SCENE X
Les rrccétleus , JEANNE-ALIX , LISE , mofrnifîcjueinent vêtue , deux Dames d'atours la suivent ; THIBAUT DE LORIS , se tenant au fond de la scène.
LiSK , s'avançant , empêtrée dans sa longue robe. Monsei.'^neur ! monseigneur ! c'est vous que je cherchons. Ouf! i m'ont si fort serrée là-dedans, qu'je n'pouvons quasi plus parler.
ADOLPHE , à part.
Lise sous les habits d' Azélie ! toiit va se découvrir.
A2f:HE, à Adolphe.
Qu'avez-vous donc ? vous paraissez troublé.
TRIJVQIJ£TAILLE.
Eh ! c'est la petite. Vive Dieu! qu'elle est jolie comme cela !
LISE , dune voix entrecoupée.
Saufvot' respect, monseigneur, j' sommes ben r'connaissante de c' que vous voulez faire de moi ; mais j' nous connaissons, je n'méritons pas tant d'honneur. ADOLPHE , à part.
Thibaut me trahirait-il ?
LISE
Non, monseigneur, jamais je n' consentirons à d'venir un' si grand' dame.
JEANNE-ALIX
Brave fille! je r'connais-là mon sang. • TRi:N(ii'ETAiLr,K , h Atlolphe.
Quel est donc ton dessein sur celte petite ?
ADOLPHE
Vous me voyez aussi surpris que vous.
JEANNE-ALIX
Mais quoi qu'i t'ont dit en t'affiiblant d' la sorte ?
LISE
I m'ont dit comm' ça qu' c'était par ordre d' Monseigneur.
ADOLPHE
Par mon ordre !
LISE
Parc' qu'i voulait m'donner un mari au vis-à-vis diiquel j'étions ben loin d' nous attendre. Là d'sus j'ons voulu m'en aller : mais v'ià qu' ces deux madames m'ont si ben enjôlée avec toutes ces p'tiles étoiles qu'elles m'ont mises au cou, aux oreilles et sus la tète ( elle désigne les diamans dont elle est surchargée. ) qu' j'ons trouvé ça drôle, et qu' je m' somm's laissé faire,
azélie , à Adolphe,
Et quel est donc le mari que vous lui destinez ?
ADOLPHE
Tout cela, je vous jure, esi un énigme pour moi^ et je ne sais qui a pu dire à cette jeune fille...
LISE
C'est Thibaut , Monseigneur j i m'a même dit 1' nom du "" prétendu.
ADOLPHE, à part.
Ciel!
THIBAUT , has Cl Baihilde et au Chevalier.
II est sur les épines.
LISE
Mais c'est si beau , si magnifique que j' n'oserons jamais 1' nommer.
TRiiVQUETAiLLE , se redressant.
Serait-ce moi par hasard ?
LISE
Vous , Sire de Trinquelaille ! oh ! sans vous mépriser, c'est ben mieux cui'ça.
jeAnne-alix.
Eh ben ! nommc-îe donc, c' prétendu ; faut enfin qu'on 1' connaisse.
ADOLPHE, h part.
Je suis au supplice.
lise.
Vous 1' vorJez tons , et vons m' promettez d' up pas vous mocqncf de moi... Eh !.en! c'est...
ADOLPHE , vivement.
Eh ! pourquoi tant s'occuper d'une plaisanterie du ménestrei : il est clair qu'il a voulu s'amuser aux dépens de cette
jeune fille.
THIBAUT , s'avançant.
Moi , Monseigneur.
LISK.
Oli ! qu' non.
ADOLPHE , retenant sa colère.
11 pousse quelquefois la gaîté jusqu'à l'audace et l'insolence. ( àpact. ) Oh! qu'il me le paiera cher!
THIBAUT
Vous savez bien que vous m'avez ordonné , cette nuit même, de lui oflrir pour époux...
TRINQUETAILLE et JEANNE-ALIX.
Qui donc ?
THIBAUT
Le premiet écuyer de votre Altesse.
ADOLPHE , à part.
Je respire. . . et moi qui l'accusais !..
BATHiLDE , bas OU Chevalier. Le détour est adroit.
LK CHEVALIER
Et la crise salutaire.
ADOLPHE , reprenant sa gaîtc.
Et quel est donc cet heureux pâtre, qui l'emporte sur mou premier écuyer ?
LISE
Air : Sous vot' bon plaisir, monseigneur. (Jes Deux Jaloux.) C'est Urbain Jary qu'on l'appelle, Quoiqu'aimé dcs'fiU' <1u hameau, A ses jeux je suis la plus belle , Comme aux miens 11 est le plus bc.ni , Et pour lui j'rcfus'rais , tant je VaiiTic , Trésors, cliàteaux , pouvoir, grondeur.
{.4 Adolphe.) Je r'fuserais jusqu'à vous-même {bis) Sauf vot' bon plaisir, mouseigueur (i/*).
ADOLPHE, souriant.
J'ajoute mille ducats îi la somme due sunant 1 usage à cette charmante pastourelle.
Et moi , qui n'ai pas oMé ce qu'elle a fait pour vous, j'en ajuuu; mille autres , et je veux que ses noces se lassct au château.
ADOLPHE
Oui, oui, au château, [à part.) On n'est pas plus agaçante.
LISE , sautant de joie.
Deux mille ducats , ma tante ! oh ! vous pouvez garder vot' moulin à c't'heure.
TRIN<^rETAILLE.
Vive dieu , meunière , je vous retiens ce jour là pour ma danseuse.
JEANNE ALIX, prenant le bras de Thibaut. Pas possible , brave sire , v'ià mon m'neux.
TRINQUETAILLE
Qu'est-ce à dire ?
THIBAUT
Que j'épouse Jeanne Alix.
JEANNT: ALIX.
Ah! mon dieu, ovii ! i' m'dé veuvage... et j'nous somm^ même déjà fiancés sans çarimonie.
ADOLPHE, à Thibaut.
Tu pourrais me quitter ? ( lui serrant les mains. ) jamais ta présence ne me fut plus nécessaire.
THIBAUT
Oh ! je reviendrai vous voir : mon cœur me ramènera souvent auprès de vous, ( souriant et avec intention. ) surtout quand vous donnerez quelque fête, (à demi-voix. ) et que vous vous mettrez en goguette.
ADOLPHE, avec force et dignité.
Jamais!... je tâcherai de fixer les plaisirs à ma cour, mais j'en exile pour toujours ceux qui peuvent égarer la raison.
TRINQUETAILLE, à part.
II ne boit plus, il se marie, il est mort. VAUDEVILLE.
Air : De la famille Moscouité.
Joyeuse troupe.
Bu plaisir
Sachez saisir
La coupe.
Puis à longs traits
Buvez-y , mais
Ne l'épuisez jamais.
CFIOEUR.
Joyeuse troupe ,
Du plaisir
Sachûns saisir
La coupe ,
Puis à longs traits
Burnns-y , mais
Ne l'epuisous jamai».
BATHItDE.
Clier Adolphe, l'art d'être sage D'un prince est le premier besoin; N'oubliez jamais qu'à tout âge On s'égare en allant trop loin.
CHOEUR
Joyeuse troupe , etc.
XE CHEVALIER
11 est trois excès, dont en France Rien ne pourra gue'rir le cœur , C'est celui de la bienfaisance.
De la bravoure et de l'honneur.
CHOEUR
Joyeuse troupe, etc.