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PREMIÈRE THÈSE

Le Problème de Vlode

Contribution à l'étude de nouvelles méthodes industrielles d'extraction de l'iode des algues marines.

Préliminaires

L'iode a joué au cours de la guerre un rôle considérable tant au point de vue thérapeutique que. chimique. |

En Août191%4, le Service de Santé en possédait à peine cinq cents kilogrammes en réserve, les ambulances du front en étaient presque toutes dépourvues et c’est en raison de cette grave imprévoyance que la gangrène gazeuse fit tant de ravages parmi les blessés, après la première bataille de la. Marne.

L'industrie de l’iode à laquelle on n’a jamais apporté en France toute l’attention qu'elle mérite,

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est centralisée sur les côtes de Bretagne dans des. usinesprimitives, dépourvues de véritables moyens techniques, et qui se livent à un véritable gaspillage de cette précieuse substance. Aussi, malgré les. ressources algologiques pour ainsidire illimitées de nos côtes, n’ont-elles jamais pu assurer, par leurs propres moyens, une production correspon dant aux besoins toujours croissant de l’industrie etde la thérapeutique. |

Alors que la consommation française d’avantguerre était d'environ soixante tonnes, la production atteignait à peine trente cinq tonnes pour l’ensemble des usines. "à

La différence nous venait du Chili et du Japon par Londres.

En 1917,la production française était tombée. à vingt-cinq tonnes. C’est que, dés le début des. hostilités, l’Inscription Maritime avait leve en masse tous les marins encore en âge de porter les armes. Il ne restait donc plus, pour assurer la matière première aux usines, qu'une main-d'œuvre insuffisante et inexpérimentée d'enfants, de femmes. et de vieillards. Aussi dûmes-=nous, au cours de la guerre,importer jusqu’à trois cents tonnes d’iode: en un an, sans trop de difficultés, heureusement, grâce à la liberté des mers.

Mais si une nouvelle guerre venait à éclater et. si la liberté des mers nous était ravie, comment nous procurerions-nous les quantités indispensa—

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bles de ce précieux corps chimique que notre in- -dustrie côtière est incapable de produire.

La réponse à cette angoissante question nous -est donnée par le Lieutenant-Colonel Reboul dans une remarquable étude, parue dans le Temps du 3 janvier 1923, au cours de laquelle l’auteur donne l'impression d’une rare compétence technique.

«Si la guerre venait à éclater à nouveau,écrit-il, et que nous ne fussions plus les maîtres de la mer, notre situation serait critique. Elle le serait d’autant plus que les besoins du temps de paix augmentent d’année en année, la plupart sont d'ordre pharmaceutique, mais à côté de cette consommation principale, l’iode est de plus en plus employé dans les laboratoires, en photographie et même à certains usages industriels sous forme de composés organiques de synthèse. La liste des produits iodés est longue, depuis la teinture d’iode, l’iodoforme et les iodures de potassium et de sodium, jusqu’à l’iodol, l’aristol, jusqu'aux éthers de l’acide iodhydrique et aux dérivés iodés des corps gras.

A ces besoins toujours croissants du temps de paix, viendraient s'ajouter en cas de guerre, ceux nécessités par nos fabrications militaires. L'iode entre en effet dans la structure d’un certain nombre de gaz asphyxiants ou toxiques, iodure de benzyle, iodacétate d'éthyle, etc... Il entre aussi dans les réactions conduisant à la fabrication de cer-

ete

tains gaz, bien qu’il ne se retrouve pas dans la

composition de ces derniers.

* Dans une lutte prochaine, nous serons probablement amenés de par notre richesse en arsenic,

à faire un large emploi des gaz à base d’arsenic,. or, cette fabrication exige de l’iode.

Dès maintenant, il faut prévoir qu’en cas de. nouvelle guerre, nous aurons besoin de tirer de

l’étranger au moins deux cent cigquante tonnes. d'iode par an. Comment nous les procureronsnous ? L'Allemagne, quoique coupée de toute relationavec le Chili n’en à jamais manqué pendant. toute la durée des hostilités, bien qu'elle en ait fait. un très large emploi tant en médecine que dans la. fabrication des gaz. Elle a pu le faire grâce à ses. stocks. Hambourg était le gros entrepôt sur le.

continent, de l'iode. Ses docks, en 191%, en conte-

naient plusieurs centaines de tonnes. C’est sur cet. approvisionnement que l'Allemagne a vécu.En no-vembre 1918, les docks d’'Hambourg en conte-

naient encore cinquante barriques.

