‹ Le PrismeChapitre 60 sur 106 · I.— LE BAL · texte numérisé non relu

I.— LE BAL

Il \R M A ME frégate, ni.i foi I comme elle boudil ! rouime elle iiicline I I comme elle marche ! elle effleure à peine la mer ! , — Par la brhe carabinée qu'il faisait ces jours-ci , les pauvres dia-

bles qui étaient dehors ont drt rudement bourlinguer. Heureusement le 'À coup de fouel est passe , ça s'apaise.

••-^ — Regardez donc; elle diminue de toile, elle rauge la terre à portée de pistolet, elle mouille; bien, très-bien manœuvré!

— Sa ceinture blanche est souillée de rouille , son {fréemeut est en désordre; certainement elle a des avaries à réparer... C'est qu'il ventait aussi comme il n'a pas venté ici depuis vingt ans.

— Franchement, c'est un beau morceau de bois !i>

Du quai de Lisbonne , deux marins suivaient en causant ainsi les évolutions d'une frégate française qui venait de jeter l'ancre dans le Tage. Bientôt les voiles furent carguées et serrées, les embarcations mises à flot, et les matelots ne tardèrent pas à se suspendre aux agrès pour les rajuster et les restaurer.

Huit jours après , l'.lréthuse se mirait coquettement dans les eaux calmes du fleuve . ses peintures étaient rafraîchies, ses cordages, noircis et alignés avec un .soin merveilleux , se dessinaient sur le ciel , oCi semblaient se perdre les flèches élancées de ses mâts. Le commandant et les officiers devaient donner le soir même à leur bord une fêle que le plus beau temps favorisait.

Les plaisirs des marins, comme leurs fatigues, sont subordonnés à l'état de ralinosphère. .1 l'intensité des brises , aux mouvements des flots ; aussi , pour eux . pas do plans prémédités; dans leur vie incessamment accidentée, tout doit être imprévu , brusque, saccadé, impromptu; et l'impromptu donne du charme aux plus vulgaires divertissements. Les invitations faites dans la matinée, le gaillard d'arrière était déjà transformé en un salon

somptueux; quelques heures seulement avaieut suffi pour opérer cette brillante métamorphose; mais cinq cents hommes y avaient activement concouru , et les flancs d'un navire sont si riches de féeries. Semblables à la boîte de Pandore, ils recèlent des trésors enfouis au milieu des maux qu'ils peuvent répandre. Chargés à mitraille contre l'ennemi, prêts à vomir les combats et la mort, faits pour braver l'ouragan et défier la foudre, ils gardent d'ingénieuses folies et des refrains joyeux pour embellir les instants d'une hospitalité fugitive. Leur peuple belliqueux sait tresser des guirlandes de fleurs et les poser sur des' têtes gracieuses : Hercule filait aux pieds d'Omphale.

