‹ Le Problème Cotonnier et l'Afrique Occidentale FrançaiseChapitre 60 sur 69 · OT6T-606Y · texte numérisé non relu

OT6T-606Y

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Ce qui frappe dans l'examen du tableau ci-dessus, c'est l’énorme différence de rendement des deux champs, pour toutes les variétés, le rendement moyen du champ n° 1 ou de la Station étant de 1.753 kilos à l'hectare,contre 955 kilos seulement dans le champ no 2 ou de la concession Rabaud. Cette différence est surtout sensible pour le Mit-Afif qui, sur le chdmp Rabaud n'a donné que 877 kilos à l’hectare contre 2.560 kilos à la station.

Les causes de cet écart paraissent devoir être recherchées dans le fait que l’on se trouvait, sur le champ n°1 dans des conditions de culture beaucoup plus favorables que sur le champ n° 2.

Le champ ne 1 offrait l'avantage d'être parfaitement nivelé, assez bien abrité contre le vent d’est par des rideaux d’arbres élevés ; il avait été défoncé, ameubli déjà par des cultures antérieures ce qui permit de le labourer plus profondément. La fumure qui lui fut donnée à raison de 30 tonnes à l’hectare fut aussi plus abondante, grâce aux stocks de fumier accumulés dansle voisinage immédiat.

Sur le champ n°2, on avait affaire à du terrain vierge, jamais cultivé, battu depuis des années par les pluies, piétiné par les hommes et les troupeaux. Les charrues eurent beaucoup de mal à entamer le sol, si dur par places qu'il était à peine attaquable au pic. En beaucoup d’endroits le labour n'’atteignit que 10 centimètres au plus. La quantité de fumier répandue ne dépassa pas 10 tonnes à l’hectare. Le nivellement était défectueux. Sur certaines parcelles trop inclinées l’eau des pluies et des irrigations se trouva répartie peu régulièrement dans les rigoles. Dans les parties surélevées, les plantes restèrent frêles et maigres. Ce champ était situé dans une plaine rase, complétement déboisée, balayée de tous côtés par les vents en particulier par le vent d'Est, extrêmement desséchant et souvent si violent qu'il abat sur le sol quantité de capsules en formation et, lorsque ces capsules sont arrivées à maturité, en arrache la fibre et la jette sur le sol (1).

r. Cette cause de déchet ne peut être supprimée ou du moins

Le pompage fut irrégulier sur le champ n° 2. Le champ n° 1 avait été seméen mai et avait fourni du coton depuis le mois d'août jusqu'en juin 1910. Le champ n° 2 fut semé beaucoup plus tard, du 25 juillet au 30 septembre.

Les essais de 1910-1911.— La surface mise en culture fut de 19 hectares 41 mètres carrés.Les semis commencèrent en juillet.La levée fut très régulière et la végétationse développa normalement. Le champ de 1909 que l'on avait cessé d’irriguer vers le mi-avril avait si bien résisté à la sécheresse qu’on décida de laisser les cotonniers en terre une seconde année en se contentant delesrecéper à 20 centimètres du sol. Tousrepoussèrent et se montrèrent remarquablement vigoureux. Ce faittrès important permettait d'envisager la culture bisannuelle et même trisannuelle du cotonnier, alors qu'elle est annuelle aux Etats-Unis et en Egypte. Ilen résulterait une économie sensible des frais de culture.

Les rendements furent les suivants:

atténuée dans une large mesure que par la création d’abris permanents contre le vent.

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Les résultats de cette campagne donnèrent lieu à diverses observations.

