‹ Le procès de Guichard, évêque de Troyes (1308-1313) (volume 2)Chapitre 3 sur 208 · Michelet, Histoire de France, liv. V, ch · texte numérisé non relu

Michelet, Histoire de France, liv. V, ch

2. Voy. l'enquête, publiée par J. de Gaulle, Bulletin de la Société de l'histoire de France, 1844, pp. 87-100 (ri'ap. Arch. Nat., J. 429), et par Léopold Delisle, Carlulaire normand, n° 927. — Une information fut commencée contre Pierre de Benais sur les accusations qu'il avait répandues contre Marie de Brabant, la deuxième femme du roi. et sur ses tentatives d'embauchage vis-à-vis des béguines de Flandre : mais l'évêque s'était enfui dans les domaines du Saint-Siège et le pape arrêta l'affaire (1278).

AVANT-PROPOS

e furent surtout les dernières années de Philippe IV me de Louis X que troublèrent ces enquêtes uses où l'on trouvait mêlés à des griefs plus comlérésie, la magie et d'autres « crimes énormes. » * coup, en quinze ans, on vit, à côlé des grands e Saissel, de Boniface et du Temple, ceux d'Ar- Villeneuve ',de Guiehard de Troyes, de Margue- !e -, de Pierre de Latilly 3 , d'Enguerrand de Mariaffaire du cardinal François Caïetani, neveu ace VIII û , celle de Mahaut d'Artois G , d'autres

ocèseullieu à Paris en 1299: il était accusé d'hérésie. Vov. Mit. XVIII, 35.

en Grève le 31 mai 1310, comme hérétique. Son procès est ■s nationales fJ. 428). Voy. B. Hauréau, Hùt. lill., XXVII, 70-74; auglois, Revue historique, 1 89+, mars-avril, pp. 293-299.

de LAtiily, chancelier, évèque de Châlons, fut accusé eh 1315 :uré la mort de Philippe le Bel et de Louis te Hulin : il Tut

el un tribunal ecclésiastique fut appelé à se prononcer sur son

de Nangis, Hûlor. de France, XX, 609-15).

ocès eut lieu a Vincennes le 18 mars 1315 : sa condamnation fut

par les sortilèges que sa femme et sa Ijclte-sœur pratiquaient ;ier et une sorcière pour le débarrasser de ses ennemis, le roi et Elles avaient fabriqué des images de cire consacrées au démon ; dirent qu'elles l'avaient fait pour que le roi rendit son amitié à (Jean de S. Victor, Histor. île Fr., XXI, 660-01). Voy. Mil. lit- Tlïï, 458-00.

y'at., Clairambaull. n° 487, p. 427 : Rapport d'Evrard de Barir une tentative d'envoûtement par le cardinal François Caïetani rdinaui, le roi et le comte de Poitiers (avril 1316). Voy. Berherches historique» sur l'origine, l'élection et te couronnement du XII, Paria, 1834. S».

:, comtesse d'Artois et de Bourgogne, fut accusée en 1317, par •■ du pays d'IIcsdin, de maléfices et de meurtre. Ses deux filles ?ompromises dans le scandale de la Tour de Nesle : on disait avait composé un philtre pour amener la réconciliation de son lippe, comte de Poitiers, avec sa femme Jeanne, détenue à i avait prétendu encore qu'elle avait empoisonné le roi Louis X rr a ses enfants l'accès du trône de France : elle fut reconnue ov. l'enquête publ. par le ra'* de Godcfroy-Ménilglaîse, Mèm. de intiq. de France, XXVIII, 181.

AVANT-PROPOS III

encore. C'était, entre toutes les époques du moyen âge, un temps de sortilèges et de nécromancie *.

Toutes ces enquêtes n'eurent pas un même éclat. Le peuple ne vit point aussi curieusement le procès de Marguerite Porete, brûlée en Grève pour ses hérésies dogmatiques, que les procès des Templiers, de Boniface, de Guichard ou d'Enguerrand, accusés d'œuvres sacrilèges et diaboliques, de pratiques honteuses et criminelles. La situation des personnages, leur nom fit moins encore pour l'attrait de ces causes que la singularité de leurs crimes, surtout du crime de magie, habilement insinué parmi les griefs.

