‹ Le procès de Guichard, évêque de Troyes (1308-1313)Chapitre 88 sur 267 · Aube, arr. et de Nogent · texte numérisé non relu

Aube, arr. et de Nogent

LES DÉPOSmOAS

sir son cheval, qu'il ne voulait pas qu'il s'enfuît, que le lendemain, Regnaud se mettrait en route pour aller chez dame Marie; et il demanda à l'ermite s'il avait toujours son étui. L'ermite dit que non, qu'il l'avait oublié dans sa malle k Villadin ; Guichard repartit qu'il l'enverrait chercher, mais que l'ermite ne se sauverait pas et qu'il partirait dès le lendemain.

Regnaud obtint pourtant de revenir le lundi suivant; mais il dut laisser son bréviaire en gfag-e à l'évêque. Par-devant le doyen de Yillemaur et d'autres personnes, dans la salle de son hôtel, Guichard lui dit qu'il devait s'amender pour avoir donné des bénédictions nuptiales à l'ermitage, et l'assigna pour le lundi suivant ; il ordonna au doyen de retenir en gage le bréviaire de l'ermite et de lui faire jurer qu'il reviendrait au jour fixé.

Mais l'ermite, ne voulant pas plus longtemps obéir à l'évêque, sortit du diocèse de Troyes et s'en vint à Sens où il se confessa secrètement de toutes ces choses ; puis, ayant pris conseil de personnes d'expérience, il révéla tout, sans confession, aux gens de monseigneur le roi; et jamais il ne revint plus chez l'évêque ^

Après ces révélations, toute cette longue histoire que l'ermite racontait, pleine de souvenirs précis, mêlée de traits naïfs, de détails frappants et singuliers, il semblait qu'on ne pût douter que l'évêque fût coupable, et que la mort de la reine, si rapide, inexpliquée encore, eût été l'effet de ces maléfices enveloppés de mystère

Les apparences du moins étaient contre Guichard. On avait vu la sorcière chez l'évêque, à Troyes et à Aix. Les rapports de Guichard avec l'ermite avaient été publics : Feliset, le valet de l'ermite, lui avait apporté trois fois des lettres closes de l'évêque et était allé trois fois à Aix avec Regnaud ; le barbier de l'évêque avait vu environ huit fois, le chambellan, quatre ou cinq fois, l'ermite à Aix dans la maison épiscopale ; enfin, le doyen de Vil-

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