RÔLE DU TERRAIN
On a tenté d’expliquer l’extrême polymorphisme que revêt chez l’homme l'infection bacillaire par les grandes variations qu’elle rencontre dans les propriétés du terrain où elle évolue.
A la suite de l’étude de la réaction tuberculinique, à la suite de l’étude des réactions de la revaccination jennerienne, von Pirquet créa le terme et la notion d’allergie dont Hallion donne la définition suivante : « L’allergie est une modification fonctionnelle normale, latente, tendant d’elle-même à persister, éventuellement produite par un agent déterminé et ayant pour principal caractère de se manifester spécifiquement, lors d’une intervention ultérieure de l’agent causal ou d’un agent qui en procède, par des réactions passagères et sans cachet de spécificité propre
que cet agent n’a pas la propriété de susciter en pre-
mière rencontre.» Dans le cas particulier de la tuberculose, l’état de sensibilité ainsi créé est associé à une certaine forme de défense. Cette théorie va bien avec les idées modernes sur la tuberculose. On connaît l’extrême gravité de la tuberculose du jeune âge et en particulier du nourrisson dont l’organisme n’oppose aucune défense à l’invasion bacillaire pour peu qu’elle soit brutale et répétée. Quand elle survient chez l’adulte, au contraire, la tuberculose trouve un individu moins sensible parce que déjà antérieurement bacillisé et rendu plus résistant par les premières atteintes qui l’ont en quelque sorte immunisé.
Si nous rapportons ces notions à la méningite tuberculeuse en particulier, elles sont en concordance avec les faits cliniques : la méningite tuberculeuse de l'adulte est secondaire à une tuberculose avérée ayant fait naître une certaine immunité qui jouera en faveur d’une guérison possible (les statistiques de Crammer et Bickel nous ont montré la progression du pourcentage des guérisons avec l’âge, c’est-à-dire à mesure que l’on a plus de chances d’avoir un terrain partiellement immunisé). La méningite tuberculeuse du jeune âge survient trop tôt après la primo-infection, elle trouve un terrain neuf où elle va provoquer ses ravages sans que l’organisme lutte, d’où le taux effrayant de la mortalité.
Cette notion d’état allergique de l’organisme n’explique pas tout. Il semble que l’hérédité joue un certain rôle : on peut citer des familles où tous les enfants
meurent en bas âge de méningite tuberculeuse. Ce