Le procès de Guichard de Troyes ne fut pas un simple procès de sorcellerie : peut-être, à ce moment de lutte ardente contre le pape, couvrait-il une action politique ; il fut, au fond, le dénouement tragique , sous la main violente de Nogaret, d'une longue et sourde intrigue de cour. Mais pour la foule, qui vit surtout l'appareil des débats et n'en put entendre que le bruit, ce fut une ténébreuse affaire, sorcellerie, meurtres, sodomie, poison mêlés à d'autres crimes, et dont les imaginations restèrent longuement frappées.

Sur lui mirent moult d'acoisons, Murdres, bougueries, poisons, Qu'il n'avoit point esté filz d'home, Pluseurs dolleurs que je ne nomme...

Tous cas vilains, tous cas obscurs...

\. Les chroniques sont pleines de récits de sortilèges; v. entre autres dans la Gontin. de Girard de Frachet (Histor. de F/\, XXI, 60) l'histoire du sorcier de Chàteau-Landon (1323) ; — Gontin. anonyme de Jean de Saint- Victor (ibid.y 688), l'histoire « du prieur de Morigny delès Estampes qui vouloit renouveler une doctrine de nigromence déjà condamnée appelée

IV AVANT-PROPOS

Rien n'y manqua de ce qui pouvait faire la caiise retentissante : la qualité -de l'accusé, un prélat ayant eu richesse et honneurs, favori de la feue reine, jadis un des principaux de la cour du roi ; — le nom de l'accusateur, Louis, roi de Navarre et comte de Champagne, fils aîné du roi de France ; — la nature et le nombre des crimes, entre lesquels on comptait l'envoûtement d'une reine de France et l'empoisonnement de la reine de Navarre. Solennelle et passionnante fut l'ouverture du procès, quand, le premier dimanche d'octobre 1308, devant la foule du peuple et des clercs réunis dans le jardin de la Cité, — comme l'année précédente pour les Templiers, — on lut l'exposé des crimes de l'évêque. On était en pleine affaire du Temple ; c'était le moment même où les poursuites allaient être reprises contre la mémoire de Boniface VIII 1 : les gens du roi, gravement, avec une froide complaisance, et comme dans « un acre plaisir de vengeance », étalaient à la fois les turpitudes d'un ordre, d'un évêque et d'un pape, et semblaient avoir dans un même dessein concerté ce formidable appareil d'accusations.

Ce furent en tout cas les mêmes hommes qui dirigèrent les trois procès. En même temps qu'il composait les griefs contre les Templiers et qu'il rédigeait ses accusations contre Boniface, Nogaret trempait dans le procès de Guichard, où il agissait de concert avec Noffo Dei, ce lombard que Villani regarde comme le dénonciateur de l'ordre du Temple-.

ars notoire, qui promettait à conquérir toute manière de science sans nulle étude et sans tout maître. » Richesse, science, amour, vengeance, on croyait pouvoir tout demander à l'art démoniaque de la sorcellerie.

1. Clément V avait fixé au 2 février 1 309 l'ouverture des débats.

2. M. C. Piton [Hevue de l Orient latin, 1N93, n° ty, mettant en compa-

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Les trois procès furent conduits ensemble : ils devaient avoir ensemble leur dénouement. Quand le concile de Vienne eut réglé l'affaire du Temple, on vit s'assoupir et se terminer les deux autres procès, comme s'ils n'en eussent été que les corollaires.

La concurrence a fait tort au procès de Guichard : l'histoire de l'évêque de Troyes est restée, jusqu'à nos jours, presque inconnue et comme étouffée entre ces deux grandes causes, le procès des Templiers et celui de Boniface VIII; et si quelques-uns en ont senti l'attrait, on ne voit pas qu'ils aient cherché à en lire jusqu'au bout ni dans le détail les si curieuses pièces. Fleury, dans son Histoire ecclésiastique* , s'en tient à ce que lui apprennent le continuateur de Nangis et Baluze 2 ; et les historiens troyens des xvn e etxvin e siècles ne sont pourvus que d'aussi maigres renseignements. A part un acte important relatif à l'église de Troyes, Nicolas Camuzat 3 n'a connu sur Guichard que la relation , la rumeur atfaiblie des chroniques 4 ;

