GUICHARD, ÉVÊQCE DE TR0YES
et le recommandait, mieux que son caractère et l'importance de son abbaye, au chapitre de la cathédrale, c'était la haute situation qu'il s'était acquise en Champagne, l'influence qu'il y exerçait, et l'amitié dont l'honoraient les deux souveraines du comté, la reine douairière de Navarre et la reine de France : ce fut cette faveur qui décida encore une fois de son élection, et Guichard fut porté à l'épiscopat, comme il avait été fait abbé, moins à cause de son caractère ecclésiastique que pour sa fortune mondaine. Il n'échappa pas à l'opinion surprise et jalouse que Guichard était une créature des deux reines, et que sa fortune, attachée à celle des deux femmes, l'avait suivie et avait grandi avec elle. On savait, dans l'entourage de Guichard, que la reine de Navarre l'avait voulu pour évoque et qu'elle s'était mêlée de son élection * : et, le voyant, de pauvre clerc, devenu si rapidement un riche prélat, on disait que la reine l'avait tiré de son état et qu'elle l'avait « fait » :
Car la royne fet l'avoit, Et de ses secrez il savoit, Et estoit aussi son compère a .
L'abbé Guichard fut élu par tout le chapitre 3 . L'élection, faite dans la seconde moitié de Tannée 1298 4 , fut confirmée au mois de mai de l'année suivante 5 . Courtalon, « d'après plusieurs
1. Dépos., II, 14, Pierre de Villy : « Cum diceretur quod regina Navarre « p roc u rabat quod dictus Guichardus tune abbas preficerctur inepiscopum « Trccenscm... »
2. Gcffroi de Paris, Chronique rimée, vers 2979-81 (Hisfor. de France, XXII, 117). Cf. Dépos., II, 17, Guill. Pastourel. — Guichard avait sans doute été Tun des parrains de Charles, le deuxième fils de Jeanne (v. p. 11).