‹ Le Prince Eugène en 1814, réponse au Maréchal Marmont, publiéeChapitre 9 sur 30 · N' IX · texte numérisé non relu

N' IX

Lettre du général Danthouarii au prince Eugène.

Monseigneur,

Sans date.

J’ai l’honneur d’adresser à V. A. I. une copie des instructions que l'Empereur m’a dictées et que j’ai écrites à la volée. Je pense que V. A. est déjà au courant de tout cela, mais il y a des articles intéressants. J’ai écrit comme l'Empereor parlait. Il y a eu ensuite une conversation d’uue heure. Il est déjà passé 5,000 conscrits pour Alexandrie, et il y en a 7,000 passés de Piémont en France.

Je n’ose m’exprimer sur ce que je pense des travaux militaires du Mont-Cenis; il faudra une division pour les garder si on les achève ; mais je parie qu’il en sera pour ce point comme |>our Peschiera.

V. A. I. verra que je suis encore loin d’elle pour plusieurs jours. Je 11 e sais comment le prince Borghèse prendra ma mission; mais s’il la prend bien, je la ferai bieu; s’il la prend mal, je ne pourrai la remplir en entier. L'Empereur m’a dit de lui rendre compte directement et en même temps m'a ajouté :

Tout co que vous allez faire étant pour le vice-roi , vous le préviendrez de tout ce qui sera nécessaire. Je prie V. A. 1. de m’adresser ses ordres à Turin pour ces premiers jours ; il est probable que je n’irai à Plaisance qu’après Casai , cl passant par Milan.

J'ai l’honneur d’être avec un profond respect. Monseigneur,

De votre altesse , le très-humble et dévoué , Comte Danthouard.

Ordres et instructions dictés par F Empereur, le 20 novembre 1814, à onze heures du matin.

Danthouard m'écrira du Mont-Ccnis où en est la forteresse, si on peut l’armer, si elle est à l’abri d’un coup de main, etc.

11 verra le prince Borghèse qui doit avoir reçu la copie de l’ordre que j’ai signé hier, ayant deux buts, ou qui la lui fera voir.

Premier but. — l’ L’envoi de 18,000 hommes de renforts à l’armée d'Ilalie sur la conscription des 120,000 hommes. Ces 18.000 hommes sont fournis aux 6 corps qui forment l'armée d’Italie, à raison de 700 hommes-, total, 4,200 hommes. Plus, 800 hommes à prendre au

dépôt du 15(5“ pour le 92“ ; en tout , 5,0ÜU hommes, et en 7,000 hommes qui font partie des régiments qui sont à l'année d’Italie et dépôts au délit des Alpes. Enfin, en 600 hommes du dépôt du 156“ régiment pour le 36“ léger, 600 hommes pour le 133“, (500 hommes pour le 132“, etc.; total, 16,000 hommes.

Au réste , le prince Borghèse lui remettra le décret qui est très-détaillé afin qu’il en ait pleine connaissance pour l’exécution de ses ordres.

Il reconnaîtra : 1° si les conscrits sont beaux hommes et forts, s’assurera de la quantité, si la désertion a occasionné des pertes et combien , etc.

2» Il s’informera du directeur de l’artillerie s'il a les armes pour ces 16,000 hommes.

3° Il s'assurera si l'habillement* grand et petit équipement, sont prêts, ou quand ils léseront, etc

4° Ces 16,000 hommes sont destinés aux 1" et 2“ bataillons de l’armée d'Italie; mais j’ai en outre une armée de réserve de 30,000 hommes par décret d’hier (19 novembre), et h prendre sur la levée des 300.000 hommes. Ces 30,000 hommes se lèveront en Provence, en Dauphiné, Lyonnais, et seront réunis à Alexandrie à la fin de décembre.

Il faut voir si les armes sont prêles ainsi que l'habillement, ou bien si les mesures sont prises pour cela, pour ces 30,000 hommes. Ces 30,000 hommes, formant 3 divisions, seront incorporés, pour la 1” division, dans les 4“ et 6“ bataillons de l’armée d’Italie, le 4“ bataillon existant à Alexandrie. Le vice-roi fera former les cadres des 6 bataillons et les enverra de suite h Alexandrie.

2° La 2° division sera formée des bataillons qui ont leur dépôt en Piémont. Plusieurs retournent à la grande armée, en sorte qu’il ne faut compter que sur la moitié;

il faut donc former des cadres en remplacement et les diriger sur ces dépôts.

3" La 3' division sera formée de 11 h 12 cinquièmes bataillons, dans les 27' et 28* divisions militaires.

