MA HT IN
Des histoires do femmes ?
HERNANDEZ
Non, do maris.
MAHTIN.
Il y en a de drôles.
HERNANDEZ
Ils riaient tous à se fendre la narine en quatre... pas moi !... parce qu'à la dernière, j'ai cru qu'ils voulaient me faire poser.
MARTIN
Toi ? pas possible !
HERNANDEZ
Je t'en fais juge... et tiprôs nous verrons! Il paraît qu'un de leurs amis, qui n'était pas là, a pour maîtresse une femme mariée... et quand il veut donner un rendezvous à sa belle, il fait à la craie une raie dans le dos du mari... en travers, ça veut dire : j'y serai.
MARTIN
Oh ! que c'est bête !
HERNANDEZ
Et au contraire quand il ne peut pas aller au rendezvous... il fait une raie en long... ça veut dire : je n'y serai pas.
MARTIN
Mais c'est impossible! le mari s'en apercevrait. Essaie donc de me faire une raie dans le dos. (il se tourne et montre une raie verticale dans le dos.)
HERNANDEZ
Ah! caraï ?...
MARTIN
Va, essaie...
Mais tu l'as !
MARTIN
Moi ?.,. (Allant à la cheminée et se rogardanl dans la glaco^ * C'est ma foi vrai...
HERNANDEZ, à part.
£st-ce que par hasard ?
MARTIN
Oii diable me suis-je fourré ? (ii sonne.) Je n'ai pourtant pas joué au billard.
PIONCEUX, entrant du fond **.
Vous avez sonné ?
MARTIN, tendant son dos.
Oui... brosse-moi !...
' PIONCEUX, le brossant.
Encore de la craie I... Ah I c'est trop fort!... depuis quelque temps vous en avez tous les jours. MARTIN, stupéfait.
Tous les jours l
HERNANDEZ
Caramba !
PIONCEUX, faisant un geste horizontal.
Autrefois, c'était comme ça.
HERNANDEZ, à part.
J'y serai!
PIONCEUX.
Et maintenant c'est comme ça, (ii fait un geste verii«au)
HERNANDEZ, à part.
Je n'y serai pas !
MARTIN
C'est bien, laisse-nous. (Pioaciuxsort par le fon^.)
* Hernandez, Martin.
** Hernandez, Pionceux, Martin.
SGËNE VIII
MARTIN, IIERNANDEZ.
MARTIN, accablé.
Eh bien ! qu'est-ce que tu dis de ça ?
IIERNANDEZ.
C'est clair... ça y est (Lui serrant la main.) Dieu te garde!
MARTIN
Ça me tombe comme un pavé... Loïsa ! Qoupable!... et moi qui me privais do lui faire des traits! jobard.
HERNANDEZ
Je suis de moitié dans ton affront.
MARTIN
Tu seras de moitié dans ma vengeance!
HERNANDEZj lui tendant la main.
Même nom!
MARTIN
Même cœur I
HERNANDEZ
Même honneur!
MARTIN
Le traître ne mourra que de ma main!...
HERNANDEZ
Ou de la mienne, si tu le rates... Quelles sont tes armes ?
MARTIN
Mes armes?... Ah! voilà le chiendent!... Je ne suis pas un duelliste de profession... J'ai déjà été sur le terrain, comme témoin, mais je ne connais ni l'épée, ni le pistolet.
HERNANDEZ
DiaMe! et la carabine?
LE PRfX MARTIN 31
MARTIN
Plutôt... (Passant k gauche.) * J'ai cassé pas mal de pipes à la fête de Bougivai.
IIERNANDEZ.
Alors le duel à l'américaine!
Le duel américain ?
HERNANDEZ
Oui... à la carabine... On se cherche dans une forêt...
MARTIN
Au Vézinet, ma maison de campagne est par-là.
HERNANDEZ
On s'épie, on rampe derrière les arbres et les rochers... le premier qui voit l'autre tire dessus !
MARTIN
C'est que.-, j'ai la vue basse.
HERNANDEZ
Enfant! j'ai un truc superbe qui m'a toujours réussi.
MARTIN
Je le prends!
HERNANDEZ, prenant sa canne et son chapeau et allant se placer derrière le canapé.
Je me couche derrière un buisson. Je mets mon paletot et mon chapeau au bout de ma carabine... (ii met son chapeau au bout de sa canne et se dissimule derrière le canapé.). Et je crie à mon adversaire : ïu es mort! Panl il tire, il blesse mon chapeau, je me lève en souriant et je l'expédie! (ii descend à gauche . )
MARTIN, un peu froid**.
Oui, c'est ingénieux. Se coucher derrière un buisson... mais je trouve ça un peu terre à terre pour nous... Je
* Martin, Hernandez.
** Hernandez, Martin.
rêve une vengeance plus cannibale et plus sûre... Je ne sais pas encore laquelle... mais je la trouverai !
IIERNANDEZ.
Il ne faut pas que ça traîne... Où demeure-t-il?
MARTIN
Qui ça?
HERNANDEZ
Ton copartageant?
MARTIN
Gomment, mon co?... Ah, c'est juste! Je n'en sais rien... Je no le connais pas, moi!... au fait qui diable ça peut-il être? (Agénor paraît au fond.)