LOGE
la Montagne Blanche en 1620, sans que toutefois le pouvoir des Etats fût complètement aboli. La période suivante est l'époque du centralisme absolutiste, de la formation de l'Etat moderne, bureautratique et centraliste,'où les efforts dynastiques ne sont plus cachés et où la famille des Habsbourgs vise osténsiblement l’uniformité de toute la monarchie, sans exception même de la Hongrie. Cette époque dure jusqu’à 1848. Enfin la troisième période est l’époque de la Révolution, du centralisme constitutionnel, des premiers essais constitutionnels et de l'établissement définitif da dualisme en Autriche ; c'est l’époque des luttes intestines, soit entre le gouvernement et les Tchèques, soit entre les diverses nationalités slaves contre la majorité artificielle des Allemands en Cisleithanie.
Nous avons parcouru très vite le commencement de la première période. Nous avons vu quel en &été le caractère essentiel. Les Habsbourgs, devenus les maîtres d’un vaste territoire, ont conçu le projet d'y établir l'Empire universel. Le premier Habsbourg n’a pas manqué une seule occasion pour remplir cette tâche de sa famille. Il laissa à ses successeurs un héritage que ceux-ci devaient s’efforcer d'augmenter et de consolider. Tout se prêtait à cette besogne. La Bohème, dont il s'agissait en première ligne, était déchirée par les luttes intestines, religieuses et politiques, les Etats affaiblis, les villes ruinées ; le pouvoir royal était consolidé, la première pierre de l’unité et la centralisation posée par l’établissenient du Conseil secret, de la Chambre, de la Cour et du Conseil mili-
taire. Le pouvoir de ces vrganes centraux grandissait tou-
Foie
jours, d'autant plus que l’absolutisme se marquait de plus en plus. Les successeurs de Ferdinand I n'avaient qu à continuer dans les chemins tracés par les événements antérieurs en suivant les traditions et conceptions dynastiques de la maison. Et ceux-ci ont très bien compris les intérêts de la dynastie: Certes, ces trois groupes de pays, à l’origine distincts, portaient toujours la marque d'Etats indépendants, leurs institutions propres restaient toujours en vigueur, et la monarchie conservait toujours le caractère d’une confédération d'Etats. De même sous le joug absolutiste les institutions féodales ne tombent pas tout d'un coup en ruine, mais elles subeistent encore avant et après la bataille de la Montagne Blanche dans ” la législation ainsi que dans le pouvoir exécutif et judiciaire. L'Etat est à cette époque un mélange des institutions féodales et du régime absolutiste. À ce point de vue l’an 1620 n’est pas une limite bien tranchée qui sépare deux époques absolument différentes. La période de 1547 à 1620 est marquée par une série d'événements du même caractère, dont la bataille de la Montagne Blanche n’est que la fin et le couronnement. Le trait essentiel de cette époque est la lutte ininterrompue entre le pouvoir royal et le pouvoir des Etats. C'était une lutte constitutionnelle beaucoup plus que religieuse, quoique on agitât toujours du côté des Habsbourgs le spectre de l’hérésie, qu’on invoquât du côté des Etats protestants la liberté de conscience opprimée. Sans doute l’an 1620 est une date très importante pour l'évolution conslitutionnelle en Bohème, mais elle ne marque nullement la fin de l’indépendance de la
Bohème, comme on pourrait le croire d’après le titre du re-