‹ Le prisonnier de Newgate, drame en cinq actes et en versChapitre 60 sur 85 · ACTE IV, SCENE I. G · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE I. G

PADERBONN.

Ma parole est sacrée ; Jonhston dort sur la foi que ma bouche a jurée. Si j'ai serré tes nœuds, Jonhston me Fa permis: J'ai béni mes enfans, et je meurs plus soumis. Cache-moi tes regrets : je sais que tu me pleures. Cette nuit est bien courte : elle abrège les heures ; Le jour va me presser de remplir mon serment. Sois content de ta vie ; et le dernier moment Laissera dans ton âme un espoir sans nuage: Quelquefois un beau soir finit un jour d'orage. O mon fils ! sois heureux.... La jeunesse te rit : Ta carrière commence , et la mienne finit ; Tu suis i sans le connaître, un chemin qu'elle t'ouvre.*. Quel est ton avenir ? Un voile épais le couvre ; Et, toujours éblouis, ou couverts d'un bandeau, Nous connaissons la vie en entrant au tombeau. Souffre que mes conseils éclairent ta jeunesse.

MURRAY

Vous achetez bien cher les fruits de la sagesse;

PADERBONN.

La sagesse consiste à supporter son sort :

Notre route est la même , et le terme est la mort.

Un projet insensé coûte une vie entière;

La mort l'ensevelit sous un peu de poussière.

Plus de vaine grandeur, plus d'orgueil, plus de rangs:

A chaque heure les morts instruisent les vivans.

MURRAY

Vos vertus m'instruisaient.

Aime la bienfaisance.

J'ai quelquefois aussi secouru l'indigence : C'est un plaisir bien doux... Mon ami , la pitié Peut sembler une injure au pauvre humilié ; Ne le force jamais d'avilir sa misère:

Le pauvre qui supplie a tous les droits d'un frère.

Ennoblis tes bienfaits, qu'il n'en rougisse pas; Et, s'il pleure à tes pieds , presse -le dans tes bras: C'est le dernier conseil que ton ami te donne.

MURRAY

Pourrai-je l'oublier ?

PADERBONN.

Avant que Fheure sonne J'arrache ma faiblesse à des acfreux cruels.

MURftAY.

Mon père, quels adieux!

PADERBONN.

Des adieux éternels !

MURRAY

Je vous suivrai.

PADERBONN.

Clara gémit abandonnée ; Mon fils, reste auprès délie. Hélas l'infortunée A besoin d'un ami pour essuyer ses pleurs l Veille ,- soutiens ta mère , et calme ses douleurs:

Je crains son désespoir : elle voudra me suivre ;

Tu dois la retenir et la forcer de vivre :

Je te laisse mon cœur pour doubler ton amour.

[ Il s'avance vers l appartement de sa femme* )

Adieu , Clara ! ma vie a passé comme un jour.

Je vivais près de toi, je taimais sans partage ;

Mêle quelque espérance à ton triste veuvage.

Il est un avenir au delà de la mort ;

La vertu ne meurt pas , je dois te voir encor.

Seule, après ton bonheur, tu serais bien à plaindre !.

Ils finiront tes jours.... Et tu vas les éteindre.

Puisqu il faut séparer de leur triste fardeau

Les charmes d'un amour qui me suit au tombeau.

( à Murray.)

O mon épouse ! adieu. Souviens-toi de ton père ; Aime Jenny.

MURRAY

Toujours.

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