanctuaire supérieur, se profilent en deux tores inégaux séparés par une scotie. Les tailloirs sont partout composés d'un bandeau, d'un onglet et d'un cavet; ceux de l'édifice sont pourtant bien plus saillants. L'astragale lait corps avec le fût : il est sculpté en forme de tore et d'onglet. )>
La crypte de l'église de Beauzac, si minutieusement décrite par M. Noël ThioUier, était presque remplie de terre et d'ossements à l'époque où elle fut découverte. On trouva alors dans les déblais un éperon, un fer de lance, une médaille romaine à peu près fruste, enfin quelques menues monnaies peu anciennes. « Ces pièces, dit M. Aymar il), provenaient sans doute de quelque pratique pieuse; il est probable qu'elles avaient été jetées comme offrande dans l'oratoire souterrain par la petite ouverture située à la hauteur du pavé du sanctuaire. On n'a d'ailleurs observé aucun fragment lapidaire de tombe ou d'autel. Les fouilles ont été continuées jusqu'au sol, qui est formé sur toute sa surface d'un roc granitique taillé assez régulièrement. »
Le campanile de l'égUse paroissiale de Beauzac renferme
(1) Bulletin de la Société acad. du Puy, V, p. 361, note»
deux cloches. Sur le pourtour de la plus ancienne on lit: