‹ Le Problème Cotonnier et l'Afrique Occidentale FrançaiseChapitre 48 sur 69 · L£ PROBLÈME COTONNIER · texte numérisé non relu

L£ PROBLÈME COTONNIER

Le marché cotonnier impose la nécessité de produire un coton type américain.

Deux méthodes nettement distinctes se présentaient au début de 1904 et ont été suivies pendant cette campagne : a) Amélioration des types indigènes ; b) remplacement des types indigènes par des types américains.

La première posait en principe, que toute tentative rationelle devait avoir, comme point de départ, l’utilisation des types locaux de cotonniers et leur amélioration par voie de sélection. En faveur de cette thèse, militaient de sérieuses raisons qui se résumaient toutes d’ailleurs dans la plus grande résistance des types locaux au climat du Soudan et aux procédés rudimentaires usités par les noirs.

La seconde soutenue ardemment par la plupart des industriels français estimait que si l’amélioration des variétés locales présentait un réel intérêt, ce n’était qu’un intérêt lointain étant données la longueur des opérations de sélection et la difficulté de les mener à bien dans un pays ou l’agriculture est encore dans l'enfance.

Les essais eflectués par l’A.C.C. avec le concours de l'Administration paraissaient avoir montré : 1° que la plupart des types américains se développent et fructifient au Soudan ; 2° que le coton fourni est de belle qualité et a conservé tout ses caractères de coton type américain. Ces résultats semblaient indiquer nettement que les efforts devaient porter de ce côté, tout en poursuivant les recherches sur la sélection des types indigènes.

Présumant que les cotonniers américains trouvaient au Soudan un milieu favorable, quel était, parmi les types différents, celui qui, en fournissant le plus haut rendement résisterait le mieux à la dégénérescence ? Tout le problème semblait là désormais (1).

La distribution des graines de la campagne 1904-1905

1. En 1904, M. Vuillet procéda à des expériences de métissage par croisement de coton américain Mississipi et de coton indigène Gossypium punctatum de Perrottet. Elles réussirent à Koulikoro (Rapport du chef de service de l'Agriculture au Gouverneur Général, 19 06).

commença le 15 juin et tout était terminé le 10 juillet dans 100 villages. Les indigènes, livrés à eux-mêmes se conformèrent tant bien que mal aux recommandations faites. Ils choisirent leurs terrains, formèrent des billons ou poquets dans lesquels ils semèrent 3 ou 4 graines par trou à la distance indiquée.

Les essais comparatifs confirmèrent la justesse des pratiques culturales indiquées dans le programme à savoir : les semis doivent dans tous les cas être faits en cuvette ou à plat. Le système des buttes et des billons s’est montré particulièrement défectueux en 1904 ou la sécheresse a été grande. Par suite du déchaussement des plantes au collet et de la dessication des buttes, les cotonniers ainsi cultivés avaient particulièrement souffert. C'était donc un système à rejeter. Il fallait rejeter également le procédé consistant à laisser deux plants par poquet : ces plants souffrent dans leur croissance ; on n'a, si on le juge utile, qu’à rapprocher les plants. Enfin, il est apparu qu'il fallait instruire l’indigène à une culture plus approfondie des poquets et au besoin à fumer le terrain avec des éléments pris sur place.

La quantité de graines employées pour ensemencer un hectare était de 15 à 20 kilogrammes suivant Ja manière adoptée (billons ou buttes). s |

L’apparence de la récolte, en octobre 1904, était bonne. Les cotonniers atteignaient o m.70 à 1 m.5o de hauteur. Tous étaient bien ramifiés et couverts de fruits. Cependant, plusieurs champs avaient souffert de la sécheresse.

Dans la première quizaine de novembre, les surveillants noirs, après avoir appris la manière de faire la cueillette dans un champ soigné par un européen partirent dans les villages remettre les sacs d'emballage. Ils séjournèrent dans leurs rayons jusqu'à la fin de la récolte et firent ensuite arracher et brûler les pieds et graines qui pouvaient rester afin d'éviter l’hybrication.