raison les versions de Villani, d'Amalric Augier et la déposition de frère Ponzard de Gisi, erait pouvoir conclure que Noflb Dei ne fut point le dénonciateur de Tordre du Temple, contre l'opinion jusqu'ici admise et 'que le chroniqueur florentin a fait un quiproquo : le véritable dénonciateur serait Esquiu de Floyrac, prieur de Montfaucon, et Noflb Dei ne serait intervenu que dans le procès de Guichard.

i. XIX, 233-3'*.

2. Vil<r paparum Avenionensium, I, 593-9 't. — Des pièces du procès, Baluze ne rapporte d'ailleurs que le mandement d'enquête.

3. Protnptuarlum sacrarum antiquitatum Tricassirue diocesis ( Troyes 1610, 8»), fol. 193 et sqq.

4. Les chroniques originales qui nous rapportent, — en quelques lignes ou quelques vers trop brefs et trop pâles, — le bruit du procès sont : celle de Jean de Saint-Victor (Ilistor. de France, XXI, 6*4-652) ; — la chronique rimée attribuée à (ïeffroi de Paris (ibid., XXII, 117] ; — la continuât, de la Chronique de Guillaume de Nangis (ibid., XX, 598). — Les chroniques de Saint-Denis, la contin. de Girard de Frachet n'ont rien d'original.

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îuerrois ' , Grosley 2 et CourLalon 3 n'ont fait que le r.

commencement du xix° siècle, le sujet attira l'allene Boissy-d'Anglas, qui en fit une élude de quelques 1 : mais il semble qu'il n'ait connu les pièces que nventaire de Dupuy et qu'il ne se soit point risqué à pper les rouleaux d'enquête : en tout cas il n'a point lire 5 . Il a compris toutefois quel rapport, ou du , quelle ressemblance existait entre ce procès et celui mpliers, et l'a signalée sans l'approfondir, en émellant cause du procès de Guichard, avec une connaissance santé du sujet, une hypothèse qui ne nous semble ndée. Un récent historien de Troyes, M. Théophile >t 6 n'a fait qu'abréger le mémoire et prendre les conis de Boissy-d'Anglas, en ajoutant quelques rensei- ;nls puisés à l'Inventaire des Archives départemen- Je l'Aube par M. d'Arbois de Jubainville, ou tirés de :s qu'il n'indique pas, — sans se dispenser, non plus oissy-d'Anglas, d'erreurs grossières.

îs des évoques de Troyes, dans La Sainctetè chrestienne (Troyes,

), fol. 365-66.

•hèmérides troyennes (1760 et 1811).

urtalon-Dclaistre, Topographie historique rfu diocèse et de la ville

les (1783), I, 365-67.

■moire sur le procès de Guichard, êvêque de Troyes, en 4304 et années

■s [Mémoires de l'Académie des Inscriptions et Belle* Lettres. iRlî,

I, pp. 603-CI'J).

■ici quelques-unes des erreurs de Boissy dWngla*; elles donnent

e de la légèreté qu'il apportait à celte ('tinte : il lit Poulinant

jursaud ; un incube nommé Pelant pour Nolon ; le prieur de S.iitit-

e pour Saînl-Avoul ; Guillaume iTHanger* pour Guillaume île Ilanplaco enfin en 1304, sans qu'on sache pourquoi, nue enqui'-le Faite par NoITo Dei, brouillant ainsi les faits et la marche du prvcès.

stoire de Troyes et de lu (iliampar/ne rtifritlmnale, 11, D-MI,

AVANT-PROPOS VII

Cependant les pièces du procès se trouvaient réunies aux Archives Nationales, dans un carton du Trésor des Chartes, (J. 438), à côté des autres grands procès de l'époque, comme ceux de Pierre de Benais, de Bernard Saisset, de Robert d'Artois, etc. Voici quelles sont ces pièces, d'ailleurs d'importance fort inégale :

N°* 1 et 2. Lettres de Jean de Calais au roi et à la reine de France (en français).

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