N" LUI
Le prince Eugène au roi de Naples,
Borgofortc, 3 mars 1814.
Sire,
V. M. est informée des échecs que vient d'éprouver le corps du général Nugent; ils sont considérables.
C'est le moment pour moi de désirer plus vivement que jamais de connaître les intentions définitives de V. M. Je dois régler mes mouvements en conséquence. Je la supplie donc de me dire ce que j'ai a espérer ou à craindre de son armée.
Je ne me permettrai point de lui mettre sous les yeux les motifs qu'elle a de se déclarer franchement pour la cause de l'Empereur, je me borne a la prier de vouloir bien du moins faire prendre a son arméq des positions
li) —
(jui ne gênent point ce que j'ai a entreprendre pour les intérêts qui me sont conliés.
On a trouvé à Parme un certain nombre de troupes appartenant à V. M. J'ai ordonné qu'on les traitât bien et qu'on les remît en liberté ; elles ont dû vous être renvoyées le soir même.
Les trois divisions qui opèrent sur la rive droite du Pô ont l'ordre de se mettre en communication avec moi par Borgoforte. Je me flatte que V. M. voudra bien n'y mettre aucun empêchement.
J'espère d'elle une réponse favorable. J'ose la demander précise. L'éloignement des Autrichiens doit enfin permettre a V. M. d'écouter son intérêt et son cœur et de se montrer ce que, je n'en doute pas, elle n'a point cessé d'être.
Je suis, etc.
Elgène Napoléon.
iN" LIV.
Le prince Eugène à la princesse /Auguste.
Mantoue, 9 mars au soir.
Ma bonne Auguste, le roi de Naples a enfin levé le masque ('), Il nous a attaqués hier malin a Reggio avec 18 à 20,000 hommes ; je n'y avais pas 3,000 hommes, et on a tenu toute la journée; le génénal Severoli y a eu la jambe emportée et nous y avons perdu 250 a 300 hommes. iSos troupes se sont repliées sur Parme et ont pris en ar-
(*) Il venait enfin de recevoir la ratification de son traité et fut probablement obligé de la payer par une démarche décisive.
hère la position de Toro ; cela me fera taire un second mouvemenl sur Plaisance, surtout si le roi de Naples continue a s'avancer. Le général ***, que j'ai laissé sur le Mincio, a une peur de tous les diables depuis que je n'y suis plus.
Je t'engage, ma bonne amie, à continuer tes préparatifs, et demain ou après-demain je l'enverrai Triaire ; tout cela dépendra, du reste, des nouvelles et des événements !
Eugène.