La I” division recevra il. 000 j

La 2' division recevra 7,500 > 22,000 hommes.

La 3° division recevra 5.500'

Indépendamment de ces 3 divisions, je forme une réserve en Toscane des 3”, 4”, 5* bataillons du L12' régiment, des i“, 5* bataillons du 35* léger, qui reçoivent 2,500 hommes sur la levée des 300,000 hommes.

Plus, je forme une réserve h Rome des 3*, 4' bataillons du 22* léger, des 4”, 5* bataillons du 1" léger, des 4*, 5* bataillons du 0” de ligne, qui recevront 3,000 hommes sur les 300, 000 hommes, non compris ce qu'ils reçoivent des 120,000 hommes; total, 28.000 hommes.

Il reste 2.000 hommes pour l'artillerie d'Alexandrie,

Turin, pour les sapeurs, les équipages Je veux une

artillerie pour l’armée de réserve.

J’ai envoyé le prince d’Essling h Gènes avec 3.000 hommes de gardes nationales levées depuis un an h Toulon.

Il est possible que je lui confie le commandement de l’armée de réserve; mais s’il est totalement hors d’état de le remplir â cause de sa poitrine, j’y enverrai probablement le général Caflarelli.

Ainsi donc, avant le 1" janvier, le vice-roi recevra 10,000 hommes des 120,000 hommes pour recruter les trois premiers bataillons des régiments, tout cela de l’ancienne France-, il n’y aura ni Piémontais. ni Italiens, ni Belges; plus 30,000 hommes dé l’armée de réserve -, . total. 46,000 hommes réunis d’ici au mois de février, tous vieux Français et âgés de 23. 24. 25, 20, 27, 28, 20. 30, 31 . 32 ans.

Le ]irint*ipal soin doit être de former les 6“ bataillons et de tirer des corps pour former les eadres dont nous manquons et qu’on ne |>ent créer.

Le roi de Naples m'a écrit qu’il marche avec 30.000 hommes. S’il exécute le mouvement, l’Italie est sauvée; car les troupes autrichiennes ne valent pas les Napolitains.

Le roi est un homme très-brave, il mérite de la considération, il ne peut diriger des opérations, mais il est brave, il anime, il enlève et mérite des égards. Il ne ]>eut donner de l’ombrage au vice-roi ; son rôle est à Naples, il n’en peut sortir.

Danthouard me rendra compte de l’état dans lequel se trouve la citadelle de Turin, son armement, ses magasins de guerre et de bouche, son commandant, les oflieiere du génie, de l’état-major, etc., etc.

Il me rendra le même compte sur Alexandrie, en joignant le calque des ouvrages; il me fera rapport sur les officiers, l’état-major, etc.

Meme rapport sur la citadelle de Plaisance. On me parle de la citadelle.de Casai ; il s’y rendra, et me rendra compte si cela vaut la peine d’être armé et approvisionné. Si le vice-rot avait enfermé dans les places les fonds de dépôts comme quartiers-maîtres, ouvriers, etc., il faut les retirer,' il faut même évacuer tout ce qui, dans ce genre, se trouve à Mantoue ; ou y a même enfermé le 5' bataillon en dépôt du 3° léger; j'ai donné des ordres pour que ce dépôt reçoive (iOO conscrits h Alexandrie ; Danthouard se fera rendre compte bù cela en est, et que cela soit dirigé d'Alexandrie; ensuite que le dépôt- major, ouvriers, soient a Plaisance pour recevoir ce qui revient de la grande armée et organiser un bataillon. Danthouard trouvera h Alexandrie 700 hommes pour le 13* de ligne. Le

vice-roi a enfermé le dépôt à Palma-Nova ; ces 700 hommes vont se trouver seuls. J'ai ordonné d’en former le 6" bataillon. Il faut que le vice-roi fournisse quelques officiers, et le prince Borglièsc formera le cadre. J'ai ordonné qu’un demi-cadre du 13° soit envoyé de Mayence, mais jusqu’à l’arrivée, il faut pourvoir h la réception, organisation, instruction, et mettre ce bataillon h la citadelle d’Alexandrie. Danlhouard trouvera h Plaisance le dépôt du 9' bataillon des équipages militaires. Il faut diriger tout l’atelier, le matériel, les magasins sur Alexandrie. qui est une place sûre.