Champ A.— Variété Mit-Afifi (en terrain vierge), l’expérience confirma les essais antérieurs du service de l’Agriculture, à savoir que, de toutes les variétés égyptiennes, le Mit-Afifi paraissait la plus rustique la plus productive et la plus rémunératrice. Le rendement fut en moyenne de 806 kilos à l’hectare, contre 877 kilos l’année précédente. Cette diminution de 71 kilos par hectare est attribuable en partie aux circonstances climatériques, en partie à l'insuffisance des labours sur terrain vierge. Le vent d’Est souffla de novembre à avril avec une violence et une persistance telles qu’elles étonnèrent les indigènes eux-mêmes. Les cotonniers souffrirent de cette sécheresse intense et continue de l'atmosphère qui contrecarra dans une assez forte mesure leffet des irrigations presque ininterrompues. Sur un assez grand nombre de plants les capsules du haut du plant, s’atrophièrent avant maturité et tombèrent. Cette atrophie était imputable au manque de profondeur du premier labour sur un terrain vierge. À cet égard, on se trouva cette seconde année dans des conditions de travail aussi défavorables que la première. Pour un labour profond, il faut des charrues lourdes et des attelages puissants. Or, la puissance est précisément ce qui manque au bœuf sénégalais.

Champ À. — Variété Excelsior. Cette variété ne donna que 531 kilos à l’hectare, contre 1.050 l’année précédente. Pour expliquer cette forte diminution, il faut ajouter aux causes précitées la mauvaise qualité des graines semées. Celles-ci étaient vieilles de deux ans et à moitié avariées. Nombre de plants avortèrent,, des billons entiers ne portaient pas de cotonnier et les plants étaient grèles et rabougris. Ce faible rendement dû à des causes accidentelles ne permettait pas de tirer des conclusions définitives et de nouveaux essais devaient être tentés.

Champ B. — Variété Mit-Afifi. Seconde année. Cette variété semée sur un terrain ayant déjà porté du coton l’année précédente ne produisit que 446 kilos à l'hectare.

Cet.essai n'avait d'autre but que de savoir s’il ne serait pas impossible de cultiver du coton deux années de suite, dans le même terrain à Richard-Toll. Le résultat montrait qu'il convenait d'y renoncer.

Champ C. -— Cotonniers récépés. Cette forme de culture permet d'obtenir deux récoltes avec des frais de culture réduits de plus de moitié la seconde année puisqu'ils ne portent que sur un récépage, opération peu coûteuse, des binages, l'entretien des canaux déjà existants et les irrigations. L’appréciation des experts sur la qualité et la valeur marchande de ces cotons recépés fut malheureusement peu

avorable. Ils les déclarèrent de valeur moindre, de vente peu facile, par conséquent peu désirables. La question de la culture bisannuelle paraissait tranchée par la négative ence qui concerne la culture par irrigation, tout au moins au Sénégal.

Champ D.— Plantes fourragères. Des semis de luzerne, de téosinte et de sulla furent effectués au milieu d'août sur un hectare environ. Ces semis se développaient bien mais furent saccagés par un troupeau de bœufs échappés d’un village voisin. Des observations faites, il résultait que la culture par irrigation de légumineuses européennes au Sémégal n’était pas sans engager de très gros frais en raison de la quantité d’eau qu’elles exigent. On aurait sans doute plus de succès avec des légumineuses indigènes.

JL ressortait en somme des résultats obtenus que trois obstacles principaux s’opposaient à une extension immédiate de la culture : la rareté de la main-d'œuvre, le manque de fumier, l’insuflisance des attelages(x).

Lesessäis de 19117 à 1913. — L'année suivante en 1917, les essais conduits par un agent intérimaire et incompétent ne donnèrent aucun résultat. |

En 1912, l'expérience porta sur 14 hectares de coton et une dizaine d'hectares de cultures vivrières et fourragères. La superficie des cultures de coton, nettement délimitée par

1. D'après le rapport de M. Reymond, agent de l’association cotonnière.

le nombre de groupes moteurs-pompes disponibles, ne pouvait être augmentée.

Le rendement à l’hectare en variété égyptiennes fut encourageant, 1.000 kilos à l'hectare, soit 330 kilos de fibres. L’eau salée fit perdre au moins 2 à 3 tonnes et on aurait pu atteindre 1.200 à 1.300 kilos à l’hectare, soit 400 à 450 kilos de fibres.

Tout le coton récolté était de même espèce et d'une qualité très homogène. A la suite de ce succès, M. le gouverneur W. Ponty décidait de faire exécuter le barrage de la Taouey, qui permettrait d'éviter les inconvénients de l'eau salée.

