‹ Le prince en goguette, ou, La faute et la leçonChapitre 24 sur 33 · THIBAUT DE LORIS, JEANNE ALIX · texte numérisé non relu

THIBAUT DE LORIS, JEANNE ALIX

JEANNE AI^IX

Ah çà! voyons Thibaut, car je n'pourrons jamais m'accoutumer à vous appeler autrement... faut d'deux choses l'une, ou qu'j'ayons la barlue, ou ben qu' la tète vous tourne.

THIBAUT

Jamais elle ne fut plus saine, je vous assure. Le comte de Provence a voalu me iccompenser des services que je lui ai rendus, et, ma foi, j'aurais été bien malhonnête de tourner le dos à la fortune , quand elle se présentait d'aussi bonne grâce.

JEANNE ALIX

Comment! vous qui montriez si peu d'ambition, v'ià qu' tout à coup vous vous j'tez dans c'qui affriole les autres, et qu'vous établissez entre nous deux une distance...

THIBAUT

Que nous rapproclicrons quand il vous plaira , ma cher» Alix.

JEANNE ALIX

Ah ! bcn, oui !

Air : Mon père était pot.

A présent qu'vous v'ià gouverneur ,

Et que j'restons meunière , Ent' Jeanne Alix et Monseigneur, Çà met un' fier' barrière ; J'vous l'disons d'nouveau ,

Faut êtr' d' niveau '

Pour s'aimer sans s'contraindre :

J' visais à vot' cœur, Grâce à vot' grandeur , J" uy pouvons plus atteindre.

THIBAUT

Oh ! la fortune ne peut rien entre nous deux ; et si j'ai accepté le rang où vous me voyez , c'est pour vous y faire monter avec moi.

JEANNE ALIX

Laissez donc... n'croyez-vous pas que j'consente à servir d'jouet à tout un chacun , que j'm'expose à m'entendre dire aux oreilles : « Voyez-vous c'te manière d'grande dame ? » eh ben, c'est Jeanne Alix... La meunière? dira l'un d'ces biaux messieurs d'iacour.u Çàs'devine à sa tournure... Faut » s'en amuser, dira l'autre. » Je m'connais, j'riposterai, j m'emporterai , et l'on n'f'ra qu'se moquer d' moi davanvantage.

THIBAUT

On ne se mocque pas de ceux dont on a besoin. Songez donc que vous aurez tout crédit , tout pouvoir , et que chacun ne cherchera qu'à vous flatter, vous honorer..

JEANNE-ALIX

Oui , tant qu' durera la faveur du prince ; mais au moindre petit coup de vent, crac !.. Pas d' çà , pas d'çà , je n'voulons point monter où je n' saurions pas nous t'nir farmes ; et j'aimons mieux être une meunière solide qu'une princesse chanceuse.

THIBAUT

Ainsi vous refusez de vous associer à moi ?

JEANNE-ALIX , riunt et pleuraiit à-la-fois.

Moi, r'noncer à vous!., est-ce que c'est possible?.. Maïs j'n'ai promis ma foi qu'à Thibaut, qu'au joyeux ménestrel , qui n'avait pour tout bien qu' son amour et ses chansons ; en d' venant grand seigneur, i m' dégage d'niij promesse... (^a^^ec effort) et me force à rester v^uve touie ma \ie. ..

Le Prince en goguette. E

I^ ester veuve ! j' sens Len qu'il ni'en coù'tra l'peu d' bonheur que j'pou>ions {^^oùler sur teirc; mais c'est égal, et sauf le respect qu'on doit à voire Excellence... votre Excellence ! c'est que je n' pouvons m'empécher d'en rire... et d'en pleurer toul-à la-lois. ( d part ) J'étouffe. THIBAUT , à part.

Son trouble m'amuse tout-k-fait. ( haut. ) J'étais loin de penser que le rang et l'opulence fussent un obstacle à notre uulo.i. Toutes les femmes , Jeanne-Alix , ne penseraient pas comme vous.

JEAîSNE-ALlX.

Oh ! i' sais bcn qu' vous n'en chômerez pas , et des plus huppées encore. ( avec un dépit ccncKtiLiê. ) Heureusement que j' n'eu verrons rien , car çà n'se pass'rait pas sans gra-

buge.

pass rait pas sans gr;

THIBAUT

11 faut espérer qu'elles ne seront pas aussi dédaigneuses que vous.

jhANNK-ALix , vivement et avec dnie.

Moi, vous dédaigner!., ah! Thibaut... ah! monsieur le gouverneur , vous m' connaissez bien mal... Mais patience , patience; vous allez rester à c'te cour qui vous séduit , et bentôt vous m' jugerez mieux , et me r'gretterez... ( Thibaut sourit. ) Oui , vous me r'gretterez.

Air : Lise chantait dans la prairie.

Quand vous aurei fait qiieuqu'gaiiclierie ,

Car voiib m f'rez, çà c'est lien sûr.

Si le piiiici! vou» congédie; ,

Pour adfHK.'lr un coup si dur.

Vous souv'uant qu'Alix, n'est jia» morte ,

Et qu'aile aima IMiihaut obs<uir ,

Vers son moulin qu'lc r'gret Vfius pirte ,

Vous verrez {bi&) si j'vous ferm' ma porte.

THIBAUT , a part.

L'excellente femme !

JEANNE-ALIX , Haiit ct pleicratit.

Mente air.

Comm' les grandeurs et la richesse K'boutpas toujours des houlc-cn-train , S'il s'Caii-ait (ju'avec la tristesse Vous KOJC7. aux pris' un maiiu. . .

Pour fju <;ir ne soit pas la plus forte, V'nez ni'deuiander , dans \ ot' »liaf;riu , Qucuqu'e.liose qui vous réconfoite. . .

Vou» verrez {l>is) si j'vous Icun' ma pojte.

THIBAUT

Oh ! si je ne me retenais. ^

JEANNE ALIX , fondant en larmes.

Même air.

Enfin si Pennui que j'vous souhaite

Vient à vous dégoûter il'la cour.

Et qu' vous voulifz pour vot' retraite

Choisir un modeste séjour:

Ne possédant plus pour escorte

Que l'espoir , le d'sii- et l'amour,

V'nez iiii; trouver rio;r , la nuit... n'importe,

Vous venez (bis) si j'vous ferm' ma porte.

THIBAUT, a part.

Je n'y tiens plus, et dussé-jc tout lui révéler...

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