SCENE PREMIERE
BETEFORT , Madame BÊTEFOUT.
BÉTEFOPvT.
Mon, dieu î mon dieu ! ma femme î quel désordre dans noire cabinet de lecture^ et surtout dans no» Journaux !l, vous mettez la Quotidienne sur le Constitutionnel , je crois prendre le Journal des Débats , je tombe sur le Libéral ; le Journal de Paris est caché sous le Moniteur ^^m diable voulez vé'us C[ui l'aille chercher là !
MADAME BETEFOUT.
(Vos Journaux me bouleversent la cervelle,
BÉTEFOFiT.
Il faut faire attention ! dans une maison telle que la nolTe ! songez donc qu'il ne vient ici que des gens comme il faut.,, toutes personnes qui savent lirel
MADAME BETEFORT.
'Aussi j'ai nettoyé la bibliothèque. ... . il j avait joliment ^ poussière sur nos romans anglais.
BETEFORT.
Vous avez bien fait de les épousseter... vous savez bien que je jis d'origne anglaise , que j'ai quitté mon pays pour venir <:ablir un cabinet de lecture au Palais-Royal, oii quelques-unes c mes pratiques ont traduit mon nom de Bêtefort en celui de ortbêle; mais je liens au premier , mon établissement prosre..... pourvu quêta liberté de la presse ne vienne pas lowt iHruire.
MADAME BÉTEFORT.
Elle ne peut que faire du bien... surtout aux Journaux ) je crois qu'ils vont eu dire de belles!
BÉTEFORT.
Ils nous en promettent , du moins.
Air: Sans vttntif.
Leur lâche eâtpliii difficile:
Il leur faudra maintenant Annoncer, dan» chaque ville, Ce qui se fait de piquant , De tout ils devront insirnirej Et , ce qui sera plus beau, Chaque jour ils devront dire Quelque choie de nouveau :
Sans mentir , Ils n'y pourront pa» tenir,
MADAME DÉTEFORT.
Et qu'est ce que cà^fail ? pourvu qu'il y ait du scandait;
BETEFORT.
Air : Tôt^ tôt battez chaud.
Je ne pcn«e pas comme toi ; Ma femme, depuii» qu'une loi Vient de supprimer la censure, Chacun a la plume à la main:
Je prévois un fâcheux destin Four mon cabinet de lecture.
Si tout \e mou'le enûu j
"Va se mêler d'écrire, On n^aura plus le temp6 de lire.
MADAME BETEFORT.
îsTous allons voir des brochures de toutes les couleurs.
Air : P^ent brûlant d'Arabie.
Que d'œuvrps littérai.-e»
Chaque jour paraîtront !
Désormais les libraires Sans cesse im[)rini(ront Livr^'s de toute rsj<t;ce.
liÈTElOI'.T.
Hélas ! de c<'l alms , Ya , ce n'est pas la presse Qui gémira le plus.
MAJ3AME BETEFORT Ali ça , «H propos î
Air: Songez donc qne.vous êtes vîenxl Mais , nioti clier mari , diles moi , Les femmes, avec assurance, Pourront-elles, grâce k la loi, Iniprinaer leur coviesponilanoe?
Quand nous voudrons à nus araifr Ecrire deux mou de tendresse, l^es billets doux sont-ils compris Dans la liberté de la presse.
BÉTEFORT.
Du font ! du tout î il y nura lonjours la censure des maris... Diable ! il ne manquerait plus que cela.
Mad«. BÉTEFORT.
Ça vous serait bien égal , à vous , qui ne savez jamais ce qui se j)asse chez vous.
Ah ! je ne le sais jamais! c'est bon k savoir ; eh bien , moi ^ je vous apprends que j'ai loué mon cabinet de lecture putr y ^ tenir un jury littéraire.
Mad«. BÉTEFORT.
Un jury litte'raire ?
BÉTEFORT.
Il s''agit, k ce qu'il parait, d'un propriétaire très-connu de la. rue de Richelieu, Monsieur Jacques Dumollet , grand-maître de? Templiers , qui prétend qu'on l'a dévalisé complètement» L'autre jour , il arrive dans son hôtel , il fait sa visite... au premier , il ne dit pas grand'chose ; au second , il retrouve presque tous ses effets ; au troisième , il se fâche j au quatrième et au cinquième, il est au comble de la fureur : il a fait dresser cinq actes d'accusation et il va faire juger et condamner Mademoiselle Jeanne d'Arc j et ça m'amasera,
Mad . BÉ TEFOilT.
Comment I c'est...
Air: J'aime ce mot de gentillesse»
Eb quoi! Jeanne d'Arc pourrait-elle , Trouver en France un ennemi ? *
Non, de cette Vierge immortelle L'honneur ne peut être terni.
Sou front, qu'embellit la décence, Est parc d'une double fleur; C'est la rose de PinnocencCj Et le laurier de ia MiUnr.
BETEFORT.
Je suis bien de votre avis.
Mad''. BETEFORT.
Air : Tenez , moi, Je suis un hon'homme»
Ab ! pour détourner la sentence , Jeanne , je paraîtrai partant, Et j'embrasserai ta défeace,
BETEFORT.
Vous n'embrasserez rien du tCîit,
Madame BETEFORT.
Déjà, dans l'ardeur qui m'enflamme,' Je déclame...
BETEFORT.
Vcu» oubliez, '■
Lorsque vous déclamez, uia femme,.
Que c'est comme si vous cbaniiez.
Mad^ BETEFORT.
C'est vrai 1 ali ! Dieu !
BETEFORT.
Diable, voilà comme vous êtes.- vous pleurez toujours, vous \
déCendez tout le monde et ça ne sert à rien 5 qu'est-ce que j'en- i
tends. I
( U Orchestre joue lair du Mirliton,)