Les cotonniers avaient souflert de la sécheresse et prineipalement de l’harmattan, vent d’Est persistant. Malgré leur végétation hâtive, les racines n'avaient pas eu le temps d’aller assez profondément atteindre un sous-sol frais. Le

rendement s’en ressentit et fut très faible. On n'obtint pas plus de 6 tonnes de coton brut et le Fama Mudemba, souverain de Sansanding, qui disposait de moyens énergiques et de l’appui de l'Administration, ne récolta que 4 tonnes sur 63 hectares, soit 63 kilos de coton brut à l'hectare. Dès lors se posait la question de l'irrigation en vue d'éviter le retour d'accidents semblables : on résolut de faire des semis très hâtifs, dès le mois de juin l’année suivante. La campagne 1904-1903 confirmait, en les complétant, les résultats de la campagne précédente à savoir que, sauf les accidentsdus à la sécheresse, les variétés américaines à moyenne soie des types Upland et Louisiane végètent normalement dans la vallée du Niger, tandis que l’Excelsior ét le Mississipi se comportent particulièrement bien. Le King, essayé en 1904, se montra rustique et intéressant par sa précocité et sa maturité très groupée.

Comme suite aux circonstances atmosphériques très défavorables, on estima indispensable d'essayer la culture bisannuclle et même trisannuelle en faisant une expérience dans huit villages du rayon de Zinzana et dans trois durayon de Barouéli, avec des variétés américaines du Mississipi et la Louisiane.

On constata, en effet, que les’ cotonniers de deux ans avaient mieux résisté parce que leurs racines avaient pu atteindre un sous-sol frais ; par contre, les cotonniers provenant des graines américaines semées en juin, c'est-à-dire de l’année même, étaient moins atteints que les cotonniers indigènes de même âge.

Les observations suivantes furent formulées en conclusion aux expériences de 1904-1905 :

Lorsque les pluies sont peu abondantes, comme elles l'ont été dans le cercle de Ségau, la végétation cependant rapide des cotonniers exotiques setrouve surprise par la sécheresse et l’harmattan; la production des capsules mûres se restreint et il en résulte une diminution notable dans le rendement des fibres. Ce rendement sera toujours moins élevé à Ségou qu'à Mopté, Djenné, Bandiagara, San où les infiltrations du Niger apportent au sol une humidité persistante,

Pour augmenter le rendement obtenu, tout eh tenant compte de ce que les plantations avaient été faites én terrain vièrge et insuffisamment désouché,la plupart du temps (par conséquent peu productif au début) il convenait de chercher une nouvelle orientation du système cultural en lé transformant en Culture bisanntelle et même trisannuelle. On estimait qu’au Soudan, le cotonnier est chez lui ét ne doit pas être considéré comme une plante annuelle simplement herbacée, mais bien comme une plante arbustive, qui reprend le cours de sa végétation au début de chaque hivernage. On espérait obtenir ainsi des plants plus élevés et par suite plus productifs.

Il fut constaté que les graines de coton conservaient leur qualité germinative durant trois ans même au Soudan, à la condition d’être mises à l'abri de l'humidité pendant l'hivérnage. Celles dé deux ans germent et se développent tout aussi bien que celles de l’année et l’on peut les utiliser sans craindre un insüccés.

Tout le coton destiné à l'exportation fut acheté aux indigènes par l'A. C. C. et égrené à Koulikoro. On tentait en même temps de créer un marché cotonnier à Ségou.

Un essai industriel en filature et tissage avec le coton de cette récolte démontra que les filés et tissus fabriqués avec les cotons du Soudan sé comportaient exactement de la même façon que les filés et tissus exécutés avec le coton d'Amérique (1).

Campagne cotonnière 1905-1906. — Au cours d'une conférence réunie à Paris le 22avril 1905, M. Merlaud-Ponty, Gouvernetür du Haut Sénégal Niger, estimait que les essais faits parallèlement par l'administration et l'A. C. C. avaient prouvé que les indigènes étaient prêts à développer la culture du coton. Ils ont, disait-il, adopté avec emoressément les nouvelles graines qui leur furent fournies, à tel point que ceux de Djenné et de San, auxquels il n’en avait pas été distribué l’année précédente allaient jusqu’à Ségou, à 200 k'lomètres, supplier qu’on leur en donnât.

