‹ Le prince Eugène en 1814Chapitre 17 sur 51 · N" XXI · texte numérisé non relu

N" XXI

Le duc d'Olrante au prince Eugène.

Florence, 21 janvier 1814.

Monseigneur, une lettre de M. Melternich a décidé la reine de Naples h entrer dans la coalition. Je ne connais pas le traité, mais je sais qu'il est conclu. Prévoyant le résultat prochain, j'ai eu l'honneur d'écrire, il y a quelques jours, a Votre Altesse de prendre ses mesures comme s'il était signé.

La lettre de M. Metternich est perfide; après avoir fait le tableau des forces de la coalition et des désastres de la France, elle ajoute que l'empereur Napoléon, dans des négociations avec les puissances coalisées, cède toute l'Italie et même Naples; toutefois, qu'il a fait demander par Je roi de Bavière le Milanais pour Votre Altesse.

Le projet de la coalition est simple : c'est de remettre les choses comme elles étaient avant 1789; le roi de Naples en sera convaincu plus tard.

Votre Altesse sait ce qui vient de se passer 'a Rome; nous allons être forcés d'évacuer la Toscane; la grandeduchesse fait rassembler tous les militaires qui ne sont

pas nécessaires pour la garde des forls, et les enverra au quartier général de Voire Allesse; le prince Félix doit s'y rendre, et j'aurai l'honneur de l'y accompagner. Je prie Votre Altesse, de recevoir, etc.

Le duc d'Otramte,

N° XXH.

Le roi de Naples au prince Eugène.

N'aples, 21 janvier 1814.

Monsieur mon cher neveu ,

Je reçois la lettre de V. A. I. en date du 14 janvier, et je me bâte d'y répondre. Je suis vivement touché des sentiments que vous me témoignez; ils sont parfaitement en harmonie avec ceux que je vous porte , et que je ne cesserai de vous conserver, quels que soient les événements que la politique el la guerre puissent entraîner.

Vous me dites « que depuis trois mois vous comptez » sur mes secours . et que si mes troupes s'étaient réunies » a celles de 1 Empereur, VIfaUe tout entière n'aurait rien » à craindre des ennemis du dehors. »

Ces expressions doivent me faire croire que V. A. I. n'a pas été exactement informée des invitations que j'ai reçues de l'Empereur et des déclarations que je lui ai faites. Elles pourraient aussi me porter à penser qu'en parlant de V Italie tout entière vous perdez de vue mon royaume.

En effet, ce que l'Empereur me demanda lorsqueje me séparai de lui pour rentrer dans mes Etats, ce fut de me porter sur le Pô. Ce même désir fut celui qu'il m'exprima)

par ses lettres après son retour a Paris, et k réunion de mes troupes aux siennes fut si peu dans son intention que jamais il n'en a même supposé la possibilité, puisque jamais il n'a déterminé h qui, en pareil cas, appartiendraitle commandement. Cependant S. M. I. et R. ayant manifesté, dans une de ses dépêches, l'idée que je pourrais marcher vers la Piave, je m'empressai de lui faire connaître et de lui démontrer qu'il était impossible de franchir le Pô sans compromettre évidemment la sûreté de mes États, menacés par des fermentations intérieures contre le système de la France, et par des expéditions que l'ennemi pourrait faire soit de la Sicile, soit des cèles d'illyrie, soit de l'Albanie.

V. A. I., en y réfléchissant, jugera elle-même que si mes troupes au delà du Pô eussent pu devenir utiles au royaume d'Italie , elles n'auraient nullement garanti V Italie tout entière; elle jugera que mon royaume aurait eu tout à craindre dès l'instant où mon armée s'en serait assez éloignée pour n'être plus à portée de le secourir en cas d'attaque ; elle sentira qu'il était de mon devoir de ne pas exposer a de tels périls mes États, la reine et mes enfants»

Cependant ma marche a servi puissamment l'Empereur, j'en atteste V. A. L et les ennemis qu'elle a devant elle; s'ils n'ont pas osé passer l'Adige, s'ils n'ont pas tenté d'envahir la haute Italie, c'est parce qu'il leur était impossible d'entreprendre de telles opérations en présence de mon armée, qui pouvait tomber sur eux, les couper dans leur marche ou leur fermer toute retraite.

Il est vrai que je n'ai point agi contre le petit nombre de troupes autrichiennes qui se sont présentées sur la rive droite du Pô, et qu'il m'eût été si facile d'écraser. Mais c'est qu'au moment où j'aurais pu les attaquer, un négo-

cialeur aulricliieii élail dans ma capitale pour me proposer de concourir au rétablissement de la paix en Europe. J'ai dû écouter de telles propositions, faites au nom d'un grand souverain, parce qu'elles avaient un but, qui est le vœu de l'humanité, et parce qu'elles m'offraient pour mon royaume une garantie d'autant plus précieuse à mes yeux que je ne recevais du côté de la France ni les informations ni les assurances que j'étais en droit d'attendre.

Toutefois il en est temps encore ; si les espérances de paix dont V. A. I. me fait part se réalisent, ainsi qu elle paraît s'en llatter, cet événement, qui me comblerait de satisfaction, arrêterait tout l'effet des négociations dans lesquelles je suis entré etdont j'ai prévenu l'Empereur.

Si, au contraire, les événements m'entraînaient a séparer ma cause de celle de l'Empire, la France et la postérité me plaindraient de la violence que j'aurais dû faire aux sentiments les plus chers et les plus constants de mon cœur; elles jugeraient que je n'ai pu céder qu'à mes devoirs envers mes peuples et mes enfants, et je sens au fond de mon âme que mon attachement personnel a la France, à l'Empereur, a .«a famille, et à V. A. I. en particulier, ne saurait jamais s'altérer.

Vous m'avez rendu justice en croyant que dans aucun cas je ne pourrais agir contre V. A. 1. avaul de lavoir prévenue; je lui donne ici l'assurance que si je me trouvais forcé à prendre un parti décisif, je ne ferais aucun mouvement qui puisse menacer l'armée qu'elle commande sans fen avoir préalablement informée.

Je suis instruit que des mesures prises a Ancône après l'arrivée d'un de vos aides de camp ont excité beaucouj) d'inquiétude, beaucoup de défiance, et des dispositions presque hostiles entre vos troupes et les miennes. Si elles produisaient des eflels fâcheux, j'en serais désespéré. Les

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ordres que j'ai' (lonnéscjmes généraux sont d'ëviterautauÈ qu€ cela sera possible toute voie de fait, mais aussi de se meilre à l'abri de toute surprise. Je désire que des ordres analogues de la part de V. A. I. prévienneal des éclats que leci^l peut encore et voudra, je l'espère, nous épargner.

Sur ce, monsieur mon cher neveu, je prie Dieu qu'it vous ait en sa sainte et digne garde.

Yotre affectionné oncle,

JoACHiM Napoléon.

N° xxiir.

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