SCÈNE III TONIO et CAVALCANTI
TONIO (rêvant).
Femme méchante, je vous tuerai avec le coup de Cavalcanti.
CAVALCANTI
Votre sommeil se hante de fantômes, fils du Réel.
Impardonnable, j'ai dormi ; c'est le milieu du jour.
CAVALCANTI Le soleil, comme une hostie de sang décline vers la mer.
TONIO Je pourrai, cette nuit, poser ma tête sur votre épaule !
CAVALCANTI Triste oreiller, l'épaule d'un vaincu!
OTNIO Ou d'un vainqueur et lors, adorable coussin !
CAVALCANTI
La lune éclairera ce soir le dénouement de votre courte aventure, dernier Tarras ! Frédéric marche sur nous, la Giovanna l'accompagne.
TONIO
O l'exécrable, j'irai percer son lâche cœur au milieu
des cuirasses !
CAVALCANTI
Vous êtes le drapeau et le drapeau ne se bat pas ; vous prierez les anges vos frères : leur aide seule vous sauverait.
TONIO Si vous étiez blessé, si vous étiez
CAVALCANTI Blessé, mourant même, je rapporterai le drapeau.
TONIO
Oh ! pour être guerrier, il ne faut pas d'amour au cœur. Dieu me punit d'avoir aimé, sans les connaître, l'aventure et la lutte. Je rêvais un saint George, invulnérable et invincible ! Gavalcanti, seriez- vous aussi prudent qu'Ulysse aussi brave qu'Hector, Agamemnon, Achille, et Judas Macchabée! ma couronne est perdue. Obtenez la" merci Oour votre bande qui fut fidèle ; et disparaissent le prince
102 THÉÂTRE DE LA ROSE f CROIX
poursuivi et le connétable vaincu, pour faire place à Tonio heureux avec son frère George.
CAVALCANTI
Le devoir de son droit, oblige un prince à ne jeter son épée que brisée ; la bataille prochaine c'est un péage a la postérité.
TONIO L'histoire ! l'écrire, c'est la faire; vous l'écrirez..
J» • A r ai rêve....
CAVALCANTI
Parfois le rêve est songe, alors il prophétise !