ACTE III, SCENE IV
F1TGAM.
Et j'ai fait de ma vie un assez dur emploi , Pour vous laisser un jour une grande fortune, MURRAY.
Vous seul...
FITGAM.
Ecoutez-moi. Si je vous importune , Mon importunité sera courte.
MURRAY
Jamais On ne m'accusera d'oublier vos bienfaits,
FITGAM , attendri.
J'estimais Paderbonn... Je l'aimais , et je l'aime ; Mon cœur ne change pas : il est toujours le même* J'ai dans l'adversité vu tomber mes amis ; Je les ai secourus... Il ne m'est plus permis De jamais consentir à votre mariage.
Quoi!
FITGAM.
L'honneur vous défend d'y songer davantage Je dois à ces liens refuser mon aveu; Fitgam est honnête homme , et Murray son neveu...
MURRAY
Ce titre m'est bien cher; s'il faut en être digne , J'ai cru le mériter : quel en serait le signe? Et comment à l'honneur oser prétendre encor, Si , dans ses changemens , mon cœur suivait le sort? Paderbonn , votre ami, me choisit pour son gendre 5 Il m'élevait alors , le sort l'a fait descendre : Je lui conserve un fils dans son adversité ; J'obéis à l'amour moins qu'à la probité : Paderbonn est mon père.
FITGAM.
Et moi?
5s LE PRISONNIER DE NEWGATÊ.
MURRAY
Je vous honore;
FITGAM.
Tu deviendrais ingrat?
MURRAY
Votre fils vous implore.
iFITGAM.
Et c'est contre l'honneur que tu viens m'implorer !
Vous voulez me contraindre à me déshonorer!
FITGAM.
A te déshonorer? Qui? moi!... Murray...
MURRAY
Vous-même.
Et qu'importe à l'honneur un absurde système? On veut que d'un arrêt l'opprobre flétrissant Tache un homme de bien! Mais , s'il est innocent , Si des lois contre lui l'injustice est l'organe, L'opprobre est retombé sur celui qui condamne» Un juge peut flétrir avec impunité:
C'est le droit de la force et non de l'équité. On écoute la haine, et l'on fait un coupable.
| FITGAM.
L'arrêt le plus injuste est toujours respectable.
MURRAY
L'innocence en appelle.
FITGAM.
Inutile recours!
Le monde indifférent le confirme toujours.
MURRAY
Partout des préjugés je vois la tyrannie.
FITGAM.
Où je vois l'échafaud je vois l'ignominie.