CHAPITRE PREMIER
Géographie et histoire de Sumatra.
SECTION PREMIÈRE. — Géographie.
$ 4. — Géographie physique.
Située sous l'équateur, à l'extrémité occidentale de l'Archipel indien, l’île de Sumatra couvre une superficie de 455.600 kilomètres et présente la forme d’un ovale allongé, d’une longueur approximative de 1.760 kilomètres du nord-ouest au sud-est et d'une largeur moyenne de 160 kilomètres au nord et de 400 kilomètres au sud.
Elle est baignée au nord par le golfe du Bengale, à l’ouest par l'Océan Indien, au sud par le détroit de la Sonde qui la sépare de Java, à l'est par la mer de Java, la mer de Chine et le détroit de Malacca, qui la sépare de la presqu'île du même nom.
Le trait essentiel de l'orographie de Sumatra est l'existence, dans le sens de son grand axe et en bordure de la côte occidentale, d’une puissante arêle, le Boukit Barisan, qui se pré-
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sente sous la forme d’une chaîne double ou triple, avec des chaînons transversaux, d’une altitude moyenne de 1.200 mètres, et plusieurs volcans encore en activité qui dépassent parfois 3.700 mètres.
Le Boukit Barisan peut lui-même être divisé en trois parties principales :
1° La partie montagneuse méridionale, jusqu'au 3° de latitude sud, consistant en deux chaînes parallèles au plateau de Lampong, au plateau du lac Rauan et à celui du Moesi supérieur ;
2° La partie montagneuse centrale, comprise entre le 3° de latitude sud et le 1° 30° de latitude nord ;
3°Enfin la partie montagneuse septentrionale.
La côte occidentale est abrupte, presque rectiligne ; rongée par l'Océan, traversée par des torrents plutôt que par des rivières, elle ne présente que des terrains de fertilité secondaire. Elle est souvent interrompue par des estuaires bordés de grèves étroites ; mais au nord de Singkel, elle change de nature ; aux falaises succèdent de vastes lagunes aux contours indécis.
Au contraire, la côte orientale, légèrement ondulée, offre une grande variété d'aspect. On y trouve des plaines recouvertes d’une luxuriante végétation tropicale et de forêts impénétrables ; ces plaines sont enrichies des alluvions de nombreux cours d’eau dont les principaux sont : du nord au sud, le Simpang, les rivières de Batoe-Bahra et d’Asahan, le Bila, le Paneh, le Rokan, dont le cours atteint 280 kilomètres, le Siak, navigable sur 120 kilomètres, le Kampar, l’Indraghiri ou Ombilin qui traverse le lac de Singharu et arrose un bassin carbonifère ; le Djambi, dont la largeur atteint 400 mètres, le Moesi ou rivière de Palembang, long de 350 kilomètres, qui se termine par un delta inextricable de 300 kilomètres de large, en face de l'île de Banca.
Le travail alluvionnaire a déterminé à l’est du plateau de
Monite
Toba la formation d'une bande de terre d'une longueur de vingt à vingt-cinq kilomètres et d’une altitude de trois à vingt mètres au-dessus du niveau de la mer. Les nombreuses rivières qui descendent des montages voisines creusent par leur pente rapide, des ravins profonds ; les terres et les détritus végétaux qu'elles entraînent obstruent les embouchures, donnent naissance à des bancs de sable dangereux ou sont arrêtés par les rhizophores.
Grâce à ce latent travail, les terrains qui constituent politiquement la Résidence actuelle de la côte est de Sumatra, se sont peu à peu formés et gagnent chaque jour sur la mer.
Tous ces éléments, joints au climat tropical, à la richesse volcanique des alluvions fluviales et à l'humidité constante, ont donné naissance aux forêts dont la décomposition au cours des siècles a produit cette épaisse couche d’humus si favorable à la culture du tabac.
La Résidence de la côte est couvre une superficie de 1.668 lieues carrées, dont la partie la plus riche est la Division (afdeeling) de Deli, avec les Sultanats de Deli, Langkat et Serdang, principaux centres des exploitations agricoles.
