Il y avait d'abord : « je vous heusses » : on a corrigé
AFFAIRE DE JEAN DE CALAIS
avoie anvoié IIP florins par ledit T., et sus ce je n'en oy puis novelles ne ne m'en suis de riens aperceuz; si vous pri que vous, pour l'amour de nous et pour dou nostre, vous penssez de hâter laditte besoiyne en tele manière que nous en apercevions proichienemenl; et le faites si saigement que nus ne s'en aperçoive : quar trop est granz etpuissans dame la persone pour cui ce est, et nous et vous en porriens eslre destruit qui le sauroit. Et se Tenaille n'a parlé a vous de ceste chose, si vous travaillez jusques a nous, et nous le vous deviserons; et se po avez de ce que nous vous avons anvoié parle dit T., nous vous baillerons ce que il vous plaira entie[r]ement, quar trop nous tarde que ceste chose soit acomplie. Penssez de ceste chose hâter. Diex vous gart. Metez ceste lettre ou feu quant vous l'auroiz leue ' .
L'évêque avait-il vraiment écrit cette lettre, dont les termes le compromettaient ouvertement^? Avec son écriture, un peu moins ferme et moins déliée que l'écriture courante des scribes, le billet offre bien un caractère personnel et authentique, et l'on voit encore au dos l'empreinte du cachet dont il était clos. Mais est-il besoin de dire que, si des ennemis de Guichard, pour assurer sa perte, fabriquèrent la lettre, ils en faussèrent d'abord l'écriture et tous les caractères extérieurs? Pour nous, Guichard ne l'a point écrite : les termes en sont trop peu confidentiels et l'évêque s'y compromet trop grossièrement; on peut se demander enfin, si la lettre était vraie et fut reconnue telle, pourquoi l'accusation, ainsi clairement prouvée, n'eut pas de suite, pourquoi Guichard ne fut pas condamné.
L'évêque, affaissé sous le scandale, était encore en butte aux poursuites pécuniaires de la reine; en 1303, vers Pâques, Enguerrand de Marigny était occupé à faire l'inventaire des biens de Guichard ^ ; la reine faisait couper ses bois et exploiter ses pro-
1. Arch. Nat., J. 206, n° 4. Orig. scellé, parchemin. — Publié par C. Piton, A propos des accusateurs des Templiers {Revue de VOrient latin, 189b, n» 3).
2. M. C. Piton, se fondant sur les caractères intrinsèques de la pièce, croit pouvoir l'affirmer, et conclure à la culpabilité de l'évêque.
3. Dépos., II, 26, Jean Garnier. ■ — Faut-il rapporter cet inventaire des biens de l'évêque à une enquête plus générale qui fut faite vers cette époque? (Arch. Nat., J. 206, n" 3) ; « Ce est l'estimation de la valour des
AFFAIRE DE JEAX t)E CALAtS
priétés 1, tirant ainsi de lui la valeur de quarante mille livres tournois ~.
L'évêque cependant n'était pas homme à rester inactif : il mettait k se réhabiliter le même acharnement que ses ennemis à machiner sa ruine.
Il avait d'abord pensé que, la reine de Navarre morte, il lui serait plus facile de retrouver son crédit ^ : il essaya donc, par l'intermédiaire de ses amis dans l'entourage royal, de rentrer au conseil; il ne put y parvenir^ : l'obstacle venait de la reine. Alors, refoulant sa haine croissante, il se ht souple, il tenta un rapprochement; plusieurs personnes s'entremirent encore, mais en vain, pour le faire rentrer en grâce auprès d'elle : elle était dégoûtée de lui
La réconciliation était désormais impossible. Guichard ne voulut pas du moins s'avouer coupable : la condamnation, c'était, avec la ruine, sa confusion et son discrédit perpétuels ^. Il s'efforça donc de contrarier le procès intenté contre lui, de neutraliser les témoignages produits dans l'affaire de Jean de Calais, soit en leur en opposant d'autres, soit en retournant les premiers. Il y eut là un emmêlement d'intrigues obscures où la vérité et la suite des faits sont difficiles à saisir
« possessions et des rentes que les personnes d'église de la baillie de (( Troyes ont et pcvent avoir en ladite baillie, selon l'information faite sus ce « liasteenient et secreement dou mandement le roy fait et envoyé au bailce lif de Troj es » (sans date).