ACTE II, SCENE IX
JOHNSTON
Oui, madame.
LA DUCHESSE, à Paderbonn.
Un devoir secourable Vers les infortunés conduit ici mes pas. Ils souffrent : ]e les plains, et n'examine pas S'ils pleurent accablés du poids de la justice. Leur destin m'épouvante; et, pour qu'il m'attendrisse, Il me suffit d'entendre un cri de la douleur ; Ici l'humanité ne voit que le malheur.
Mais de l'homme souffrant si la voix révérée Pénètre dans mon âme , elle en est plus sacrée , Lorsque , sous l'injustice , il gémit abattu ; Pour supporter la honte , il faut trop de vertu.
PADERBONN.
Ce n'est pas sur mon front que l'opprobre s'arrête ; Loin d'être épouvanté du trépas qu'on m'apprête, Je le vois s'avancer avec tranquillité.
Vivans , l'erreur nous suit ; morts, c'est la vérité,
LA DUCHESSE, à-part.
Ses paisibles discours respirent l'innocence.
( à Paderbonn. )
Vous êtes condamné: quelle est donc la puissance Qui fait tomber sur vous tant de sévérité?
L'erreur, la calomnie et la crédulité,
LA DUCHESSE
L'erreur trop dangereuse est puissante, sans doute; Je hais la calomnie, et sa voix, qu'on écoute Toujours légèrement , flétrit les malheureux. Cependant la justice et les lois sont pour eux ? Et vos preuves enfin devaient être entendues.
PADERBONN.
Mon malheur me les ôte? et je les ai perdues: Tout me condamne,
LA DUCHESSE
Ainsi, vous n'avez plus d'espoir.
PADERBONN.
Plus... Je plains mon épouse.
LA DUCHESSE
Elle sait son devoir.
Le monarque est sensible , il aime à faire grâce.
PADERBONN.
Ah ! ce n'est pas ainsi que la honte s'efface. Lorsque par un arrêt 1 honneur s'est vu flétrir, Il est affreux de vivre, il Test moins de mourir.
LA DUCHESSE, vivemenU
Vous êtes innocent. Quel abandon funeste !
Non , l'homme ne perd rien quand la vertu lui reste : Le sort l'accable, il cède, et ne murmure pas; L'espérance l'appelle , et Dieu lui tend les bras.
LA DUCHESSE
C'en est trop; de sa vue il faut que je m'arrache, A vos juges trompés la vérité se cache...
PADERBONN.
Ils auront tôt ou tard des regrets superflus.
LA DUCHESSE
Puis-je vous secourir?
PADERBONN.
Vous ne le pouvez plus.
(La duchesse sort en donnant des marques de douleur.)