‹ Le prix MartinChapitre 24 sur 44 · SCÈNE VII Les Mêmes, AGÉNOR · texte numérisé non relu

SCÈNE VII Les Mêmes, AGÉNOR

AGÉNOR, entrant. 11 est en tenue de malade, et d'une voix dolente. Ferdinand... tu me laisses seul... Voilà une heure que je t'appelle.

MARTIN **

Excuse-moi, mon ami, j'étais sorti un moment pour

* Martin, Hernandez.

** Hernandez, Agénor, Martin.

commander la potion. Eh bieni Te sens-tu un peu mieux?

Non, ça ne va pas. On a encore fait du tintamarre à côté... Est-ce qu'il y a un billard?

HERNANDEZ

Les joueurs sont partis.

AGÉNOR, il est pris d'une quinte de toux. Allons, bien, voilà la poitrine qui se prend!

HERNANDEZ

Secouez-vous, sacrebleu !

AGÉNOR, à Hernandpz, avec aij?reur.

Secouez -vous!... Est-ce que ça guérit les maladies de poitrine, de se secouer?... Vétérinaire, va! ^ii passe à droite.)

HERNANDEZ, bondissant. *

Hein! qu'est-ce qu'il a dit?

MARTIN, l'arrêtant.

Rien! (Bas, à Hernandez.) Mais ne le contrarie donc pas! (a Agéuor.) Tiens, assieds-toi. (ll le fait asseoir sur un fauteuil**. A Hernandez.) Vitel un tabouret!

HERNANDEZ, apportant uQ tabouret.

Pour la poitrine de monsieur !

MARTIN

Et un coussin sous la tête. -(Hernandez prend un coussin du divan et le place derrière la tête d'Agénor, )

AGÉNOR, à Martin.

Oh! tu es bon, toi! Tu m'aimes! (Hernandez va s'asseoir sur le divan. — Agénor est assis au milieu de la scène. —Martin est debout, près de lui.)

Oui... oui... sois tranquille! Comment te trouves-tu?

* Hernandez, Martin, Agénor.

•• Hernandez, Agénor, Martin.

52 Lu. PRIX MARTIN

Mal! J'ai froi(J... Je sons conime un faux frissen. MARTIN, apercevant la fenêtre ouverte.

Parbleu! on a laissé la fenêtre ouverte I Quel est l'imbécile?... (A Hernandez.) Fernie la fenêtre. (Hernandez la ferme avec humeur et revient s'asseoir sur le divan.)

AGÉNOR

Oh ! j'ai la bouche sèche... je boirais bien...

MARTIN

Quoi?

AGÉNOR

Je ne sais pas quoi. Rien ne me dit...

MARTIN

Parle. Dans ta position, tu peux tout demander.

AGÉNOR

Eh bien! donne-moi un petit grapillon de raisin.

MARTIN

Ah 1 c'est qu'au commencement de juillet, il n'y a pas encore de raisin.

Alors, une pèche au sucre.

MARTIN

Ah! c'est qu'au commencement de juillet, il n'y a pas de pêches non plus.

HERNANDEZ, à part.

Il n'a pas de chance, le condamné!

MARTIN

Mais veux-tu du poulet... avec du tabac et un verre d'eau-de-vie... c'est ton droit!

AGÉNOR

De l'eau-de-vie !

MARTIN, vivement.

Non ! pas encore ! c'est trop tôt !

AGÉNOR, poussant un cii.

Ah!

MARTIN

Quoi?

AGÉNOR

Allons, bien! voilà l'intestin qui se prend! IIERNANDEZ, à part, avec mépris.

Ah! galette 1

AGÉNOR

Non, ça se calme. Je me suis levé pour écrire à mon oncle.

MARTIN

Ça va te fatiguer.

AGKNOR.

Approche-moi la table... Je vais essayer de tracer quelques lignes.

MARTIN

Oui. (a Hernandez.) La table!... approchons la table'...

HERNANDEZ, à part.

Il me fait faire un métier de commissionnaire, (lis placent la table devant Agénor. — Hernandez va se rasseoir sur le divan.) AGÉNOR, écrivant,

« Mon cher oncle... (s'interrompant, à Martin.) Tu ne peux donc pas m'avoir un petit grapillon de raisin?... Je paierai ce qu'il faudra...

MARTIN

Mais il n'y en a pas! il n'y en a pas !

