‹ Le procès de Guichard, évêque de Troyes (1308-1313)Chapitre 178 sur 267 · Rico Jacobi · texte numérisé non relu

Rico Jacobi

6. Gentile deFiceclo. Tenaille demeurait près de chez Mouche, à deux ou trois maisons (Niccolo de San-Miniato). - Sur Biche et Mouche v n ^7 note 4. ' • 1 • )

7 Rico Jacobi, en 1302, fréquentait à Florence chez Simon de' Bardi, de la famille de sa femme : « Pkires littere delate fuerunt ad... dominum « Symonem, ex parte dicti Tenaille, in Francia commorantis, filii dicti « dommi Symonis, in quibus continebatur... quod dictus T. inter cetera « sigmficabat d.cto domino Symoni quod regina Navarre ipsum Tenaille « multum gravabat et saisiverat omnia que habebat idem Tenaille et eius (< uxor ». J

DEUXIÈME SÉRIE ! ARTICLE XXII

taine, dans la prévôté de Chantemerle ; un jour, avec Niccolo de San-Miniato, écuyer lucquois qui demeurait à Reims, il était k la chasse auprès d'une rivière, tenant un faucon sur le poing, quand un valet vint lui annoncer que des sergents étaient venus à sa maison, et, de la part de la reine de Navarre, avaient saisi tous ses biens. Quand le valet fut parti : — (( Ha! Sainte Marie! » s'écria Tenaille tout abattu, «cette femme « me laissera-t-elle vivre ? Je crois qu'elle veut me dépouiller, (( mais, devrais-je rendre mon âme au diable, si Dieu, le diable ou « Cassiano ne me font pas défaut, je me conseillerai de telle « manière qu'elle ne pourra pas me grever i ! »

Unis dans une même haine, l'évêque et lui avaient cherché un tiers pour l'employer à leurs fins. On était à la fin de 1301, pendant les foires d'hiver ~ ; l'évêque, un jour, étant seul dans sa chapelle avec Tenaille et Giacopo Aringi", un Florentin, de la G'« des Pulci, dit à ce dernier : — « Jacques, la reine de Navarre (( en veut beaucoup à vous et à votre société à qui elle réclame « 5.500 livres pour l'alîaire de Jean de Calais ; elle réclame beau- « coup à Tenaille qui est ici, et à moi; elle a fait grand dommage « à nombre de gens, et personne ne peut la détourner de faire « ses méchantes volontés 4. Je vous demande d'aller à Paris et (( d'y faire ce que je vous dirai : je ferai tant que nous serons a délivrés d'elle et quelle mourra. Ce ne sera pas péché, bien

1. Niccolo de San-Miniato : « lia! Sainte Marie! ista femina permittet « me ipsa durare! Ego credo quod ipsa me vnlt exheredare, sed si ego « deberem reddere animam meam diabolo, et Deus vel diabolus aut Gassia- « nus michi non déficit, ego taie apponam in hoc consilium quod ipsa me « non poterit gravare ! »

2. Les « foires froides » duraient du 20 nov. jusqu'à la semaine avant Noël.

3. Cf. la taille de Paris (1313) : Jacques Haringe le lombart (Arch. Nat., KK. 283). Giacopo Aringi avait témoigné contre Guichard dans l'affaire de Jean de Calais.

4. Giacopo Aringi : « Regina Navarre multum tedium vobis et societati « vestrea quibus petit quinque milia et quingentas libras occasione Johannis « de Calesio, et multa alia petit a Tenaille... et a me, et multum dampni- « ficavit multas gentes, nec potest aliquis eam dimittcre quin ipsa a faciat voluntatem suam pravam. »

LES DÉPOSITIONS

« au contraire, ce sera une aumône, car après, elle ne fera plus « de mal! » — « Ne me parlez pas plus longtemps de cela », répondit Jacques, « je ne ferai rien. »

Aux foires de Lag-ny ^ qui suivirent, Tenaille le tâta encore : — « Jacques, pourquoi ne fais-tu pas ce que veut levêque de (( Troj'Cs? tu ferais bien pourtant... » Il répondit encore qu'il ne voulait pas. Trois semaines après. Tenaille lui dit : — « Tu ne veux rien faire pour 1 evêque de Troyes?Eh bien, je lui « ai envoyé Cassiano Pétri qui sait bien faire du poison, et je l'ai (( mis en rapport avec un Anglais qui est écuyer de la reine de « Navarre ^. »

Ce Cassiano, un Florentin, avait été apothicaire; il était alors (( écrivain » à Paris, chez Biche et Mouche, dans la rue aux Bourdenais 3. Un peu après Pâques 1302 (fin avril) on le vit, un soir, vers la tombée de la nuit, qui fabriquait le poison, chez Biche : il était assis dans ime chambre, près d'une fenêtre ; une chandelle de suif brûlait devant lui ; il avait, dans une main, deux petites pierres, des diamants, et une mesure de sang; de l'autre, il tenait un marteau de fer. Il mit les diamants et le sang coagulé sur une pierre large, et il écrasa au marteau les petites pierres sur le sang, les pilant jusqu'à ce qu'elles fussent devenues comme une cendre ; puis il mélangea avec une poussière couleur de safran, et mit le mélange dans une petite boîte, qu'il ferma ^. Il y avait là plusieurs Italiens qui le regardaient faire : l'un d'eux lui demanda ce que c'était : — « Je vais <( donner cela de la part de Févêque de Troyes à un Anglais, « écuyer de la reine de Navarre, qui la sert à table : s'il fait

Page 1