Si les approvisionnements des citadelles de Turin et d’Alexandrie n’étaient pas complets, il faudrait en rendre compte au prince Borglièsc , pour qu’il y pourvoie de suite. . . . ,

Danthouard donnera des ordres en forme d’avis pour tout ce qu’il croira nécessaire d’après mes intentions et me rendra compte des ordres qu’il aura donnés.

Il faut que les fortifications soient en état, fermer les gorges en palissades, voir ce qui est nécessaire pour les parapets et banquettes h rétablir, etc. , otc. Porter une grande attention sur les inondations. Compte-t-on dans le pays sur l’inondation du Tanaro, et la résistance du pont éclusé?

Un régiment croate de 1,300 hommes et 600 chevaux est ii Lyon. Je donne ordre à Corbineau de faire mettre pied à terre et d’envoyer cette canaille sur la Loire, et de donner 300 chevaux à chacun des deux régiments I" hussards et 31* de chasseurs.

Je. vais m’occuper de la cavalerie pour l’armée d'Italie : 1“ J’envoie h Milan tout ce qui appartient au 1" de hussards et 31* de chasseurs; 2“ Je vais y envoyer deux

bons régiments de dragons d’Espagne de 1200 chevaux chacun.

J’ai ordonné que toutes les troupes italiennes de la grande armée se rendent à Milan, il y a 4,000 hommes. Même ordre pour les mêmes qui sont en Aragon et en Espagne ; il V a 6,000 hommes, tout cela est en marche. J’ai ordonné h Grouchy de se rendre h l'armée d'Italie. Il est un peu susceptible,, mais le vice-roi fera pour le mieux. Le vice-roi peut avoir grande confiance en Zucchi ; j’en ai été très-content.

Il ne faut pas donner du crédit & Pino, il faut élever en crédit Palombini et Zucchi et soutenir Fontanelli. L’expérience m'a prouvé que l’ennemi s’occupe particulièrement de gagner les généraux étrangers que nous portons en avant et leur accordent crédit et confiance. Ainsi de Wrède pour qui j'ai tout fait a été tourné contre moi, mais il est mort. Les trois généraux que j’indique peuvent être mis en avant en ce moment et annuler Pino.

Il faut que les approvisionnements des places soient pour six mois. Je désire que Danlhouard examine Saint- Georges et me dise sur quoi je puis compter.

• ' Opèraliotu. ;

Le vice-roi ne doit pas quitter l’Adige sans une bataille. Il doit avoir de la confiance; il a 40, 000 hommes, il peut avoir 120 pièces de canon, il est sûr du succès. Quitter l’Adige sans se battre est un déshonneur. Il vaut mieux être battu.

Il faut qu’il y ait beaucoup d’artillerie, il ne doit pas en manquer h Mantoue et Pavic. Il n’y a que les attelages qui pourraient manquer; mais les dépôts sont trop voisins pour que l’on ait besoin de traîner beaucoup de caissons.

O u’est pas comme l’armée attaquante qui est obligée à avoir avec soi ses deux approvisionnements. Il faut une réserve de 18 pièces de 12 pour un moment décisif. L’attelage bien nécessaire est celui de la pièce et d'un caisson et demi, il n’est pas nécessaire d’attelages réguliers pour les affûts, les forges, lés rechanges, etc., lorsque l'on est aussi prêt de ses placés et dépôts.

Lorsqu’il verra veuir la bataille, il doit avoir 150 h 200 pièces. Je n’attache pas d’importance a la perle des canons, si les chances de prises peuvent être compensées par les chances de succès.

Je suppose qui- la demi-lune de la porte de Vérone h Caldiero est établie et armée; en cas contraire, il faut l’établir sur-le-champ et l'armer avec du 8 et du 12 en 1er ou mauvais aloi a tirer des places, puisque l'ou u’a pas occupé Caldiero, qui était la véritable position. J’avais dans le temps fait établir celle demi-lune.

L’occupation des hauteurs de Caldiero, couvertes d'ouvrages de campagne, ne peut être forcée l’Alpou en avant.

On doit y être sans inquiétude. La Rocra-d’Anfo barre Iç seul chemin par où l'on puisse venir avec de l’artillerie.

Il y faut doux chaloupes armées pour lé lac; il faut deux ou trois barques armées pour le lac doComo. Il faut tirer des marins de la côté pour ce service, çl s’il n’y en a pas en demander an prince Borghèse, de Gênes, où il se trouve des marins de l’ancienne France. Il faut 5 a 400 hommes dans la citadelle de Rengaine et de Brescia. Quelques poignées d’hommes de gardes naliouales pour l’intérieur de la ville et deux mauvaises pièces h la citadelle. " -,

Il faut des bateaux armés pour les lacs de Mantoue, et qu’il y ait un lieutenant de vaisseau de la vieille France pour chef ; il faut rester maître de tous les points des lacs.

