‹ Le procès de Guichard, évêque de Troyes (1308-1313) (volume 2)Chapitre 151 sur 208 · Arrond. de Notent · texte numérisé non relu

Arrond. de Notent

somme très restreinte 1 . Les charges les plus accablantes pour l'évêque viennent d'une vingtaine de personnes à peine, parmi lesquelles figurent six Lombards, et portent sur certains articles d'une gravité particulière, l'envoûtement de la reine de France, l'empoisonnement de la reine de Navarre et l'affaire de Jean de Calais. On ne connaît pas assez les témoins, ni quelles furent leurs relations avec l'évêque, pour juger de la valeur de leurs dépositions : mais il y en a de fort suspectes, particulièrement celles des Italiens 2 ; et certains de ces témoignages à tendance hostile ne sont pas toujours en accord les uns avec les autres 3 . Toutefois, si des témoins furent achetés, on ne saurait dire, — quoi que la suite dût prouver, — que les accusations portées contre l'évêque fussent de pure tendance, qu'elles ne fussent point fondées. Dans les dépositions même les plus suspectes, on trouve des traits naïfs, des longueurs, des détails, une allure du récit qui donne aux faits rapportés toute la saveur de la véracité, et fait croire que les faits purent être exagérés, dénaturés, faussés par la complaisance ou par la haine, mais qu'au fond, l'évêque avait donné prise à presque tous ces griefs.

1 . Voici les témoins qui chargent le plus gravement : Angelo Bartholomei, Bianco Baldoyni, Giacopo Aringi, Jean de Trainel, Guillaume Pastourel, Girard de Vauchassis, Jean Margot, Manessier, curé de Corfélix, Etienne, prieur de S. Ayoul, Jean Garnier le jeune, Pierre de S. Nizier, Renier Jean, Pierre Barrière, Niccolo de San Miniato, Gentile de Ficeclo (ou Phisseclo).

' 2. Bianco Baldoyni, Giacopo Aringi, Jean Margot, Gentile de Ficeclo, Niccolo de San Miniato.

3. Voy. particulièrement les dépositions des Italiens relatives à l'empoisonnement de la reine de Navarre (Dépos.,II, 22). — Le rôle des Lombards dans l'histoire de Guichard reste fort obscur. On les rencontre partout : ils sont tantôt ses amis secrets, tantôt ses adversaires déclarés. Des individus comme Tenaille, des sociétés comme les Pulci sont compromis avec l'évêque dans l'affaire de Jean de Calais ; d'autre part c'est par eux que Guichard est le plus gravement chargé. Ces gens d'affaires, ces financiers, dont quelques-uns, comme messeigneurs Biche et Mouche, étaient de grands personnages qui obligeaient le roi, étaient en somme suspects, et Ton sait qu'en 1311, tous les Lombards du royaume furent arrêtés.

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tions, protestant pour leur part qu'il ne tenait pas à eux qu'on ne procédât en cette affaire. Avec le consentement du procureur et sur sa demande, ils assignèrent l'évêque à comparaître devant eux à Paris pour le mercredi 3 décembre, afin de répondre, en second lieu et sans délai, aux dépositions des témoins : après, on procéderait définitivement selon que droit serait.

Le 3 décembre, l'évêque comparut à Sainte-Geneviève, mais l'évêque d'Orléans étant malade, la procédure fut reportée au 12 décembre, puis au 13. Ce jour-là, l'évêque comparut en personne avec ses avocats et son procureur. Il fit exposer par ses conseillers que, du jour où il avait été pris, il avait été dépouillé par Guillaume de Hangest, bailli de Sens, et se trouvait encore privé de tous ses biens temporels et de la majeure partie de ses biens mobiliers * : qu'en conséquence il n'avait pas de quoi se défendre et ne pouvait faire avancer ce qu'il voulait contre les témoins 2 ; — que, dans le cas où il voudrait avancer quoi que ce fût, il ne pourrait trouver de témoins qui osassent déposer pour lui la vérité. Il fit ajouter que, même s'il avait la faculté de répondre aux témoins, néanmoins, attendu qu'il ne pouvait avoir copie de leurs dépositions, il ne voulait rien avancer contre eux. Il supplia les évêques de lui faire, s'ils le pouvaient, restituer ses biens et de lui fournir la copie des dépositions. Les prélats lui demandèrent s'il avait été privé de ses biens avant le jour à lui assigné pour répondre aux témoins : il l'affirma, et dit qu'il s'en trouvait encore dépouillé à cette heure. Il demanda enfin aux commissaires de faire remettre l'enquête au pape avec ses protestations, déclarant une dernière fois que

1. « ... Ipse episcopus, a tempore captionis ipsius episcopi, nudatus a fuerat et adhuc erat omnibus bonis suis temporalibus et majori parte « bonorum suorum mobilium per Guillelmum de Hangesto, baillivum « Senonensem, ita quod ipse episcopus non haberet unde posset se deffen- « dere nec proponi facere ea que vellet dicere contra dictos testes, ac si « aliquid proponeret, non posset habere aliquos testes qui ausi es sent « deponere veritatem pro dicto episcopo ad reprobationem dictorum « testium contra ipsum episcopum productorum ». Cf. p. justif., n° XV.

2. Cf. Dupuy, ouv. ci7., p. 651, les protestations de Bernard Saissèt.

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