Ces régions jouissent aussi d’une climatologie spéciale, également très propice à la culture du tabac. D'une manière générale, le climat de Sumatra est orageux et pluvieux comme tous les climats tropicaux. On y compte environ 200 jours de pluie par an, dont 100 jours d'orage. La température moyenne est de 26 à 27°. Mais dans la Résidence de la côte est, ces conditions sont modifiées dans une certaine mesure. La plaine où se trouvent les plantations de Deli est en effet enserrée à l’ouest et au nord par une barrière montagneuse et ne s'élargit qu'au sud. Aussi au nord et à l’ouest les pluies sont plus fréquentes, tandis qu’elles se font sentir de moins en moins à mesure, que l'on avance vers le sud. On n’y rencontre ni une sécheresse
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absolue, comme celle qu’apportent les moussons, ni des pluies persistantes, mais une succession de mois inégalement pluvieux, se prêtant merveilleusement aux différents travaux qu'exige la culture du tabac. Dé plus la saturation hygrométrique qui résulte de l'existence d'immenses forêts se manifeste le matin par des rosées abondantes qui trempent la terre, vivifient les plantes et leur donnent une force de résistance merveilleuse pour traverser les périodes de sécheresse (1). Les planteurs se sont d’ailleurs efforcés d'améliorer encore ces conditions naturelles déjà si exceptionnelles, en effectuant à grands frais des travaux de draînage et d'irrigation.
Malheureusement, cette approbation exceptionnelle de la côte orientale à la culture du tabac, tant au point de vue de la nature du sol qu'à celui du climat, semble singulièrement compromise à Deli, Langkat et Serdang par les déboisements excessifs.
Au début de la culture, les planteurs, pour éviter les frais de défrichements toujours élevés, tentèrent de s’abstenir de jachères, mais après quelques insuccès, ils durent attaquer la forêt pour se procurer les terrains nécessaires. Le déboisement fut encore aggravé par la clause des baux emphytéotiques qui oblige le titulaire d’une concession à mettre les champs de tabac récemment cultivés à la disposition des habitants des Kampongs (villages) sis sur la plantation, pour y faire une récolte de riz dont ils se nourrissent principalement (2). Cette disposilion est évidemment exclusive du reboisement immédiat.
Le déboisement aurait même porté un coup irréparable à la
culture du tabac, si les planteurs n'avaient constaté qu'un repos
(4) Cf. Correr, Le tabac, sa culture et son exploitation dans les contrées tropicales, 1903.
(2) V. infra, p. 47.
de quelques années (1) suffisait à restituer à la terre les éléments de fécondité nécessaires et s'ils ne s'étaient décidés à
employer des procédés agricoles plus scientifiques (2).
$ 2. — Géographie politique.
Au point de vue politique, Sumatra, colonie hollandaise, mais dont certaines parties jouissent encore d'une indépendance de fait, est divisée en Résidences et Gouvernements, pays d’administration directe, et en Sultanals, dont les chefs, comme nous aurons l'occasion de l'expliquer plus loin, jouissent encore d’une certaine aulorité.
Au point de vue purement administratif, on distingue les résidences des Lampongs, de Palembang, de Benkoelen, de Djambi, de Tapanoeli, d'Indragiri (3), les gouvernements de la côte occidentale et d'Atjeh (4), et enfin la Résidence de la côte orientale.
La Résidence de la côte orientale, qui nous intéresse plus particulièrement, comprend les divisions ou districts (afdeelingen) suivants :
— Deli (Médan, 12.724 h. dont 550 européens, siège du résident et centre des plantations de tabac ; Laboean-Deli et Soenggal, sièges d'un contrôleur ; Belawan, principal port d'exportation du tabac) ;
— Langkat supérieur et Langkat inférieur (Tandjoeng-Poe-
ra, centre pétrolifère, 5.072 h. dont 30 européens, et Bindje),
(1) 8 à 10 ans au maximum.
(2) La Deli Mij, société la plus importante de Deli, a montré, entre autres, qu’elle comprenait l'intérêt de la question en affectant récemment un service spécial de forestiers au reboisement de ses plantations. Beaucoup sont d'avis que ces mesures sont tardives et insuffisantes.
(3) Ou Rioun.
(4) Ou Atchin.