‹ Le procès de Jeanne d'Arc, ou, Le jury littéraire parodie-vaudeville en un acteChapitre 2 sur 18 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

BETEFORT , Madame BÊTEFOUT.

BÉTEFOPvT.

Mon, dieu î mon dieu ! ma femme î quel désordre dans noire cabinet de lecture^ et surtout dans no» Journaux !l, vous mettez la Quotidienne sur le Constitutionnel , je crois prendre le Journal des Débats , je tombe sur le Libéral ; le Journal de Paris est caché sous le Moniteur ^^m diable voulez vé'us C[ui l'aille chercher là !

MADAME BETEFOUT.

(Vos Journaux me bouleversent la cervelle,

BÉTEFOFiT.

Il faut faire attention ! dans une maison telle que la nolTe ! songez donc qu'il ne vient ici que des gens comme il faut.,, toutes personnes qui savent lirel

MADAME BETEFORT.

'Aussi j'ai nettoyé la bibliothèque. ... . il j avait joliment ^ poussière sur nos romans anglais.

BETEFORT.

Vous avez bien fait de les épousseter... vous savez bien que je jis d'origne anglaise , que j'ai quitté mon pays pour venir <:ablir un cabinet de lecture au Palais-Royal, oii quelques-unes c mes pratiques ont traduit mon nom de Bêtefort en celui de ortbêle; mais je liens au premier , mon établissement prosre..... pourvu quêta liberté de la presse ne vienne pas lowt iHruire.

MADAME BÉTEFORT.

Elle ne peut que faire du bien... surtout aux Journaux ) je crois qu'ils vont eu dire de belles!

BÉTEFORT.

Ils nous en promettent , du moins.

Air: Sans vttntif.

Leur lâche eâtpliii difficile:

Il leur faudra maintenant Annoncer, dan» chaque ville, Ce qui se fait de piquant , De tout ils devront insirnirej Et , ce qui sera plus beau, Chaque jour ils devront dire Quelque choie de nouveau :

Sans mentir , Ils n'y pourront pa» tenir,

MADAME DÉTEFORT.

Et qu'est ce que cà^fail ? pourvu qu'il y ait du scandait;

BETEFORT.

Air : Tôt^ tôt battez chaud.

Je ne pcn«e pas comme toi ; Ma femme, depuii» qu'une loi Vient de supprimer la censure, Chacun a la plume à la main:

Je prévois un fâcheux destin Four mon cabinet de lecture.

Si tout \e mou'le enûu j

"Va se mêler d'écrire, On n^aura plus le temp6 de lire.

MADAME BETEFORT.

îsTous allons voir des brochures de toutes les couleurs.

Air : P^ent brûlant d'Arabie.

Que d'œuvrps littérai.-e»

Chaque jour paraîtront !

Désormais les libraires Sans cesse im[)rini(ront Livr^'s de toute rsj<t;ce.

liÈTElOI'.T.

Hélas ! de c<'l alms , Ya , ce n'est pas la presse Qui gémira le plus.

MAJ3AME BETEFORT Ali ça , «H propos î

Air: Songez donc qne.vous êtes vîenxl Mais , nioti clier mari , diles moi , Les femmes, avec assurance, Pourront-elles, grâce k la loi, Iniprinaer leur coviesponilanoe?

Quand nous voudrons à nus araifr Ecrire deux mou de tendresse, l^es billets doux sont-ils compris Dans la liberté de la presse.

BÉTEFORT.

Du font ! du tout î il y nura lonjours la censure des maris... Diable ! il ne manquerait plus que cela.

Mad«. BÉTEFORT.

Ça vous serait bien égal , à vous , qui ne savez jamais ce qui se j)asse chez vous.

Ah ! je ne le sais jamais! c'est bon k savoir ; eh bien , moi ^ je vous apprends que j'ai loué mon cabinet de lecture putr y ^ tenir un jury littéraire.

Mad«. BÉTEFORT.

Un jury litte'raire ?

BÉTEFORT.

Il s''agit, k ce qu'il parait, d'un propriétaire très-connu de la. rue de Richelieu, Monsieur Jacques Dumollet , grand-maître de? Templiers , qui prétend qu'on l'a dévalisé complètement» L'autre jour , il arrive dans son hôtel , il fait sa visite... au premier , il ne dit pas grand'chose ; au second , il retrouve presque tous ses effets ; au troisième , il se fâche j au quatrième et au cinquième, il est au comble de la fureur : il a fait dresser cinq actes d'accusation et il va faire juger et condamner Mademoiselle Jeanne d'Arc j et ça m'amasera,

Mad . BÉ TEFOilT.

Comment I c'est...

Air: J'aime ce mot de gentillesse»

Eb quoi! Jeanne d'Arc pourrait-elle , Trouver en France un ennemi ? *

Non, de cette Vierge immortelle L'honneur ne peut être terni.

Sou front, qu'embellit la décence, Est parc d'une double fleur; C'est la rose de PinnocencCj Et le laurier de ia MiUnr.

BETEFORT.

Je suis bien de votre avis.

Mad''. BETEFORT.

Air : Tenez , moi, Je suis un hon'homme»

Ab ! pour détourner la sentence , Jeanne , je paraîtrai partant, Et j'embrasserai ta défeace,

BETEFORT.

Vous n'embrasserez rien du tCîit,

Madame BETEFORT.

Déjà, dans l'ardeur qui m'enflamme,' Je déclame...

BETEFORT.

Vcu» oubliez, '■

Lorsque vous déclamez, uia femme,.

Que c'est comme si vous cbaniiez.

Mad^ BETEFORT.

C'est vrai 1 ali ! Dieu !

BETEFORT.

Diable, voilà comme vous êtes.- vous pleurez toujours, vous \

déCendez tout le monde et ça ne sert à rien 5 qu'est-ce que j'en- i

tends. I

( U Orchestre joue lair du Mirliton,)

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