A bord de l'Jréihuse , une tente rehaussée de pavois éclatants sert de dôme à l'enceinte réservée ; les hiéroglyphes de la tactique navale relevés en festons l'encadrent , el tout autour flottent en tapisseries des draperies armoriées et des pavillons de mille couleurs; elle est isolée de l'avant par un rideau national. Les bancs de quart et les grossiers apparaux de manœuvre, les palans, les poulies, les cordes goudronnées, ont disparu; l'on ne voit plus qu'une salle élégante , spacieuse, mais encore pittoresque et originale. Les planchers unis et blancs, minutieusement citronnés, les ornements, l'éclairage uiérac, tout rappelle le navire malgré son déguisement de boudoir ; car ces planchers sont sillonnés par les noires coutures d'un pont; ces ornements sont des trophées d'armes, et les lustres multipliés qui se balancent à de luisantes filières ' sont des fanaux de combat. En dépit de leurs piédestaux simulés, les mâts travestis en colonnes se devinent; les caronades, caparaçonnées de housses, devenues les dossiers des banquettes, se trahissent par leur couvre-lumière de cuivre ; on reconnaît le cabestan dans cette massive console chargée de vases de fleurs; la roue du gouvernail avec son immuable devise: Ho.NîiEin ET patrie; les escaliers enfin, vainement couverts de tapis, diseict qu'on est à bord. Mais, si l'on pouvait l'oublier après tous ces indices , cet officier en hausse-col , à la fois maître des cérémonies et gardien forcé de la frégate, nous en ferait souvenir. Il va , il vient, il court, il se multiplie, les plaisirs des autres sont pour lui une affaire de service; pendant tout le jour, il a dirigé les préparatifs; c'est lui qui a fait établir à la flottai.son ce vaste radeau sur lequel débarqueront les invitées comme sur le seuil d'un palais de Venise ; c'est lui qui inspecte les rameurs, qui les choisit parmi les plus jolis garçons de l'équipage, et s'assure que leur tenue est non-seulement propre, mais distinguée et chicardc. ((Vous serez farauds aujourd'hui, leur dit -il, vous allez chercher du beau monde; allons, Fréjus, rabats le collet de ta chemise, refais-moi le nœud de ta cravate. — Et toi, Maurice, veux-tu bien le coiffer mieux que ça , tu as l'air d'un conscrit; un peu plus sur l'oreille, donc. — Qu'as-tu fait de ton ruban de chapeau , Nicolet? — Et toi . Landerneau, va-t-en mettre un pantalon neuf.» Il ne se contente pas de ces recommandations, il se mêle de leur toilette, les tourne et les retourne comme des poupées, donne à leur patron des instructions pour leur mise, les répèle de nouveau à l'élève de corvée, et descend dans les canots lui-même pour voir si les lapis sont brossés et les bancs parfaitement grattés. Les officiers parlent enfin dans les diverses embarcations, pour aller chercher les dames jusque chez elles ; lui , fait encore balayer la .salle de bal ; il a l'œil à tout, à l'intérieur et ^ l'extérieur, au personnel et au matériel. Il n'a garde de négliger l'orchestre, parfois venu de terre, mais le plus souvent composé de malelols inslruinenlistes. Dans ce dernier cas , surtout, l'affairé lieulenaul prend mille précautions pour que rien ne manque au moment décisif: ((Vous attendrez mon signal pour counnencei-, pas de malentendu, mettez-vous d'accord . el allention!»

' Kilii-rc* . nom tics coKies liori2onlalrs qui scrveiil de Irlnp.lcs au\ leiilcsil aux iuleau.x ilii

llil\UT.

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Un coup de fiifflet parti du rivage inlerrompt ce discours, et avertit de l'arrivi^c des premiers invites à la chaloupe. An même instant, des matelots descendent avec des fanaux sur la plate-forme flottante , l'officier de garde les suit, et quand l'embarcation accoste , il est le premier à offrir l'appui de son bras à l'une des dames qui dt'barqueut. Dès qu'il parait avec elle à bord du navire, l'orchestre entonne une marche triomphale, les autres officiers , les élèves , montent successivement ; le gaillard d'arrière se peuple et s'anime, il étincelle de parures de femmes, de broderies, et d'uniformes de toutes les nations. Les alentours de la frégate présentent un spectacle également animé: une foule de canots de guerre, de batelels de passage., de gondoles flamboyantes et pavoisées, abordent, débordent, se croisent et se pressent. Les état^-majors de tous les vaisseaux de la rade, les agents diplomatiques, les nationaux et les étrangers, prennent d'assaut le radeau el l'escalier de commandement. Parmi les dames qui se sont assises entre les caronades, on ne remarque pas une moindre diversité : toutes les coteries de Lisbonne se trouvent confondues; il a nécessairement fallu une fête maritime pour que lady Klington se soit résignée à figurer au même bal que la comtesse da Carvoa ; et dona Juaua l'Andalouse , mortellement brouillée avec le cercle portugais, u'a pu résister à l'invitation d'un simple enseigne: elle est venue s'exposer courageusement aux médisances et à la morgue de ses rivales. Une pareille occasion de plaisir est si rare ! D'ailleurs elle a pour chevalier un officier du bord , elle est chez elle !

Le commandant et les officiers de la frégate ne se sont pas arrêtés à de vaines considérations locales: ils n'ignoraient pas sans doute la confusion qui proviendrait du rapprochement fortuit de sociétés divisées entre elles; mais il s'agissait d'improviser une réunion brillante , ils n'avaient ni le loisir, ni la facilité de faire un choix. Que leur importent, du reste, les dissensions intestines et les bouderies des invitées; toutes leur sourient également à eux, et ils feignent de ne rien savoir.

