SCÈNE X MARTIN, HERNANDEZ, puis PIONGEUX
MARTIN, la regardant sorlir *.
Comme elle l'aime! Elle ne prend même plus la peine de s'en cacher.
HERNANDEZ
Patience !... noire heure viendrai L'as-tu décidé à continuer le voyage?
MARTIN
Oh! bien oui!... j'ai employé tous les arguments.. . j'ai été jusqu'à lui dire que ça ferait plaisir à ma femme. Mais il est butté!.. 11 se tient le ventre et il répond : Non! je veux retourner à Paris ! je veux retourner à Paris !
HERNANDEZ
Eh bien ! qu'est-ce que tu décides ?
MARTIN
Je décide... que je ne décide rien 1... J'avais mon plan... la Handeck!... Il ne veut pas y aller... Ça dérange toutl PIONCEUX, entrant par le fond et à voix basse. Monsieur? (ll tient dans ses mains une fiole et une tasse ""*.)
Hernandez, Martin.
• Hernandez, Martin, Pionceux.
Quoi ?
PIONCEUX, à voix basse. j
C'est le tilleul et Veau d'anum. |
MARTIN, parlant très-fort.
Oh! tu peux parler haut, maintenant. Crie, chante si tu veux.
PIONCEUX.
Il va mieux?
MARTIN
Oui. (lodiquant la tasse de tilleul.) Pose ça dans un COin... Ça ne me regarde plus. S'il croit que je vais continuer à être sa garde-malade ! {ii passe à gauche.)
PIONCEUX, posant la tasse et la fiole sur la table, k part. Le poulet est presque cuit ! (ii sort par le fond.) HERNANDEZ, regardant la fiole et se parlant à lui-même en espagnol *.
Sangre de Dios ! no es por nada que esta botella habra venido sobre questa mesa (Sang de Dieu ! ce n'est pas pour rien que cette fiole sera venue sur cette table.)
MARTIN, le regardant, étonné. 1 Qu'est-ce que tu dis ?
HERNANDEZ, tenant la fiole et la lui montrant. j
Tu vois bien cette fiole ? 1
MARTIN
Parbleu !
HERNANDEZ
Qu'est-ce que tu en penses ?
Eh bien ! je pense que c'est une fiole !
HERNANDEZ
Non... c'est le châtiment.
* Maitn, lieniandez.
MARTIN
Le châtiment !
HERNANDKZ.
Le docteur a dit 6 gouttes de laudanum... lu es distrait, je te parle... je te raconte mon règne... et tu mets 50 gouttes.
MARTIN, so reculant
50 !... Mais le docteur a dit que 50...
HERNANDEZ
Eh bien?
MARTIN
C'est un forfait !
HERNANDEZ
Tu voulais bien le jeter dans le trou.
MARTIN
Le trou .. c'est un incident de voyage, tandis que la Gole...
Voilà bien la vieille Europe... flasque et sans énergie... mais chez moi, sous ma zone... on échange continuellement des petites poudres dans des verres d'eau sucrée, on arrange des bouquets de roses qu'il sufQt de respirer^ et on n'est pas mal vu pour ça.
MARTIN
Je ne dis pas... chaque peuple a ses usages.
HERNANDEZ, lui tendant la fiole.
Allons !
MARTIN
Non, tiens, décidément, ça ne me sourit pas... le trou me souriait, mais pas la fiole.
HERNANDEZ, reposant la fiole sur la table. Très-bien... laisse-le rentrer à Paris... on va le soigner, lui bassiner son lit... avec du sucre, et dans un mois, quand il sera bien portant, tu ramèneras ta femme.
MARTIN
Saperlolte 1
IIERNANDEZ.
Et ils continueront à tracer leur petit signal sur ton dos complaisant.
MARTIN, furieux.
Sang de Dieu ! passe-moi la bouteille.
HERNANDEZ, la lui donnant.
Allons donc!
MARTIN, versant le contenu de la fiole dans la tasse que lui présente Hernandez.
Je verse tout, carambo !
HERNANDEZ
Tout! c'est peut-être beaucoup... mais le reste aurait été perdu., , (Preaant la fiole et lui donnant la tasse.) Maintenant, porte-lui ça.
MARTIN, prenant la tasse.
Moi-même ! (Il va jusqu'à la porte d'Agénor, sur le point d'entrer, il s'arrête et après an moment d'hésitatioo il revient à Heraandez.) Non, vois4u, c'est plus fort que moi... je ne pourrai jamais lui offrir... nous avons été trop liés. HERNANDEZ, prenant la tasse.
Donne-moi ça, poule mouillée, (ij va jusqu'à la porte d'Agénor avec la tâsss et s'arrête *.) C'est drôle, dans ce pays-ci, ça méfait quelque ciiose... je crains l'opinion publique.
MARTIN
Ah ! tu vois bien ! Tu recules aussi 1
HERNANDEZ
Je ne recule pas... je me recueiHe...
MARTIN, scfitencie-ax.
Vois-tu, Hernandez, il n'y a que Dieu qui ait le droit de tuer son B.emblableJ
* Martin, Hernandez.
HERNANDEZ, qui est revenu près d» Martin. Tu me suggères une idée... Uapportons-nous-eQ au jugement de Dieu!
Comment l'entends-tu ?
HERNANDEZ, plaçant la tasse près de la table.
Je pose la coupe fatale sur celte table... bien en vue... Agénor va venir... il boira si c'est son inspiralion... Ça te va-t-il comme ça?
MARTIN
Comme ça, je veux bien... poser une tasse sur une table n'est pas un crime.
HERNANDEZ
Allons faire un tour, (ll remonte au fond, à gauche, pour prendre son chapeau *.)
MARTIN
Je te suis, (a part.) Ce n'est pas un crime... (ii verse vivement l'encrier dans la tasse en se cachant d'Hernandez et à part.) Tout l'encrier ! maintenant, s'il boit... c'est qu'il aura une fière soif!
HERNANDEZ
Viens-tu ?