‹ Le problème canadien-français [microforme]Chapitre 25 sur 25 · LIBERTÉ ET ÉGALITÉ · texte numérisé non relu

LIBERTÉ ET ÉGALITÉ

Personne ne songe à enlever à l'Eglise de Rome ses libertés. Que demandons-nous done ? Qu'elle soit invitée À marcher seule, à marcher sans l’aide des béquilles de l'Etat qui la soutiennent, qu’elle fasse comme les autres églises.

Ce que nous demandons c'est qu'elle cesse d’être à la fois

une organisation politique et religieuse, pour n’être comme les autres églises, qu’une puissance morale et spirituelle.

Si dans ces circonstances nouvelles, elle ne réussit pas à se maintenir, à grandir même, côte-à-côte avec les autres églises ou corps religieux au Canada, si privée des privilèges injustes qu'elle a obtenus par acte de parlement, eile périclite, tant pis pour elle, c'est-à-dire pour la hiérarchie, mais tant mieux pour le Canada français.

Jusqu'ici nous avons trop temporisé avec ces questions, le temps est arrivé de les prendre au sérieux et d’en chercher la solution.

Ilest toujours plus facile de soulever une question que de la résoudre. Et pouitant quelque difficile que soit la solution de ce problème, la tâche ne nous paraît pas impossible.

D'abord les protestants de langue anglaise auront fait un grand pas dans la bonne direction quand ils auront appris à faire la distinction entre Canadien-Français et Catholique ultramontain. Les termes ne sont rien moins que synonymes.

Nous, Protestants Français, protestons énérgiquement contre l’assertion réitérée, que la race française au Canada forme un obstacle insurmontable à l'unification de notre beau et grand pays. Il n‘en est pas ainsi. Nous sommes aussi loyaux que qui que ce soit, à notre langue et à notre nationalité. Nous donnons le démenti au vieux cliché, qu’en se séparant du catholicisme romain, on cesse d’être Canadien patriote. Ah! il faut avoir le vrai patriotisme, le vrai héroisme de r ; ancêtres Huguenots, pour accomplir cet acte courageux !

Ce n’est pas la nationalité canadienne française qui constitue l'obstacle, c'est le systéme politique et religieux ultramontain, ce système qui tient une si grande partie du peuple dans l’asservissement et qui enraye depuis si longtemps les progrès de notre pays.

Les Protestants Français et les Anglais ne sont pas en lutte avec un peuple affable, intelligent, bien disposé et religieux, mais bien plutôt avec les principes de gouvernement, spirituel et temporel du cléricalisme canadien.

Nous sommes pleinement persuadés-comme le grand Gladstone l’a démontré- que l’ultramontanisme ne peut pas s‘harmoni-

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ser avec les libertés britanniques qu'il ne reconnaît que comme instrument d'asservissement

Nous sommes persuads que du moment où le Canada francais se débarrassera des chaînes ecclésiastiques qui le font souffrir, tous deviendront loyaux, sujets britanniques fidèles, sans sacrifier leurs préférences nationales. Nous Protestants Français en sommes là

Nous avons nos grandes maisons d'éducation, où le français est parlé et enseigné par des maîtres français et canadiens ; nous avons notre journal, nos églises de langue française, et qui est-ce qui nous soupçonne de déloyauté ? Je le répète, nous aimons notre langue, nous l’étudions, nous la parlons et l‘écrivons et nous ne causons aucune inqui‘tude à ceux qui désirent que le Canada devienne une des plus grandes nations du continent américain.

Ce n‘est pas par hasard, encore”moins par* contrainte, que nous sommes citoyens français protestants britanniques, mais parce que notre intelligence, notre coeur, notre conscience trouvent satisfaction dars les principes évangéliques qui sont à :a base des libertés de la civilisation moderne chrétienne. Ce sera en donnant au Canada français l'Evangile que nous parviendrons à résoudre le problème canadien.

Nos amis anglais ont tort quand, faute de renseignements, ils font de cette question une affaire de race ou de nationalité s ils font erreur quand ils attribuent l'état arriéré du Canada français à des défectuosités nationales. C‘est une question de religion, d’éducation et de développement intellectuel.

Une race qui peut se vanter de ses Papineaux, de ses Morins, de ses Lafontaines, de ses Fréchettes, de ses Crémazies, de ses Garneaux, de ses Lauriers, aussi bien que d‘un grand nombre d’autres lumières politiques et littéraires, n‘a pas raison de rougir et ne doit pas être considérée inférieure à la race anglo-saxonne ou à aucune autre race.

Ne pouvons-nous pas dire que si le Canada français reste en dehors du grand mouvement national qui s’accentue de jour en jour, la faute en sera au protestantisme anglais ? Parmi nos nationaux le nombre s'accroît de ceux qui veulent à tout prix, ce genre d'éducation qui forme des citoyens indépendants, loyaux et chrétiens.

Nos maisons d'éducation, telles que celles de la Pointe-aux- SR 1,

Trembles, de la Grande Ligne, l’Institut Méthodiste et le Collège de Sabrevois ont produit des résultats encourageants,

Mais ces écoles sont insuffisantes, elles débordent et il faut les multiplier. Que nos patriotes anglais qui veulent l'unification des différents ‘léments qui constituent notre pays, bâtissent des maisons d'éducation du même caractère pour la jeunesse canadienne française. 1] en faudrait une dans la Vallée de l’Ottawa, une autre dans les environs de Québec et ailleurs, et dans quelques années la jeune génération de Canadiens Français, ne formera qu'un coeur et qu’une âme avec tous ceux qui veulent faire du Canada un pays libre et grand.

Si le protestantisme anglais désire que cette colonie britannique devienne la perle de l'Angleterre, qu‘ils forment une forte compagnie, qui établira et maintiendra un journal de langue française, un quotidien libre de toute entrave, libre de discuter sans empêchement les grandes questions qui reposent à la base de Ja prospérité nationale, un journal qui ne se sentira pas obligé de demander à la hiérarchie la permission de vivre, pas plus qu’au parti dominant.

Si le protestantisme anglais est sérieux et désire que le Canada français reste loyal au drapeau britannique, qu’il se réveille et qu'il aide au protestantisme français et aux Canadiens Français

ipés à résoudre les problèmes sur lesquels nous attirons l'attention du public dans ce petit opuscule.

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