Aussi l'A. C. G.distribuait 27 tonnes de graines exotiqués

1. Rapport du directeur de l'usine de Giromagny, 18 août 1906,

contre six l’annèe précédente. Cinq cents hectares étaient ensemencés dans la région de Ségou avec des graines provenant de la récolte prédédente. Des essais de plants américains, Excelsior, King et Mississipi par le service de l'agriculture étaient poursuivis parallèlement à ceux de l'association cotonnière suivant le molle indigène, en différents points de la vallée.

Malheureusement, la maladie qui frappa deux des trois agents de l'Association, désorganisa ses forces vives au Soudan, au moment où elle se préparait à y reprendre les expériences sur de nouvelles bases et dans des conditions plus favorables.

Les pluies furent abondantes et la croissance normale.Les cotonniers étaient moins hauts mais plus rameux que J’année précédente. La condition de la plante était supérieure à celle de 1904 et tout semblait faire présager une bonne récolte. De son côté, le Fama Mademba, souverain de Sansanding, donnait d'excellentes nouvelles de sa culture. Il se proposait d'aller en France en 1906 (1).

Il y a lieu de signaler ici le premier résultat d’une culture bisannuelle dans le champ de Sibila, territoire de Sansanding. Ce champ d’une surface de 18 hectares, cultivé sous surveillance européenne comprenait 12 hectares de 2 ans, qui seuls avaient donné, les cotonniers de l’année étaient à peine arrivés à la floraison par suite des semis tardifs. La récolte fut de 8.039 kilos de Mississipiet de 2.696 kilos d'Excelsior (2). Gette récolte de 10.735 kilos sur 12 hectares, à raison de 893 kilos par hectare, rendement égaux à ceux d'Amérique, dans une année où les conditions climatériques

1. M. le géuverneur général Roume, à la séance d'ouverture du conseil du gouvernement de l'A. O. F. le 4 décembre 190, se faisait l'interprète de l'espoir de tous dans l'avenir de la culture cotonnière. « Les essais culturaux faits dans la vallée du Niger, disait-il, ont mis en évidence les sortes de semences qui conviennent au sol et au climat. Les expertises industrielles faites en France ont confirmé l'excellence de la qualité du coton produit en 1904 ».

2. Rapport de M. Estève, agent de culture de 1 Administration affecté à Nyamina, Ségou et Sansanding, 1905.

étaient médiocres, sur un terrain léger avec une chute d’eau à peine suffisante était inespérée et très supérieure aux rendements obtenus au Soudan en culture annuelle. Elle montrait que la culture bisannuelle, non seulement était praticable, maïs offrait des avantages incontestables.

Les essais de 1905-1906 donnèrent lieu aux observations suivantes (1). Les cultures furent faites dans des régions très diverses, de climat et de sol absolument différents ; les unes ont souffert d’une sécheresse excessive, les autres d’une trop grande humidité ; pour les unes, le sol était trop léger, pour d’autres, il était trop argileux.

Les différentes variétés n’ont pas été ensemencées à la même époque.

Toutes les cotonneraies n’ont pas reçu les mêmes soins.

Les graines distribuées avaient été sélectionnées, très imparfaitement. Dans le cercle de Ségou, où portait le principal effort, les indigènes n'avaient pas semé le tiers des graines distribuées.

Les cryptogames avaient atteint les plantes souffreteuses. Vers la mi-novembre, les plantes furent prises de follotage par suite de sécheresse et du vent d'est dans de nombreux endroits. |

Les rendements en coton brut obtenus dans des cotonneraies indigènes ensemencées en graines exotiques étaient les suivants : 100 kilos à l'hectare dans un champ de 2 hectares à Bandiagara ; 130 kilos à l'hectare dans un champ à Konda {cercle de Djenné) ; 290 kilos à l’hectare dans un champ d’un hectare à Djenné ; 100 kilos à l'hectare dans un champ de 2 hectares à Terikouta (cercle de San).

Deux variétés américaines de cotonniers, le Mississipi et l'Excelsior, cultivées à la mode indigène en mélange avec du mais et du gros mil, paraissaient susceptibles d'adaptation dans la vallée du Niger-Bani, mais les rendements des plus médiocres étaient loin d’être des rendements payants, même avec une main-d'œuvre à très bas prix.

