‹ Le procès des ministresChapitre 125 sur 151 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

tard et de mettre les anciens ministres à Tabri de ses fureurs.

H. de Montaliyet alla trouver le général Lafayette ; il voulait savoir, avant de recourir à de nouvelles combinaisons, si le général ne pouvait revenir par quelques dispositions nouvelles au plan arrêté la veille et qu'il avait pris sur lui de modifier. Cette entrevue fut courte. Le général convenait que la substitution de la garde nationale à la troupe de ligne dans l'occupation des jardins était une innovation assez grave; mais elle lui paraissait sans danger, et il en prenait la responsabilité.

(( Les gardes nationales de la banlieue, dit-il, ont demandé à être chargées de veiller à la sécurité des accusés. J'ai cru devoir faire droit à leur réclamation. On ne pouvait leur refuser ce poste d'honneur, sans leur manifester une défiance indigne de leur énergie et de leur dévoûment. »

M. de Montalivet ne voulut pas récriminer. Sa défiance n'était que trop justifiée, à l'égard de ces légions de la banlieue, les plus exaltées de toutes, dans leur haine contre M. de Polignac. Hais il connaissait M. de Lafayette et sa faiblesse en présence des entralnemens populaires : il le voyait d'ailleurs entouré d'une pléiade de républicains ardens : Gui-

Dard, Godefroy GavaigDac, Bastide, Boiovilliers, Cheyalloz, ÂrDold Scbeffer, en qui les légions de la banlieue trouvaient de fougueux défenseurs. Il s'éloigna donc; puis, avec Fesprit de résolution qui lui était propre, il s'arrêta au parti de procéder par Taudace et d'agir seul avec les ressources dont il disposait. Il ne devait plus compter sur le général Lafayette. H. Pasquier, dont les conseils lui eussent été si précieux en ce moment, était à son poste, prêt à dominer le danger, s'il se présentait, mais impuissant à le conjurer.

M. de Sémonville, le grand référendaire de la chambre des pairs, après avoir protesté intérieurement contre les mesures du général Lafayette, avait jugé que le plan de la veille ayant été modifié, il ne lui restait plus rien à faire qu'à attendre dans ses appartemens que le gouvernement eût arrêté un plan nouveau. Il attendait. H envoyait d'ailleurs fort exactement à M. Pasquier des petits billets pour le tenir, — quart d'heure par quart d'heure, — au courant des événemens. Mais il n'engageait pas autrement sa responsabilité, et, loin de se mettre en rapport avec le ministre de l'intérieur, il n'eut avec lui aucune communication, ni directe, ni indirecte, après leur entrevue de midi et demi. Seulement, comme il sen-

Page 1