XX V*' ARTICLE
Du hriiit qui courait sur lui depuis longtemps à propos de la mort de la reine de France
(71 témoins)
Sceau de Jeanne de Navarre, reine de France (1284) (Arch. Nat., J. 613, n" 20)
La mort de la reine de Navarre n'avait servi ni l'évêque, ni Tenaille : la reine de France avait àprement poursuivi les revendications de sa mère ; et la haine des deux complices s'était encore
DEUXIÈME SÉRIE ! ARTICLE XXV
exaspérée. Au Carême de 1304, Gentile de Ficeclo, se trouvant logé à Aix avec le prieur de la Charité, entra dans la maison de l'évêque et y trouva un prêtre qui la gardait; il lui demanda où en étaient les affaires de l'évêque avec la reine de France. Le prêtre répondit que la reine faisait vendre les bois et exploiter tous les biens de l'évêque, mais que Guichard se vengerait bien d'elle, s'il le pouvait ^
A la Toussaint qui suivit, à Paris, Gentile et Tenaille venaient de chez monseigneur Biche -, et allaient chez les Clarentini, de Pistoie ; comme ils passaient devant la maison de Navarre, dont Mouche; l'oncle de Tenaille, avait fait faire les murs à créneaux et plusieurs bâtiments, et qui, après la mort de la reine de Navarre, était passée à sa fdle ^ : — « Voilà, dit Gentile, une « belle maison qu'a fait faire votre oncle ! N'est-ce pas celle du roi « de Navarre? — Non, dit Tenaille : elle est à la pire putain du (( monde ! — A la reine de France ? — Oui », répondit Tenaille. Et comme Gentile lui reprochait ces paroles '. — « Elle croit me <c détruire, continua-t-il, comme elle a détruit le meilleur prélat « du monde, l'évêque de Troyes ; mais, s'il plaît à Dieu, nous « serons bientôt vengés d'elle comme nous l'avons été de sa (( mère ! »
Les soupçons d'ailleurs étaient éveillés. A la mort de la reine de Navarre, comme beaucoup de gens disaient que c'était
\. Gentile de Ficeclo : (( .. regina faciebat vendi nemora et explectari (( omnia bona dicti episcopi.. »
2. Biche est ici, dans la déposition de Gentile de Ficeclo, qualifié de a frère » de Tenaille; mais plus loin, Gentile dit que Mouche est l'oncle de Tenaille.
3. Les Clarentini ou Clarentes de Pistoie, appelés par Benoît XI « merce catores camere nostre » {Reg. de Benoit XI, n"^ 1238, 1243).
4. L'hôtel de Navarre, qui fut plus tard affecté à l'installation du collège, se trouvait près de la porte de Saint-Germain-des-Prés, entre l'abbaye et Saint-André-des-Arts, dans <( la Grant Rue Saint-Germain » (Géraud, Paris sous Philippe le Bel).
5. Niccolo de S. Miniato. Cf. Dépos., II, 22, Gentile de Ficeclo : a Ecce « multum pulcram domum quam fecit fieri dominus Mochius avunculus « vester. Estne ipsa régis Navarre? — ... Ipsa est pejoris meretricis de « mundo... »
Uém. et doc. de l'Ec. des Chartes. 13
LES DÉPOSITIONS
l'évêque qui l'avait fait empoisonner, frère Durand, le confesseur de la reine de France, lui avait fait part des bruits qui couraient et de la crainte qu'il avait, si la reine poursuivait l'aftaire, que l'évêque ne lui fît comme il avait fait à sa mère ^
La semaine après les Brandons ' qui précéda la mort de la reine 3, Girard de Vauchassis, revenant de Paris, passait à Aix devant la maison de l'évêque. Guichard l'interrog'ea : — « Dit-on « que la reine est malade? Sais-tu quelle maladie elle a? — c( Certes non, répondit Girard ; mais elle est gravement malade, « à ce que m'ont raconté Gilet de Sergines et Bracher, le cuisi- « nier de la reine. » L'évêque ajouta : — « On m'a dit qu'elle (c se tourmente fort dans sa maladie; est-ce vrai? — Certes, « s'il faut les croire : elle rejette le sang par en bas et par en (( haut, et l'on pense qu'elle ne pourra durer longtemps si cette « maladie continue. — Dieu en soit adoré! répondit l'évêque. « A présent, elle sait, l'infidèle, ce qu'elle m'a fait. J'aimerais (( mieux être juif que de ne pas me voir vengé d'elle avant de « mourir ! Dieu m'aidera ! . . . Je voudrais bien que tu ailles immé- « diatement à Paris et que tu me rapportes ce qui en est de la « reine. » Girard refusa : en entendant l'évêque, il soupçonna que Guichard avait fait empoisonner ou envoûter la reine ; car il avait entendu dire que l'évêque avait eu récemment les livres de M*^ Jean de Gié, où étaient écrites, à ce qu'on disait, les pratiques de l'envoûtement^.
La reine était à peine morte que l'évêque dit à son entourage :
— (( Messires, voulez-vous savoir du nouveau? La reine est (( morte, ou elle mourra d'ici vêpres! » Quelques-uns lui dirent :
— « Mais, messire, comment pouvez-vous le savoir, puisqu'elle