Le mode arriéré de culture des indigènes, l'absence de

1. D’après un rapport de M. Vüillet, inspecteur de l'Agriculture au Soudan.

méthode dans le choix des terrains, le manque de préparation de ceux-ci, les dates inégales et irréfléchies des semis, l'absence d’engrais montraient la nécessité d'instruire les indigènes et d'employer des procédés modernes.

Les indigènes avaient eu trop de graines en mains et les cultures avaient manqué de surveillance. ]l ne fallait pas ensemeucer plus d'hectares qu'on n'en pouvait surveiller, car les cotons américains ne devaient pas être abandonnés à eux-mêmes, comme le coton du pays. Des graines avaient été distribuées en pure perte à des populations peu disposées à la culture et d’ailleurs si éloignées que les résultats obtenus furent inconnus. Beaucoup d’indigènes ne vendirent pas leur récole à l'Association ou en gardèrent une bonne part. Les administrateurs n'ont eu aucune responsabilité dans ce manque de surveillance. Ils avaient fidèlement exécuté les ordres reçus, mais on ne pouvait faire mieux en raison des espaces considérables sur lesquels on voulait opérer. D'autre part, on avait voulu aller trop vite. On ne pouvait, en quelques semaines, agir sur l’indigène et faire toute la propagande nécessaire.

Avec la méthode adoptée, on n'avait pas à regretter d'avoir engagé des sommes d'argent bien inférieures à l'Association britannique en Nigéria (x).

Un essai en filature et tissage du coton de cette récolte donna lieu aux observations suivantes (2).

On obtient avec ce coton, sans changement à la marche des machines, des filés de première qualité sous tous les rapports, propreté. régularité et résistance. La marche à la filature à été parfaite. 11 est hors de doute que les cotons du Soudan des variétés américaines pourront remplacer avantageusement les cotons d'Amérique supérieurs que l’on travaille

1. D’après un rapport de M. Maiïgret, industriel à l'A. C. C. 2. La même année des lots provenant du Soudan, du Sénégal ou du Dahomey furent traités avec succès par MM. Ancel Seitz, C. Berger, A Boigeol, Boucher, Mura et Cie, Letebvre et Bastien, E Crépy et Fils, Georges Koechlin, Waddington Fils et Cie, Jules Marchal, J. G Schmidt, Walter-Seitz, Société de fila-

ture ettissage de Giromagny, Steines et Cie à Belfort, Japuis à Claye, David à Arcueil,

dans les bonnes filatures des Vosges. Très bonne marche au tissage; la chaîne est très résistante, la trame est bien régulière, la casse des filés est plutôt moindre qu'avec les cotons d'Amérique. Le tissu très souple au toucher, a un beau grain et un aspect plus blanc et plus brillant que les articles similaires en coton d'Amérique (x).

Au blanchiment, apprêt, teinture et mercerisage, les pièces traitées se comportèrent comme les pièces en coton Louisiane et terminées, elles ne laissaient voir aucune différence avec ce dernier ; même fini et nuances identiques (2).

Campagne cotonnière 1906-1907. — En vue d'éviter les é’hecs des annéés précédentes, le Lieutenant Gouverneur Merlaud-Ponty donna aux administrateurs des instructions précises.

« Nous allons, disait-il, reprendre cette année, sur une plus grande échelle l'essai de 1905, en employant des graines mieux sélectionnées et appartenant uniquement aux variétés reconnues les meilleures pour la colonie. Sans compter 4.000 kilos de graines Excelsior, provenant de la récolte de Sansanding de 1905, quele Fama Mademba se propose d’ensemencer cette aunée dans ses territoires, nous disposons pour la campagne prochaine de 53.488 kilos de semences. Nous les répartirons comme suit :

Cercle de Ségou, 10 tonnes Mississipi et 4 excelsior — San, 6 4 — Djenné, 5 3 — Bandiagara, 2 2

— Koury, I — I — I I 2 2 1 I I I 2 2

— Kayes,

— Koutiala, — Bafoulabé Kita,

— Bamako,

— mme

Le reste sera donné aux stations agronomiques. « Pendant

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