Cependant les quadrilles se forment , la valse , la sauteuse, le galop, leur succèdent , el l'on entend des rires entrecoupés, des chuchotlements moqueurs, des causeries polyglottes, d'étranges conversations qui n'ont aucun rapport avec celles d'un bal ordinaire. Une gaieté folle ne tarde pas à se répandre dans l'assemblée, car une sévère maîtresse de maison ne préside pas à cette réunion : on est à bord . les parfums de la mer et ceux du plaisir enivrent déjà toutes les têtes, la fusion s'opère, la froideur s'efface , la scène devient bruyante; il n'y a plus d'étrangers sur l'Arétlmse^ le roulis de la danse les a amarinés. Les rafraîchissements et le punch circulent; des mousses, dans leur léger costume matelot , se glissent au milieu de la foule parée , et l'un d'eux pourrait s'étouner à bon droit d'entendre une jeune fille, appuyée au bras d'un élève de première classe , demander une leçon de manœuvre.

n La mer venait jusqu'ici ?

— Oui , mademoiselle , jusqu'ici ; nous étions penchés sur le côté , tout à fait engagés.

— Engagés , dites-vous , qu'appelez - vous engagés ? c'est encore un mot de marine. » Le mousse passe sans se soucier de la savante définition que donnera le professeur à

son écolière.

Pastourelle .' crie le chef d'orchestre.

Heureux signal, il permet à notre aspirant de trouver une repartie convenable, et le voilà méditant profondément sur la valeur d'une expression technique , tout en allant eu avant; se Iranspurlant au dernier coup de vent en faisant un jeté-ballu; et pendant le rond de main . résolvant tant bien que mal son obscur problème.

"Eh bien ! <';i^'«i;(' .' demande encore la jolie danseuse, revenue à sa place.

— C'est un terme mai in qui ch'finil aussi bien l'état actuel de mon rœur que celui de

notre frégate au fort du mauvais temps. Il va sombrer sous \'otre sourire, comme l'-iré-

ihuse allait le faire sous les efforts de la bourrasque.»

Un petit bcum saccadé est la récompense de cette définition si péniblement obtenue; et l'élève, inhabile à pareil jeu, fera cependant tous ses efforts pour le prolonger jusqu'après la contredanse. Les termes de marine s'enlacent dans les compliments, ils se transforment en madrigaux, ont de l'actualité, et paraissent presque de bon gortt.

Les officiers de l'y/rctliuse ne sont pas les seuls triomphateurs ; les lieutenants et les midshipmen anglais ou américains , les capitaines et les gardes-marine portugais , tous ces militaires étrangers , tous ces agents consulaires , tous ces diplomates qui pullulent sur le gaillard d'arrière, savent exploiter et rendre utiles à leurs projets d'amour les douces licences permises à bord. Lord Stanley, capitaine de la corvcltc Pcarl, a déjà dansé trois valses et deux contredanses avec la comtesse da Carvoa. Il est vrai que le noble comte son mari n'a point paru dans la salle de bal : il se livre tout entier à d'autres émotions ; il est dans la chambre dn commandaul , où la bouillotte et l'écarté trAnent à l'envi. Les doubles cruzades , les mocdas et les milliers de reis^ s'entasseni , s'empilent, paraissent et disparaissent en une cave ou en cinq points. Le démon du jeu est l'invité nécessaire de toutes les fêtes aristocratiques.

Dans la batterie, illuminée par mille bougies, se dresse une longue table chargée de rafraîchissements et de mets délicats : c'est là que les maîtres-d'hôlel du capitaine et de l'élat-major déploient leurs talents et leur activité; les vins de France (car ceux de Portugal et d'Espagne .sont dédaignés), le Champagne surtout , coulent à flots. Ces puissants auxiliaires triplent la gaieté; un galop monstre, un cotillon échevelé, des rondes bretonnes, ou des farandoles provençales , remplacent les figures régulières. Les panneaux ouverts, qui d'abord faisaient frémir les danseuses , la tempête subite qu'elles semblaient craindre , l'incendie et la soute aux poudres dont la pensée avait glacé quelques courages, lout est oublié par ces jeunes femmes qu'enhardit le plaisir. Un aventureux enseigne qui conduit le jalmdao ne craint pas de soulever le drapeau qui sépare l'arrière en feu de l'avant plongé dans l'ombre : la barrière est franchie , les matelots groupés se rangent en haies pour laisser passer les plis sinueux de cette chaîne bondissante , qui fait irruption dans leur domaine. L'obscurité est profonde, et peut-être des lèvres téméraires ont osé effleurer de blanches épaules ; mais on est à bord , et l'on en rit ! La bande joyeu.se rentre enfin dans la salle du bal après avoir fait le tour dn navire , et plus d'un front de jeune fille s'est couvert d'une rougeur subite, qu'on ne peut pas uniquement attribuer aux ébats de la danse.