Il faut se maintenir en communication avec Brondolo par la rive droite de l’Adige. Il faut à Rivoli une bonne redoute palissadée, armée de canons, ce qui rend impraticable la grande route de Vérone.

Il faut occuper le Montebaldo, et uu ouvrage à la Corona.

Il faut alors que l’ennemi passe l’Adige, et je ne vois pas de difficultés à couper les digues de l’Alpon et même les digues de l’Adige sous Legnago à Chiavari (eu batardeau) Il faut des bateaux armés sur le lac Majeur et sur le lac de Lugano, sans Violer les Snisses. Il y a un point au royaume d'Italie. Dans ces situations inforçables, il ne faut pas quitter sans une bataille; une manœuvre que j'indique, que je ne conseille pas. que je ferais, serait de passer par Brondolo-sur-Mestre, et de forcer sur Trévise ou la Piave avec 30.000 hommes ( il ne manque pas de moyens de transports à Venise. Je la ferais, mais je ne conseille pas, si on ne me comprend pas. On obtiendrait des résultats incalculables. L’ennemi opère par Conégliano et Trévise; on le coupe, on le disperse, ou le détruit, et s’il faut se retirer, on le fait sur Malghera et l’Adige. Mais je ne conseille pas cette manœuvre hardie ; c’est là ma manière» mais 11 faut comprendre et saisir tous les détails et moyens d’exécution, le but à remplir, les coups

à porter, etc., etc L’armée serait (S. M. en est

restée là court).

Si le vice-roi perdait la bataille et abandonnait l’Adige, il a la ligne du MinciO qui n’est pas bonne, mais qu’il feut préparer d’avance pour s’en servir pour un premier moment de retraite et voir venir ; ensuite l’Adda , le Tessin , etc., etc. Je pense que forcé surleTessin, il doit se jetler sur Alexandrie et la Boquettc. 11 serait à Alexandrie

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renforcé par l’armer de réserve, sa ligne d’opération serait par Gênes.

Je préfère défendre Gènes au Mont-Cenis parce que d’Alexandrie et Gènes il protège davantage la Toscane. Au cas de retraite il faudra prévenir les garnisons de Turin et du Mont-Cenis, et celle du Simplon qui doit se retirer sur Genève que je fais mettre en défense.

Quand bien même le vice-roi quitterait le Mincio et l’Adda , la Grande-Duchesse doit rester b Florence ; l’ennemi ne peut y envoyer un détachement de son armée. D’ailleurs si la Grande-Duchesse était forcée, elle se replierait sur Rome; si elle y était encore forcée, elle se replierait sur Naples.

La présence du prince d’Essliug avec 3,000 hommes à Gênes, |où les dépôts se forment, et les marins assurent la place. D'ailleurs les Génois ne sont pas Autrichiens.

Il n’y a rien à craindre des Suisses; s’ils étaient contre nous ils seraient perdus. Ils sont bien loin de se déclarer aujourd’hui quoi qu’on dise. Enfin, passé février, je serai en mesure, et j’enverrai d’autres renforts. J’ai en et; moment 800,000 hommes en mouvement , etc. L’argent ne me manque pas.

Si les autorités italiennes étaient obligées d’évacuer Milan, elles se retireraient h Gênes.

Dans tout ceci, j’ai fait abstraction du roi de Naples, car s’il est fidèle il moi, h la France et à l’honneur, il doit être avec 23,000 hommes sur le Pô. Alors beaucoup de dispositions sont changées.

Je connais parfaitement les positions ; je ne vois pas comment l’ennemi passerait l’Adige. Quand bieta même l’ennemi se porterait d’Ala sur Montebaldo, il ne peut y conduire d’artillerie sur la Corona. H y a de superbes positions où j’ai donné ma bataille de Rivoli.

L'infanterie autrichienne est méprisable ; la seule qui vaille quelque chose est l’infanterie prussienne. A Leipzick, ils étaient 500,000 hommes, et je n’en avais que 110,000; je les ai battus deux jours de suite, etc., etc.

Il faut un pont sur le Pô au-dessous de Pavie vers Stradella. Il faut faire travailler h fa citadelle de Plaisance.

Si j’avais su sur quoi compter pôur l’artillerie, j’aurais vu si je devais aller en Italie ; dans, tous les cas, on peut laisser ébruiter que j’irai en Italie, etc., etc.

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