SCÈNE I
CAVALCANTI et TONIO (endormi).
CAVALCANTI (même jeu qu'au 2 du II).
Gomme il dort, confiant et beau ! Voilà bien la plus brève fortune de l'histoire ! Ce beau bâtard, ce fils de l'amour, comme moi aura régné trois jours : cela seul a coulé dans le sablier du temps, depuis l'aube où je le contemplais ainsi, avant de l'éveiller a son royal destin : c'est la seconde fois que je l'emporte en croupe. Oh ! cette chevauchée, m'a paru un calvaire... Mon rêve s'évapore, ma vie n'a qu'un seul but et qu'un mot et ce mot « c'est la mort » .
0 le peu, le très peu, le presque rien, le rien que nos âmes, a la vôtre semblable pourtant, Seigneur Dieu I La beauté vierge, par le plus noble amour servie, est vaincue sous le jeu régulier de la machine sublunaire...
Je jouerais mon éternité pour une chance de salut!
Providence, regarde : l'innocence qui dort par l'intelligence veillée. Les flots incohérents soulevés sur ces bords se heurtent, moins tumultueux que les éléments de mon âme qui luttent à se dévorer.
Vivre et mourir également m'effrayent. Vivre I le cœur incendié d amour horrible ! Mourir ! quand le bonheur me provoque et m'affronte !
Oh! si je l'écoutais cette secrète voix « tu es aimé, tu aimes, emporte ton trésor et déserte la scène ; le bonheur c'est le droit ». Jésus qui m'avez fait le cœur, voyez ce qu'il contient de pervers et de juste?
Criminel innocent, victime volontaire, j'attends l'épée libératrice qui forcera cette prison du corps a laisser l'âme s'évader. En s'arrachant les yeux, Œdipe sauve Thèbes. Je m'arrache le cœur pour une idée de morale et de foi !
Suis-je un héros? Suis-je une dupe? Ah! vienne l'action 1 Ma pensée, épave, flotte sans gagner ni le large, ni le bord escarpé du devoir.