Les Allemands eurent recours à l’iode .pour:

leurs fameux obus à croix bleue, qui contenaient

des gaz à base d’arsenic non persistants, mais. qu’ils pensaient devoir traverser nos masques.

Ils en commencèrent la fabrication à Hoescht en

Juillet 1917 et s’en servirent en masse contre les. Anglais, dans leur grande attaque de Mars 1918. Dans les derniers mois de la guerre, ils fabri--

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quaient jusqu’à 1 million d’obus par mois. Dans cette fabrication l’iode est, avec l’acide chlorhydri- . Que, un produit indispensable car il permet la transformation de l’oxyde d’éthylarsine en éthyldichlorarsine.

Ces obus à croix bleue avaient une grosse efficacité. Les Allemands s’en servaient de préférence quand ils voulaient faire taire rapidement nos batteries. Ils tiraient également parti de leur action rapide en en faisant un large emploi dans leurs barrages fixes pour arrêter nos attaques d'infanterie.

Ilest regrettable que les disponibilitésde leurs docks d'Hambourg leur aient permis de réaliser cette fabrication. Le même fait pourra se renouveler demain. Hambourg redevient le gros entrepôt d’iode en Europ: et d'ici deux ou troisans ses magasins en renfermeront des quantités comparables à ses : approvisionnements de 1913.

L'Allemagne est ainsi toujours sûre d’être ravitaillés en iode,sans avoir besoin de constituer des stocks.

Notre situation à nous en serionsréduits à notre production indigène. Encourageons là par tous les moyens, et aussi, et cela est infiniment plus important, essayons de faire d’un de nos grands ports de l’Océan ou de la Méditerrannée un des marchés mondiaux de iode.

Pourquoi le Hâvre ou Marseille ne pourrait-il pas remplir le même rôle qu'Hambourg? Cela ne sem-

nous serait très différente,

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ble pas impossible c’est une entente à réaliser. Ce n’est qu’ainsi que nous nous assurerons constamment les quantités d’iode dont nous pouvons avoir brusquement besoin d'un moment à l’autre».

Le problème de l’iode se pose donc en France comme s’est posé, au début de la guerre des gaz, le problème du chlore et du brôme.

Mais qu’a-t-on fait, depuis l'armistice, en vue de sa solution, rien ou presque rien.

Dans son remarquable ouvrage sur «La chimie et la Guerre» l’'éminent chimiste Moureu ne consacre que quelques lignes à cette importante question. «La fabrication des gaz asphyxiants, écrit-il, supposait donc, à la base de grandes disponibilités en chlore liquide ou gazeux, et en brôme, celle des corps iodés n’était pas susceptible de prendre un grand développement en raison de la rareté et du prix excessif de l’iode».

L'iode est cependant mois rare que le brôme, il existe partout dans la nature. C’est un élément indispensable à la vie de tous les êtres organisés. On le trouve particulièrement à l’état de combinaison saline dans toutes les algues marines et il se concentre dans les cellules de certaines espèces qui abondent sur les côtes de Bretagne où elles forment de véritables prairies couvrant des milliers d'hectares du sous-sol marin. 3

Cette réserve inépuisable d’iode, sans cesse re- : nouvelée, ne demande pour être mise en valeur,

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qu'une méthode rationnelle d'exploitation et une

technique plus appropriée que les procédés primitifs, actuellement employés, pour l'extraction de ce précieux métalloïde.

Au cours de ce travail, nous exposerons les re-

cherches que nous avons Moss dès 1911, re-

cherches conduites jusqu’à la réalisation industrielle d’une méthode de récupération de l’iode des plantes marines susceptible d'assurer à la France

une indépendance complète vis-à-vis des produc-

teurs étrangers.

Après un historique de laquestion, nous exposerons l’état actuel de l'Industrie de l’iode dans le monde, les méthodes chimiques de récupération, ies méthodes électrolytiques, méthodes de l'avenir,

quand nous serons parvenus à asservir à nos be-

soins la prodigieuse énergie latente des marées. Nous indiquerons ensuite les procédés usuels

d'analyse et de contrôle de la matière première,

algues, salins de varechs, etc.

Un exposé des procédés duéthiels qui décou lent de nos recherches clôturera ce travail.

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