HERNANDEZ, à part.

Il est sciant avec son raisin !

AGÉNOR, reprenant la plume.

<* Mon cher oncle, je suis bien malade à Ghamounix, et malgré toute mon énergie, je ne sais si je pourrai vous revoir jamais... » (Laissant tomber sa plume.) Non... je suis

trop faible... La sueur me monte... prends la plume, Ferdinand.

Oui,., repose-toi sur ce divan... Hernandez, aide-le! (Hernandez vient prendre Agénor par le bras et l'installe sar le divan face à la fenêtre.) Le coussin! le coussin I...

HERNANDEZ, apporte le coussin en jurant. Vagaveand a la porra ! (ii va s'asseoir à droite).

MARTIN, s'asseyant a la table.

Maintenant, tu vas me dicter.

AGÉNOR, dictant.

« J'emprunte, pour continuer ma lettre, la main de mon meilleur ami. »

MARTIN, k part, écrivant.

Canaille!

AGÉNOR, dictant.

« De mon meilleur ami, dont la femme m'a soigné avec le dévouement d'une sœur... »

HERNANDEZ, à part, jaloux.

D'une sœur!

AGÉNOR, dictant.

« De charité. Je ne crains pas d'exagérer en disant que

cette femme est un ange... » (Hernandez se lève.) MARTIN, à part.

Un ange!... elle!... (a Hernandez.) Tiens, prends la plume... je ne peux pas continuer 1 (il se lève.) HERNANDEZ, protestant à voix basse.

Ah ! mais les écritures... ça m'embête!

MARTIN, bas.

Puisqu'il est condamné 1 nous ne devons rien lui refuser.

C'est juste, l'animal ! (ii se met à table.) * Agénor, Martin, Hernandez.

AGÉNOR, à MartiQ.

Tu n'écris plus?

MARTIN

Non, j'ai une convulsion dans le pouce... don Hernandez va me relayer, (ii remonte.)

HERNANDEZ, la plume h la main, à Agénor. Quand il plaira à monsieur?

AGENOR, dictant.

« J'emprunte, pour continuer ma lettre, la main d*un indifférent. »

HERNANDEZ, à part.

Il a du nez !

AGÉNOR

« Je sens bien que je ne pourrai pas continuer mon voyage. »

HERNANDEZ, se levant et allant à Agénor. Hein?

MARTIN *

Qu'est-ce qu'il dit?,.. (Bas à Hernandez.) Il nous échappe! (a Agénor.) Voyons un peu de courage, sabrebleu!

AGÉNOR

Ohl non!... les forces...

Viens seulement jusqu'à la Handeck... Je ne t'en demande pas plus !

HERNANDEZ

On dit que c'est si joli !

AGÉNOR, à Martin.

Tu m'achèteras la photographie.

MARTIN

C'est pas la même chose.

AGÉNOR, à Hermandez.

Continuez. (Dictant ) « Je quitterai sans regret ce pays... * Martin, Agénor, Hernandez.

56 LE PHÎX MARTIN

OÙ l'on np trouve môme pas à achotor un grapillon de raisin. »

HERNANDEZ, k part.

Encore son raisin !

Ad EN OR, (lictaDt..

« Je serai à Paris. »

HERNANDEZ, écrivant.

Pas si vite?

AGÉNOR, reprenant.

« léserai à Paris mercredi. » Donnez que je signe. (Hernandez lui apporte la lettre avec le buvard. 11 signe.) Ah! cette lettre a épuisé mes forces. Je vais rentrer. Ton bras, Ferdinand !

Oui, voilà ! (Hernandez remet la table et le fauteuil en place, pendant qu'Agénor, soutenu par Martin, se dirige vers sa chambre ; puis Hernandez prend Martin par la manche de son habit et le ramène brusquement en scène. Agénor, tenant toujours Martin, trébuche et manque de tomber.

HERNANDEZ, à Martin, bas*.

Que vas-tu faire ?

MARTIN , bas.

Je n'en sais rien; mais il faut à tout prix que je le fasse changer d'avis, (a Agénor.) Appuie-toi... ne crains rien.

AGÉNOR, sortant, appuyé sur le bras de Martin. Que tu es bon ! Tu es un ange aussi !

MARTIN

Oui... nous sommes tous comme ça dans le ménage!... Appuie-toi. (ils sortent à droite.)

* Hernandez, Martin, Agénor.

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