‹ Le procès de Guichard, évêque de Troyes (1308-1313) (volume 2)Chapitre 85 sur 208 · Pierre de Grancey · texte numérisé non relu

Pierre de Grancey

« sire Régna ud, dit Tévêque, je me fie beaucoup en vous. Le jeune « roi * doit venir de Navarre. Sur mon âme, sa mère ne m'a jamais « fait de bien, et les enfants ne m'en feront pas : je voudrais qu'ils

« fussent empoisonnés Sais-tu ce que tu vas faire ? Je te don-

« nerai des lettres adressées de ma part à dame Marie de « Vauceniein ; par ce moyen tu seras son chapelain, ou bien tu fré- « quenteras chez elle, et tu pourras faire connaissance avec beau- « coup de gens. Tu reviendras chez moi d'ici peu, et je te ferai « savoir comment tu t'y prendras pour l'empoisonnement. » Le jeudi après la Circoncision (4 janvier 1308), Termite, mandé par lettres closes qu'avait apportées son valet, Feliset, se rendit à Aix et y déjeuna ; quand ils furent seuls dans la chambre de l'évêque, Guichard lui dit : — «Il sera bientôt temps que tu te remues ! » Et, lui montrant un étui de métal où l'on aurait pu fourrer le doigt, il lui dit qu'il mettrait le poison dedans, mais qu'il serait plus sûr de cacher l'étui dans une de ses chaussures. Il le fit se déchausser, et avec une aiguille et du fil, fit une bourse, dans la chaussure et la rendit ainsi à l'ermite, lui enjoignant de revenir le dimanche avant la Purification de la Vierge (28 janvier) pour prendre le poison et se rendre chez dame Marie, et d'apporter avec lui du parchemin et de l'encre pour écrire la lettre. L'ermite promit, mais ne vint pas ; il s'excusa par lettres jusqu'au mardi après la Purification. Pendant ce temps, il avait fait conduire une partie de ses biens à Trainel 2 et les y avait fait vendre par frère Pierre. Mais celui-ci alla le dénoncer à l'évêque. Guichard manda de nouveau Termite, qui vint à Aix le samedi suivant. — « Je vois bien que vous n'êtes pas franc avec moi, lui dit « Tévêque ; votre compagnon m'a dit hier que vous avez vendu « vos biens et que vous voulez vous sauver ». — L'ermite répondit qu'il n'avait pas l'intention de fuir, mais qu'il avait vendu ses biens parce qu'il ne savait pas quand il reviendrait d'où Tévêque voulait l'envoyer. Guichard ajouta qu'il avait fait sai-

Page 1