Mais, hélas! les premières teintes du crépu.sculeargentenl les ,sepl collines de Lisbonne, les fanaux pàlis.scnl , de longs coups de sifflets ré.sonneni , les canaux sont armés , et déjà l'on descend à regret sur le radeau. Les officiers reconduisent leurs invitées, la salle du bal disparaît, les tentures et les pavois sont enlevés ; nous ne .sommes plus que sur le pont de rjrélhusc.

Et maintenant, pendant toutes ces joies, tous ces jeux, tous ces rires du gaillard d'arrière , que faisait l'équipage relégué sur l'avant? Transportons-nous en observateurs (le l'autre côté de la barrière, qu'un iniprndenl enseigne n'a osé .soulever qu'à la faveur de l'ivresse générale. Ecoulons les bons matelots supportant slolqueuienl le supplice de Tantale et la privation de sommeil, l'as un seul ne regrette son hamac : ils s'assoeieni aux plaisirs de leurs officiers, ils savent que ce bal fait honneur à la frégate, f.lendus auprès du rideau, dont ils dérangent les plis pour avoir leur pclilc pari de speciaelc. ils c-ausent à demi-voi\ :

"Ho! Friséic, viens donc voir celte princesse qui se promène avec le commandani:

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est-elle suivée , hein! en a-l-cllc un racage ' de perles fines, et des boucles d'oreilles pire que des soleils ! Comme ra est voilé de satins cl falbalars .'

— El c'tle petite noirde qui fait un coup de blagfue avec le major : Fé d'ann Doue 2 .' caserait pas à dcdaifjner comme du tabac moisi.

— C'est fini ! on se croirait à Musard , ajoute le Parisien , genre mousseux et soigné, quoi! s'en donnent-ils nos officiers!

— • La valse à cette heure! En voilà une blonde là qui vire de bord comme un vrai lougre ; c'est que le lieutenant Canvel s'y entend à la manœuvrer, hein ! léi'c les lofs ! change derrière -i ! et allez donc ! A ton tour, matelot , regarde.

— Cavalisca ! s'écrie un Languedocien, nié sembla veïré dansa las trcias dé Moun peïè i !

— On n'oubliera pas l'Arrèlcuse dans ce pays-ci , j'en réponds ! »

He pareilles conversations ne discontinuent pas; .seulement les anciens ont jugé prudent d'aller dormir un moment dans quelque coin obscur du fau\-pont, car ils savent que le lendemain d'une fêle doit être un jour de corvées et de fatigues : il faudra laver, briquer, fourbir avec plus de soin que jamais: il faudra réparer les effets du plaisir comme cens d'un gros temps.

Il se présente tant de difficultés pour monter convenablement de semblables fêtes à bord d'un navire de guerre, qu'elles sont fort rares, nous devons l'avouer. Toutefois nous pourrions nommer une frégate-amiral qui, étant en station à Fort-Royal (Martinique) , donnait régulièrement une réunion dansante par semaine.

Si les grands bals sont peu fréquent,s en marine, et réservés d'ordinaire aux solennités patriotiques, il est un autre genre de fêles encore moins répandu : c'est le bal du gaillard d'aiant. Mais il nous suffit qu'il existe pour en citer un exemple.

Il y a quelques années un petit brick, qui venait d'essuyer un violent coup de cape, entra en relâche dans le port de Mahon. Les gens de l'équipage s'étaient comportés de manière à mériter une récompense générale , et le capitaine, voulant leur prouver efficacement sa sati.sfaction , les aurait envoyés courir en ville bord sur bord, si des ordres supérieurs ne s'y étaient opposés. Des rixes entre les marins français et américains stationnés aux Baléares avaient amené plusieurs fois de tragiques dénouements, et il était expressément défendu aux commandants de laisser descendre aucun de leurs matelots. Force était donc de remettre indéfiniment les faveurs promises en mer, ou de transporter à bord les plaisirs de la terre ferme. Ce dernier moyen pouvait seul convenir : ou n'hésita pas un instant, et par un jour de beau temps, le navire tout entier fut abandonné au génie installateur des contre-maitres de manœuvre. Une longue table occupa l'espace compris entre les deux mâts; l'orchestre fut placé sur la dunette; les rideaux , les lentes, les fanaux et les pavois disposés en un clin d'œil ; et l'on n'attendit plus qu'une cargaison de Mahounaises. H en fallait quatre-vingt-dix, pas une de moins, car l'équipage était composé de quatre-vingt-dix hommes. Quand tout fut prêt, un élève de corvée partit à la recherche des danseuses : «Débrouillez-vous, mon ami, avait dit le capitaine; un aspirant ne doit jamais être à court d'expédients; vous savez ce qu'il nous faut, partez, ei soyez bientôt de retour.»

