XXIV« ARTICLE
De la mort de Jean de Beaune (27 témoins)
Entre la Nativité de la Vierge et la Saint-Remi (8 septembre octobre) 1302, un soir, après le couvre-feu, Richard Potier, clerc, procureur en la cour de l'offîcial de Troyes, était couché avec sa femme, quand Thibaut, valet du portier de l'évêque, vint le mander de la part de Guichard. Il alla chez l'évêque et
1. Raoul, bouteiller de la reine, raconta pourtant, un an ou six mois après, à Guillaume de Bolay, qu'il avait entendu dire que c'était Jean, barillier de la reine de France, qui avait versé le poison. (Guill. de Bolay.)
2. Rico Jacohi. — Les Lombards Biche et Mouche s'étaient-i4s compromis avec Tenaille, leur neveu, dans cette alTaire d'empoisonnement ? Rico Jacobi rapporte que, la reine morte, Tenaille en informa son père à Florence, que Simon de' Bardi s'en réjouit fort et fit remettre au valet qui avait apporté la nouvelle une lettre pour son beau-frère « pro domino « Bichio de Franciscis, fratre domini Mocheti, ad domum ipsius Bichii apud « Estagium ».
LES DÉP0SIT10>S
le trouva couché, dans son lit. — « Il faut que tu ailles à Rome « pour moi, lui dit Guichard : je te donnerai pour cela dix « livres. Je te ferai donner tout de suite cent sous, tu auras « les cent autres au retour : et avec cela, je ferai donner vingt « sous à ta femme. Tu iras à Ivrée, en Lombardie, et, de là, à la « cour romaine. Tu te dépêcheras d'aller à Ivrée pour y être « avant certain « garçon i », appelé Jean de Beaune, chanoine « de Saint-Etienne, qui va à la cour romaine contre moi pour « la reine de France ». Et, lui montrant un petit sac de toile cirée, fermé et scellé du sceau de l'évêque (une petite cédule de parchemin j était attachée, sur laquelle on lisait : A Martino de la Campane), l'évêque ajouta : — « Tu donneras à Martin de la « Campane, à Ivrée, ce sac, où sont deux lettres : l'une pour « Martin, où il y a 60 florins de Florence ; et l'autre pour M^ Jean » d' Amilli , mon procureur en cour de Rome ; et tu diras (( à Martin qu'il fasse ce 'que je lui mande dans le temps indice qué ». Richard jura de le faire; et l'évêque, à son tour, jura sur les saints Evangiles que, quand le clerc reviendrait, « il lui <( donnerait son pain cuit en quelque bon lieu ».
Richard se hâta tant qu'il put : en huit jours il fut à Ivrée, à l'entrée de la Lombardie. 11 trouva Martin, qui ouvrit le sac, prit l'argent et la lettre qu'on lui adressait et remit l'autre au porteur en disant qu'il ferait ce que l'évêque lui mandait. Gomme Richard sortait de la maison, il rencontra Jean de Beaune ; ils se saluèrent ; Jean lui demanda où il allait : Richard répondit qu'il allait à la cour romaine pour l'évêque ; Jean repartit qu'il y allait lui-même contre Guichard.
Au milieu de la nuit, un valet de la maison où Richard était couché, le réveilla : Martin était venu dire que, s'il y avait dans la maisoii des gens de France, ils ne partissent qu'au matin, qu'il était mort chez lui un chanoine de Saint-Etienne de Troyes. Au matin, Richard y alla avec Jean de Brienne, près Troyes, qui logait avec lui : et il vit Jean de Beaune sur un lit mor-
1. Le sens de ce mot était alors injurieux comme l'est aujourd'hui son féminin.