ACTE PREMIER
MONTADE, regardant la porte par où est sortie la princesse.
Le Turc.
DE HORN
Je ne comprends pas.
MONTADE.
Voilà ce que c'est que d'être bête ! Ne faites donc pas de cachotteries avec moi. Je ne suis pas myope pour rien, je vois très clair.
DE HORN
Monsieur est psychologue ?
MONTADE.
Il n'y a pas de sot métier.
DE HORN
Et qu'est-ce que vous voyez ?
MONTADE.
Vous ne vous fâcherez pas ?
DE HORN
Je ne me fâche jamais.
Tant pis.
DE HORN
C'est une règle de conduite. Allez.
MONTADE.
Eh bien, je vois que vous êtes très entouré dans celte maison.
DE HORN
Pas plus que vous.
MONTADE.
Si. Moi d'ailleurs, ça ne peut pas se comparer. Je suis célèbre, je parle beaucoup, on m'invite, c'est tout naturel. Mais ce qui n'est pas naturel, c'est qu'un homme comme vous, d'une race plutôt pratique, ait avec une femme telle que la princesse des petits entretiens comme celui de tout à l'heure, et au cours duquel il sort galamment de sa poche un carnet qui, même de loin, m'a tout l'air d'un carnet de chèques. (Geste de protestation de de nom.) Pour que le baron de Horn, un de nos plus entêtés millionnaires, un jeune et déjà vieux routier de la haute banque israélite, se laisser aller avant dîner à d'aussi éloquents marivaudages, ah ! il faut vraiment qu'il ait une sérieuse arrière-pensée!
DE HORN
Après ?
MONTADE.
Et, comme cette arrière-pensée est une des plus séduisantes et des plus désirables femmes que je connaisse, je vous adresse tous mes compliments, mon cher, et je vous souhaite bonne chance.
DE HORN
Je vous assure encore une fois...
MONTADE.
Oh ! non, je vous en prie, ne m'expliquez rien !... Seulement, je ne sais pas pourquoi... je me méfie du prince et de la princesse. (Attention du baron à ces mots.) J'ai idée que ce ménage n'a pas à votre égard des intentions absolument pures,