Les essais de 1912 firent l’objet des principales remarques suivantes :

1° Il est nécessaire de précipiter le plus possible la végétation du cotonnier afin que les neuf mois qu’elle demande ne soient pas exagérés dans un pays où pendant neuf à dix mois il netombe pas une goutte d’eau et où les autres végétations annuelles prennent de trois à six mois.

2° Il faut que la végétation profite de toute la période des pluies ; comme l’époque de la première chute varie peu d'année en année, il n' ÿ a pas d’inconvénient à semerquelque temps à l'avance en terrain sec. C'est ce qui fut fait, en choisissant des espacements de o m.70 sur les lignes et de o m.8o entre les lignes : ces espacements parurent adaptés au coton égyptien et ne devaient être que peu modifiés, o m.8o et o m. 90.

30 Certaines parcelles souffrirent d’un excès d’eau et ceci est à retenir, car cela prouve combien la culture irriguée du cotonnier est délicate et s'accommode mal de l’à peu près. Il est indispensable d'être à tout moment maître de l’eau et un nivellement irréprochable est pour cela nécessaire. Celui de Richard-Toll était bon, corrigé au cours de plusieurs années de culture et semblait ne rien laisser à désirer ; l'expérience montra qu'il avait besoin encore de quelques rectifications.

4° Les travaux de buttage prirent une importance exagérée. Cela tenait aux qualités physiques déplorables du sol. Dur comme du ciment à l'état sec, il perd à l’état humide

toute consistance et ne peut maintenir les plants de coton chargés de capsules.

59 La présence d’eau salée dès le 15 mars arrêta les irrigations (1).

La déclaration de guerre qui devait causer le départ du personnel européen ne permit pas de rédiger en temps voulu un rapport sur les essais de 1913-1914. Les expériences de culture irriguée à Richard-Toll, Podor et Fatola près de Kayes, ne purent être continuées avec méthode faute de personnel et durent être abandonnées en 1916, les subsides de la Colonie faisant défaut. Le matériel de Richard-Toll risquait de se détériorer sans surveillance, l'agent qui en avait la garde étant mort à son poste. Il fut offert au Gouvernement du Sénégal. Celui-ci n’en ayant pu faire usage, puis la construction du barrage permettant de l'utiliser ayant été rompue, on s’est vu contraint de le vendre.

Aucun essai sérieux n’a été fait à Richard-Toll ou Podor depuis 1913. L'emplacement de Richard-Toll est cependant très favorable. Il est à peu de distance de la côte à laquelle il est relié toute l'année par le fleuve et profite des eaux douces de la rivière la Taouey. Les résultats acquis démontraient, qu'avec de la méthode, il est possible d'établir une exploitation donnant les mêmes résultats queen Egypte en exécutant des travaux peu considérables. Les expériences commencées sur une échelle trop réduite par l'Administration ont été abandonnées sans motif valable puis reprises par l'Association Cotonnière dont le budget était très insuffsant. Une entreprise privée vient de reprendre l'exploitation (1925) et avec les cours actuels du coton, a toutes chances de réussir, si les capitaux engagés sont suffisants.

Les essais de Podor et de Kayes.— M. Maine fit un essai d'irrigation à Podor, en 1904, avecdes graines du Mississipi, du Texas et d'Egypte dans sa concession de l'île à Morphil, après un travail profond du sol et un désouchage sérieux. La surface ensemencée était de 20 hectares.

Le rendement atteignit 550 kilos de coton fibre à l’hectare,

1. D'après le rapport de M. À. Lebert, chef de culture, agent de l'Association cotonnière. Bulletin de l'Association, n° 58.

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Û soit 1.500 kilos de coton brut dans les champs cultivés à la charrue et à la houe attelée avec 27 centimètres de pluie (année médiocre). C'était un rendement industriel.

Le travail préparatoire de la charrue changeait complètement la végétation et les binages, sarclages à la houe, qui se firent ensuite accentuèrent la vigueur des champs. Le rendement était inférieur dans les champs cultivés à la main.

