‹ Le procès de Guichard, évêque de Troyes (1308-1313) (volume 2)Chapitre 33 sur 208 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Jean de Calais, chanoine de Saint-Etienne de Troyes, avait été, du temps d'Edmond de Lancastre, trésorier du comte. Depuis le départ du prince anglais (1294) ! , il était resté receveur particulier des revenus de la reine douairière en Champagne 3 .

Ayant « malicieusement » soustrait à la reine Blanche et à son mari de nombreux biens qui devaient revenir à la reine après la

1. Edmond de Lancastre prit congé du roi de France lors de la guerre de Gascogne (Chron. anonyme, Histor. de France, XXI, 133).

2. Arch. Nat., J. 438, n°* 1 et 2. Jean de Calais eut-il proprement la charge de receveur de Champagne? Il y en avait toujours deux en fonctions, un laïc et un ecclésiastique. A Renier Accorre qui en tint l'emploi comme laïc jusque dans les premières années de Philippe le Bel, M. d'Arbois de Jubainville ne connaît que deux collègues ecclésiastiques, le clerc Jacques d'Ervy et Gui de Launois, sous-doyen de Saint-Étienne de Troyes (ouv. cit., IV, 465-72). Si Jean de Calais eut cette fonction au temps d'Edmond, il semble qu'après le départ du comte il ait été plus particulièrement comptable du douaire de la reine Blanche (Dépos., II, 17 : Richard Potier le qualifie de « receptor reddituum regine Navarre in Campania »). Ailleurs, on le nomme simplement : « trésorier de la reine de Navarre ». Cf. Bibl. Nat., ms. lat. 9783, fol. 79 v°, un compte du 15 juillet 1298 : « Mater regine, » domina Blancha, pro denariis in quibus rex tenebatur ei pro quadam « fidejussione quam domjnus Edmundus quondam, maritus suus, fecit pro « rege erga Rcnerum de Salviamanyer de Florencia, II m 1. t. cont. per « dominum Johannem Monachi et Johannem de Calesio, super regem... »

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mort du comte 1 , le chanoine trésorier fut arrêté 2 et incarcéré d'abord à Paris 3 : puis, à la prière de la reine de Navarre, qui comptait mieux assurer ainsi le payement de ses fraudes 4 , Guichard le reçut en garde dans sa prison épiscopale 5 .

Jean de Calais parvint-il à s'échapper par ses propres moyens? Son évasion fut-elle achetée à l'évêque par lui-même, ou fut-elle le résultat d'une combinaison astucieuse où Ton mêla Guichard pour le compromettre? Il s'enfuit en Italie, auprès de la Cour romaine, où il resta jusqu'à sa mort r \ Guichard fut accusé d'avoir « proditoirement et frauduleusement » consenti à prix d'argent la fuite du trésorier 7 . Jean de Calais lui-même avait témoigné, à Sens 8 , — sans doute avant de partir pour l'Italie, — qu'il avait fait donner à l'évêque, par un certain Vanne Nicolas, de la compagnie des Amanast, de Pistoie, et par d'autres marchands lombards, de la société des Pulci, Francesco Ferratoni et Biondello Symoneti, 400 florins d'or et des joyaux pour sa délivrance : c'était à Pontoise, puis à Paris, dans la

1 . Arch. Nat., J. 438, n° 8, art. I. — Il s'agit du douairedc la reine Blanche en Champagne et des biens personnels que son mari, Edmond de Lancastre, avait conservés dans le comté. En 1293, au moment de la guerre anglaise, Edmond, frère du roi d'Angleterre, avait reçu son congé et était retourné dans son pays ; la dot de sa femme serait alors revenue au domaine royal (Gaufrid. de Collone, Histor. de Fr. y XXII, 10). Edmond mourut à Bayonne en 1296, dans une expédition contre le roi de France (Contin. de Girard de Frachet, ibid., XXI, 14).

2. L'arrestation de Jean de Calais est postérieure au 15 juillet 1298, et antérieure au 23 mai 1300 : à la première date, il était encore en fonctions (v. p. précédente, note 2) ; à la seconde, il était dans la prison de l'évêque (v. p. suivante).

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