TUMEURS MIXTES
On a voulu tirer de ces faits la notion d’une cause commune aux diverses variétés de tumeurs, et cette idée s’est trouvée ren-
forcée par la constatation, si remarquable, d’une transformation
Fig1. XXVII. — Sarcome transplantalde. D’après une préparation du professeur
Ehrlich .
possible, dans la série des passages, d’un épithéliome en sar-
Fig. XXVIII. — Tumeur mixte. D’après une préparation du professeur Ehrlich.
corne. Dans un ier cas de transformation, le point de départ fut un carcinome à type alvéolaire ; à la 10e génération, on constate la transformation du stroma en sarcome. En 4 générations, le type sarcome devint tout à fait pur. Ce type sarcome persiste encore à la 5oe génération.
Un autre cas provientd’un mélangede tumeurs inoculé, tumeurs parvenues respectivement au 19e, 21e, 23e, 33e passage. Dès la 10e génération à partir du mélange, apparurent des traces de sarcome dans le stroma; la tumeur resta mixte pendant 20 générations, mais les cellules sarcomateuses, au lieu d’être purement fusiformes, sont polymorphes et se rapprochent du type des cellules rondes.
Ces faits demandent des confirmations ultérieures: ils sont à comparer au cas de Loeb : tumeur mixte de la thyroïde du rat dans laquelle les éléments composants étaient « si bien séparés qu’une partie de la tumeur était un adéno-carcinome typique, et l’autre un sarcome à cellules fusiformes » : seul le sarcome fut transplanté avec succès. Chez l’homme, dans un cas de cancer de l’amygdale, j’ai pu trouver un pareil type de tumeur mixte et ces tumeurs mixtes peuvent s’expliquer très bien dans l’hypothèse d’un agent virulent capable de toucher les deux catégories de cellules. La clavelée, parmi les Epitliélioses, nous fournit un exem pie typique de virus semblable.
Cette vaccination réciproque des types les plus variés de tumeurs cancéreuses paraissait être un fait de première importance dans l’histoire du cancer, mais l'interprétation des résultats a été contestée.
Michaelis (4o) a fait remarquer que l’immunité n’est pas toujoursconférée à la souris parl’inoculation préalable d’une tumeur qui ne prend pas. Des souris non préparées donnent par exemple 60 0/0 de succès; des souris ayant reçu une inoculation préalable, non développée, donnent à l’épreuve 12 0/0. Des souris 3 fois inoculées sans résultat, auraient même pris une tumeur à la 4° injection.
Nous avons eu nous-mêmes des lots de souris ayant donnée avec une 1 re inoculation, 55 0/0 de succès et qui ont encore fourni, à une 2e transplantation sur les souris à tumeur avortée, 12 à i5 0/0; les troisièmes transplantations sont restées négatives.
Ici encore, la variété des résultats obtenus tient fort probablement à la différence des techniques d’inoculation. (Michaelis
n'indique pas dans son mémoire la technique employée et les quantités de tissu cancéreux introduites sous la peau de la souris).
IMMUNITÉ CYTOLYTIQUE
On peut admettre comme établi qu'une souris ayant reçu un broyage abondant de tumeur cancéreuse possède l’immunité visà-vis d’une nouvelle transplantation et nous sommes enclins à considérer cette immunité acquise comme due à la formation d’anticorps par résorption des fragments inoculés. Mais l’insertion sous la peau, à l’aide d’un trocart, d’un tout petit fragment, même dans le cas d’une tumeur ultra-virulente, ne donne pas à coup sur l’immunité. Il y a là une question de dose, de quantité de cellules résorbées, qui joue certainement un grand rôle et Bashford, dans son dernier rapport, signale avec raison l’importance de ce facteur.
Michaelis indique encore que les cancers de souris grises sont difficilement transplantés sur des souris blanches, que la tumeur Jensen prend bien sur des souris de Copenhague et pas du tout sur des souris berlinoises : ce sont là d’excellentes conditions pour des expériences d’immunisation croisée, lorsqu’on a comme tumeur d’épreuve une tumeur virulente.
Michaelis n’a pas pu immuniser des souris blanches en les préparant avec des cancers de souris grises, ni des souris berlinoises avec des tumeurs de Copenhague.
Le même résultat négatif a été constaté en employant des cancers de souris de même espèce dont les cellules furent tuées
par le chloroforme.
i5 souris préparées ... 67 0/0
20 témoins . 55 0/0
Résultat négatif encore avec des cellules de tumeur chauffées
i/4 d’heure à 46° ou à 70°.
