LIVRE DEUXIÈME
n Le rassemblement diminue et devient moins inquiétant, » répondit l'officier.
Mais la panique empreinte sur presque tous les visages gagna le président; il entendit même le contraire des paroles de M. Lavocat. Il interrompit soudain le commissaire de la chambre des députés , et dit :
(( Je suis informé par le chef de la force armée qu'il n'y a plus de sûreté pour nos délibérations. La séance est levée*. »
Les accusés furent ramenés dans leur prison ; les pairs se retirèrent; mais la foule ne se dispersa que fort tard dans la soirée, et après qu'on eut opéré un certain nombre d'arrestations. Cette foule, qui interrompait ou ralentissait la circulation aux abords du palais, était menaçante. On y remarquait des figures sinistres, des hommes débraillés qui menaçaient du poing les équipages. Plusieurs pairs furent insultés,
1. Tels sont les détails ignorés jusqa'ici de la seule circonstance dans laquelle la chambre des pairs, darant ces jours orageux, ait manqué dUntrépidité, ce qui peut s'expliquer d'ailleurs par la fatigue que six longues séances avaient imposée aux juges, presque tous ayant dépassé soixante-dix ans et quelques-uns octogénaires. M. de Lafayette se montra très irrité de cette levée intempestive de la séance; néanmoins, le soir, dans une conférence tenue rue d'Anjou, M. Mole n'était pas le seul à penser qu'il serait prudent de reculer indéfiniment le jugement. Heureusement, le baron Pasquier, déjà remis de son alerte, exprima un avis contraire et sa fermeté prévalut.
leurs voitures souillées de terre et de boue. Néanmoins, on n'eut à déplorer aucun accident grave, et la soirée s'acheva paisiblement; mais en prévision de la journée du lendemain, durant laquelle la cour des pairs devait reqdre son arrêt, le gouvernement avisait cette nuit môme aux mesures à prendre pour maintenir la sécurité publique, assurer au tribunal suprême la liberté de ses délibérations et protéger la vie des accusés.