ACTE PREMIER
LOUIS
Oui. Le prince doit à tout le monde.
JOSEPH
La princesse aussi. Elle a, de ce moment, des couturières qui la tracassent. Je le sais.
LOUIS
Bah 1 Ils n'ont pas besoin d'économiser, ils n'ont pas d'enfants.
JOSEPH
Ça ne fait rien : des petites fêtes comme celle de ce soir ça doit coûter chaud?
LOUIS
Tant qu'on ne les paye pas.
JOSEPH
Et puis il y a autre chose : le prince joue, toutes les nuits, plus gros jeu que jamais.
LOUIS
Et il a la guigne?
JOSEPH
Noire.
LOUIS
Comment peut-il s'en tirer, avec le train qu'il mène ?
JOSEPH, avec intention.
On a des amis...
LOUIS
M. Paul Montade ?
JOSEPH
Mais non, c'est un écrivain, un homme de lettres comme ils disent. Ces gens-là n'ont jamais le sou. Je te parle de l'autre, du juif millionnaire.
LOUIS
Le baron de Horn ?... qui tourne autour de madame?
JOSEPH
Oui. Pour moi, il doit casquer.
LOUIS
Un juif? Tu m'étonnes.
BERTIN, entrant, des papiers à la main.
Stulbach est parti ?
JOSEPH
A la minute, en disant qu'il enverrait du papier timbré.
BERTIN
A son aise ! J'en ai déjà plein les mains : le bottier, le tailleur, le bijoutier, le fleuriste... avec ce bal. (aux valets.) Est-on passé chez Beiloir ?
LOUIS
Oui.
BERTIN
C'est bon. Le prince va rentrer d'une minute à l'autre. Allez- vous-en, ça n'est pas ici votre place. Et puis ne recevez
plus personne, aucun Créancier. (Les valets sortent. Il feuillette les
papiers qu'il a à la main.) Un duc de Talais, prince d'Aurec ! Je ne sais plus où donner de la tête, moi. Tant pis, je vais être