On continua la culture par irrigation en 1905 sur quatre hectares et demi seulement en semis de l’année. Sur le reste de la plantation, on n'enleva pas les plants de l'année précédente et on se contenta d’arracher et de remplacer les mauvais pieds. ÿ

Une partie de la plantation avait été préparée à la charrue et l’autre partie à la houe.

Cette expérience conduisit à des conclusions de première importance au sujet de l'emploi de la charrue d’abord, de la culture bisannuelle ensuite. Le travail préparatoire à la charrue change complètement la végétation de la culture et les binages, sarclages qui se font ensuite ne font que l'améliorer.

Grâce à l'emploi de la charrue, la végétation était d’un tiers supérieure à la partie cultivée à la houe. Les cotonniers avaient pu prendre assez de force pour résister aux criquets, alors qu’à l’arrivée du fléau, les plants semés en terrain travaillé à la houe n'avaient pas la moitié de la vigueur de leurs voisins poussés dans un sol mieux ameublé. En terres labourées, les semis avaient pu se faire facilement, en lignes régulièrement espacées, ce qui permettait le binage à la houe attelée, qui donne à meilleur marché une meilleure façon. L'emploi de Ia charrue s’affirmait comme nécessaire à un rendement industriel.

Les plants de deux ans, en terrain cultivé à la charrue, donnèrent un rendement de 1.700 kilos de coton brut à l’hectare, avec 500 kilos de coton fibre. Ils avaient une hauteur de 1m.80o à 2 mètres. Les plants de l’année valu-

rent un cinquième en moins, tant en vigueur qu’en rendement.

En terrain cultivé à la houe, les rendements étaient de 400 kilos de coton fibre à l’hectare sur les plants de deux ans et 300 à 350 kilos sur les plants de l’année.

On n'a pas de renseignements précis sur les essais de 1905

-à 1910. Quant à ceux des années suivantes, ils furent confiés à des personnes inexpérimentées et manquèrent de surveillance, Les résultats ne présentèrent pas d'intérêt.

Poursuivant méthodiquement sa marche en avant vers le Niger, l'Association Cotonnière chargea en 1912 M. Raffin, industriel, président de la Chambre de commerce de Kayes, de faire un essai de culture irriguée à Fatola près de Kayes.

Dix hectares sur 24 en culture cotonnière furent aménagés pour lirrigation en 1913. On dut se consacrer tout d’abord à des travaux de nivellement. Un bon nivellement est, en effet, dans les cultures irriguées la première condition à remplir pour obtenir de bons résultats. L'absence de personnel européen suffisant durant les hostilités et depuis la fin de la guerre a entravé les expériences qui sont reprises (en 1925).

EXPORTATIONS EN COTON FIBRE DE L'AFRIQUE OCCIDENTALE en balles de 200 kilos. Culture sèche

Afrique Occidentale Française

ANNÉES| SOUDAN | COTE | DAHOMEY | NIGERIA | TOGO | TOTAL 1901 » » » 20 47 67 1902 » » » 20 56 76 1903 » » » 483 128 616 4904 » » » 4.120 482 1 :562 4905 » » 36 2,425 536 2 997 1906 » » 220 L& 812 TPE 5 804 4907 56 » 320 7.802 1.412 8.790 4908 AMEN » 272 4.097 1.668 6.113 1909 84 » 520 8.987 2.040 41.631 1910 180 » 486 L,425 1.856 6.947 1911 84 » 528 3.997 2 068 6.677 1912 232 » 492 7.808 2197 10.724 1913 240 3192 832 11.259 2.008 44.411 1914 104 282 672 10.090 2.000 13.148 1915 64 376 272 1916 222 1.428 396 4917 132 2.160 2.120 1918 464 788 788

Les statistiques d’après-guerre sont des plus contradictoires.

Les exportations de l’A.O.F. en 1919, 1920, 1921, et 1922 ont été très faibles. Ce ralentissement était causé par la crise économique mondiale. Depuis 1923, les exportations sont en progression et on estime à 8.500 balles les exportations del’'A.O.F , en 1924, les deux tiers provenant du Dahomey du Togo et de Guinée,un tiers en provenance du Soudan.

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