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SCENE II

PROMÉTHÉE (seul)

Présomptueux el enivrés, enfants hardis.

qu'un peu de science émerveille ;

aveuglés d'un rayon de justice,

ô vous que j'ai tirés de la sauvagerie,

vous que j'aurais conduits n l'immortalité,

si votre nature incomplète n'avait trahi ma volonté,

Éphémères, mes fils, que faites-vous ?

Puérils étourdis et aux Titans semblables

vous aussi rejetez la prudence !

Je vous ai mis aux mains, le sceptre de la terre,

et vous méconnaissez déjà le pouvoir olympien.

Orgueilleux et hâtifs, vous négligez les rites,

rebelles au joug sauveur de la Religion sainte :

vos bras refusent d'édifier ces temples

qui seuls vous donneront la divine faveur.

Déjà les Dieux vous semblent trop humains.

Je ne peux révéler le Dieu unique!

Il ne veut pas même être nommé ;

ce Dieu si haut, si grand, si absolu,

que Zeus lui-même l'ignorera toujours.

Gomme un terrain mauvais ne produit pas

le fruit attendu d'une bonne semence,

le savoir a fait germer l'impiété, parmi les hommes.

Les Titans se fiaient en leur force physique

— et vous, Mortels, infatués d'un lambeau de mystère,

à votre tour, déments! vous niez ce qui vous dépasse!

Cessant de craindre, vous cessez de croire ;

et cessant de pàtir, vous devenez avides.

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jouisseurs el mauvais I

Les Titans s'entendaient entre eux, du moins

vous tourne/, sur vos frères, ces armes

que je vous ai données contre les '«êtes redoutables.

Au lieu de disputer à la nature ses infinis Iféso 'S,

paresseux et cruels, vous dérobez le labeur d'autrui ;

effroyables effets de la plus pure idée !

Mon chemin de lumière aboutit à l'horreur!

Cependant, j'accomplis la norme du Destin,

car j'ai donné, aux. hommes, avec les biens terrestres

le goût de l'immortalité !

L'esprit humain, malgré ses attentats, ouvre ses ailes :

il s'éveille, ébloui de lui-même, enivré de sa liberté.

Ah ! j'ai repris mon grand office,

replacé 1 homme entre mes mains:

j'ai modelé son àme, comme j'avais sculpé sou corps :

nul Dieu ne pensera à les détruire, désormais!

— Humanité déjà subtile et passionnée, ô nouvelle venue dans la série de l'Etre malgré les crimes, j'ai eu raison de croire e.i toi! Le Créateur m'avait choisi pour le guider!

— De la mort, à leurs yeux., j'ai voilé le mystère, j'ai semé tout leur cœur d'aveugles espérances, je leur ai révélé les secrets daïmoniques,

trop tôt, peut-être, en mon zèle fiévreux.

— Toi que j'ai cru sentir, toi que j'ignore, et que je n'ose pas nommer,

ô .Maitre du Destin, cause premiè

es-tu content de Frométhée?

et pourquoi le fais-tu douter de sa mission

quand elle est terminée ?

Que signifient ces craintes qui m'assaillent

"t la sourde douleur du noir pressentiment

qui me pique le cœur

■i-2 THÉ AT HE DE LA ROSE f CHOIX

Vas-tu me déjuger, lorsque je t'ai servi,

et renier celui qui fut ton bras ?

— Dans une solitude, j'irai,

implorant un oracle de ma mère Thémis,

car l'avenir se voile et s'enténèbre,

et ma pensée hésite, incertaine et troublée, pour la première fois!

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