28 souris préparées. 3 injections
à 1 2 jours d’intervalle ... 57 0/0
25 témoins . 76 0/0
Avec des cellules du foie de souris, on obtient, d’après Michaelis, une immunité certaine, mais peu considérable.
3 injections à 7 jours d’intervalle. Inoculation d’épreuve i5
jours après la dernière injection.
20 souris traitées . . 3o 0/0 de succès, tumeurs moyennes
18 souris témoins . . 72 0/0 tumeurs grosses
Le lait de vache, l’encre de Chine n’immunisent pas.
Michaelis explique ses résultats, différents de ceux d’Ehrlich, par une virulence moins grande de son matériel. La tumeur d’Ehrlich, très virulente, pourrait être réinoculée avec succès.
Schœne (40 a étudié l’immunité des souris obtenue par des inoculations d’organes embryonnaires variés et d’abord des embryons de souris.
28 témoins donnent 7,14 0/0 échecs.
i3 traités par 8 injections embryonnaires donnent 46, i5 0/0 d'échecs.
Dans une deuxième expérience, les souris reçoivent seulement 2 injections intrapéritonéales de tissus embryonnaires, o ce. G, à il\ jours d’intervalle; épreuve i4 jours après la dernière injection.
Après 4 semaines, les résultats sont :
Souris témoins . . 16,67 °/° échecs
Souris traitées , . 66,67 °/° échecs
Avec du foie broyé, 5 injections intrapéritonéales en 54 jours; épreuve 9 jours après la dernière injection :
28 témoins. . 7 , 1 4 0/0 insuccès
7 traitées . . 28,67 °/° insuccès
Avec testicules, 4 injections intra-péritonéales ;
29 témoins. . 17,240/0 insuccès
9 traitées. . 33,33 0/0 insuccès
Schone a inoculé aussi des embryons de poulet et du cancer humain : les souris ont montré un certain degré d’immunité.
Nous avons, avec M. Bridré, fait un certain nombre d’expériences en employant des tissus de souris ; 3 inoculations de 1 cc. d’une macération épaisse de tissu hépatique, splénique, testiculaire, à 12 jours d’intervalle :
La rate a donné chez les souris inoculées o tumeur ; vaccination parfaite ;
Le foie a donné chez les souris inoculées 12 0/0 tumeurs au lieu de 55 0/0 chez témoins ;
Le testicule a donné chez les souris même pourcentage que chez les témoins.
Avec des tissus de souris, on a certainement une immunité appréciable et, bien que cette immunité soit plus facilement obtenue et plus sûrement avec le tissu même des tumeurs, on doit se demander si les immunités croisées d’Ehrlich ne s’expliquent pas par le seul fait que les produits vaccinants sont des tissus de souris.
Bashford (4s), dans son dernier Bapport (1906-1907), a publié des données très intéressantes sur l’immunité anticancéreuse et ces résultats ont une grande valeur de par le nombre des souris inoculées.
Bashford constate que la souris devient terrain impropre à l’inoculation :
r° dans le cas de guérison d’une tumeur antérieure (et positive) ;
2° dans le cas où une inoculation (même négative) a produit une absorption de tissu cancéreux;
3° après inoculation de globules sanguins de souris (non de sérum) ;
4° après maladies infectieuses diverses qui dépriment l’énergie digestive.
L’inoculation de tissus cancéreux ou de globules sanguins d autres espèces ne modifie pas les conditions de succès chez la souris.
Voici les conclusions de son rapport :
a) La protection conférée est plus grande dans le cas i° que dans le cas 2° ;
b) Il n’y a pas de relation entre la protection conférée par un tissu cancéreux inoculé et l’énergie ou la virulence de la tumeur ;
c) La protection est proportionnelle à la quantité absorbée ;
d) La portion absorbée (il y en a toujours) peut gêner la croissance des cellules qui survivent ;
e) Cette vaccination n’a rien de comparable aux vaccinations connues.
Nous pouvons faire nôtres ces conclusions, en y ajoutant l’immunité possible par des tissus variés de souris (la rate ou le foie) et la remarque déjà faite que des souris femelles pleines sont remarquablement réfractaires.
Bashford dit avoir observé des cancers spontanés chez des souris qui paraissaient avoir été complètement réfractaires à la greffe. Fait d’un grand intérêt s’il est confirmé.