‹ Le Prisme encyclopédie morale du dixneuvième siècleChapitre 75 sur 120 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

État misérable du vieux garçon dans son intérieur, les collatéraux et la gouvernante.

Quelle est généralement , et à peu d'exceptions prej , la dissolution commune à toute la classe d'hommes que nous vous signalons? Vous l'avez vu précédemment, lecteur: et certes, à ue les considérer que dans celle grande déchéance de toute morale, et partant

de tout droit à la \ énération , c'est déjà là pour eux , ce nie semble , une assez pleine misère. Il en est cependant pour eux une plus poignante encore, parce qu'elle est en quelque façou plus matérielle , plus immédiate. Je veux parler de ce grand délaissement où ils vivent , de cet absolu dénàment où ils sont de toutes consolations d'intérieur.

Et, en effet, quels cœurs leur «ont véritablement acquis? Autour de leur existence , quelle tendresse? quelle affection? De quoi est faite la domesticité qui les soigne, sinon d'intérêt et de vénalité ? Rien pour eux qui ressemble à des attentions réellement aimantes. Pas d'enfants, pas de femme ! Des amis, peut-être. Mais non. Cet extrême appui est même re fusé à leur vieillesse ; eux qui usinèrent jamais qu'eux seuls ne sauraient avoir d'amis ; et tout ce qui leur reste alors se borne à ces froides qualifications de parenté qui n'annoncent que l'héritage, à des ncieux , à des cousins, à des collatéraux. Triste support pour leurs dernières années; car s'il arrive que, par une exécrable exception , quelques-uns soient si dénaturés que de souhaiter la mort à leur père , que sera-ce de collatéraux qui , pour la plupart, ne peuvent avoir d'autre attache envers leur vieux parent que l'espoir d'en hériter quelque jour? Ce sera, certes, une étrange affection que la leur; et si nous la voulons approfondir davantage , entrons un moment dans l'éternelle comédie des conversations humaines . afin de mieux voir le fond des cœurs à travers la transparence des paroles.

TROIS COLLATtRAIX DINANT ENSEMBLE. KT AL DESSERT.

previer toiu tk ii M. ( se curant les dents, el d un air tout A fait dégagé).

Eh bien ! à propos , el notre honnête \ieil oncle ? Il y a , ma foi , fort longtemps que je ne lui ai fait visite. Quoi de neuf sur son compte? Se soutient-il toujours?

CERTAINS VIBUX CÉLIBATAIRES. 335

oeiuéme collatéral [faisant songloria, et avec un visage qui n'indique nullement

la tristesse).

Hum! hum! Il ne va pas des mieux, le cher homme, pas des mieux. Voici environ quelque huit jours que moi et mon fils allâmes lui rendre nos devoirs, et il m'a paru bien vieilli ; les yeux cernes , les joues creuses. Quant à moi , je trouve qu'il baisse seti-

troisieme collatéral ( épanoui et se ver tant un fie lit verre \ Vous trouvez! Ainsi, vous craindriez...

deuxième collatkr\l (prenant ledit gloria .

Beaucoup. Pensez donc : si ma mémoire est fidèle, savez- vous que notre excellent oncle

ne date pas moins que de 1 7 7 1 .

TROISIÉMB COLLATERAL.

Précisément: de mars 1771.

UEL'IieVB COLLATÉRAL

Ce qui, tout compté, ne va pas fort loin des 00 bien sonnants, ce me semble. De plus, i] a mené une vie! non que je veuille lui en faire un reproche: à tout péché miséricorde ; mais, comme on dit : tant va la cruche à Peau qu'à la fin...

premier collatéral (d'un air fort content de lui).

Elle se casse ; et il commence à se féler terriblement , le digne homme! hi ! hi ! hi !

f Ici rires unanimes et ajiprobateurs des tivis collatéraux, suivis de maintes autres facéties de la même force, et de diverses anecdotes plus ou moins édifiantes sur le vieillard. )

troisième (.oihtkiul (après la première explosion passée).

Or çà , mais savez-vous que les choses étant comme nous le... craignons, il ne serait peut être point mal que j'allasse m'en assurer plus positivement auprès de son médecin.

LES DEI\ Al TRES.

Vous connaissez son médecin?

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