' Un racage est l'n chapelet de pommes de bois enfilées dans une corde. ' Fé d'ann Doue.' ^exclamation bretonne j lilléralenienl, foi de Dieu! ' lé^■e les lofs! change derrière! Commandements suix'essifs du virement de bord. ' Saperloltel il me semble voir danser les treilles de Monti)ellier. Les ireilles sont une dan.se languedocienne.

Celle missioa serait difficile peut-être pour le plus habile diplomate: mais l'élève s'est mis en grande tenue, il a confiance en lui : leste, joyeux et hardi, il ne craint plus d'effaroucher des oreilles trop délicates ; il n'ignore pas le jargon lybride dont il devra se servir , et u'a pas besoin d'interprète pour ouvrir les négociations. Hier, en passant devant un cabaret de bonne apparence, il se rappelle avoir lancé un regard éloquent à Mariquita la Catalane. Deux beaux yeux noirs, un teint rosé, un gracieux sourire, ne s'oublient pas si \ ile qu'il ne sache ofi retrouver la sémillante hôtesse de la fonda marinera. C'est chez elle qu'il entre ex abrupto. Un mot de l'élégant jeune homme a suffi; la belle enfant se met en costume de bal , sort la première , et guide à travers les rues l'ambassadeur en aiguillette; elle frappe à toutes les portes de vendas, de casas de hehida, et d'ateliers d'ouvrières, appelant ses connaissances et ses amies, donnant le mot de ralliement : «En roule! en route! bal à bord du brick français!» L'aspirant se trouve bientôt à la lèle d'une bande nombreuse de charmantes recrues, qui marchent à quelques pas de dislance. Son cortège féminin fait la boule de neige, et se grossit merveilleusement : en moins d'une heure la levée de danseuses est terminée. Fier de .son succès , le tricorne en tête , l'cpée au côté, le raccolcur s'avance gravement, suivi par un essaim de brunes piquantes, de blondes éveillées, de bonnes filles, à la mantille noire, aux grands peignes d'écaillé, coquettement attifées et pomponnées, qui descendent en caquetant la rampe de Villa-Carlos '. A cet aspect l'équipage pousse un cri de joie ; tous les canots du brick accourent au rivage, et ramènent à bord le précieux chargement. Déj?! le trombone et la grosse caisîîe retentissent, on danse, on .saute, on s'étourdit, on chante, on crie, on est aux anges; le vin de Catalogne circule; la franche gaieté du gaillard d'avant est à son comble: uChacun a sa eluicnne, v'ià le plaisir! Vive le capitaine, le rancio -, et les parlienlière s ! Il

Le commandant préside à la fête, les officiers en sont les commissaires , les élèves font les factions de nuit, car tous les matelots sont exempts de .service; enfin le farouche capitaine d'armes veille activement au maintien du bon ordre et de la paix.

La nuit est une magnifique orgie militairement dirigée

Enfin , quand le soleil se montre dans le goulel, ;\ l'horizon , comme un convive fatal sortant de la tombe, un long coup de sifflet traduit l'ordre sévère de l'officier de quart ;

«EMllinylEIST CUALOITIEDS!

— Le iiEiu SEXB A tebre; et en dodule!»

Une demi-heure après l'équipage est réparti à ses postes de propreté :

«ATTItArB A LAVER ET tlRIQUER , UACT ET RAS ! »

[En ai'anl la pompe, les seaux, le sable et les balais .')

« Allons, les caïmans, dit le maître de mananivre, tu l'es amusé celle nuit, palincloi-z'à malin ,el fais moi z.'un pont de satin! »

Kauljoiirj; de Maliini Vin vieux.

(i. De h Lv^iiiKi. I. e.

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