‹ Le procès des ministresChapitre 129 sur 151 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

quelques groupes, mais nulle trace d'exaltation. Il arriva ainsi sur la place de Grève où la scène changea tout à coup. Là, les groupes étaient serrés, compactes, animés, presque violens. Gomme sa voiture essayait de les traverser, un individu que le ministre ne connaissait pas, mais qu'il crut être un agent de police, s'approcha et lui objecta qu'en allant plus loin, il s'exposait à un réel danger. 11 mit pied à terre, et, s'avançant parmi la foule, il continua son enquête jusque sur le Pont-Neuf, où, tandis qu'il écoutait les paroles menaçantes pour le gouvernement, proférées à quelques pas de lui par des furieux, une corde de réverbère, touchant tout à coup son front, fit surgir dans sa pensée le souvenir de l'un des plus sinistres épisodes de la révolution et le ramena au sentiment du péril auquel l'exposait sa témérité, s'il était reconnu.

Au cours de ces dramatiques incidens, tandis qu'autour du palais, la garde nationale et la police contenaient les flots pressés d'une population arrachée à toutes ses habitudes, exigeante et cruelle comme les foules, la cour des pairs, retirée dans la salle du conseil, délibérait. L'appel nominal avait constaté la présence de cent soixante et un pairs, c'est-à-dire de tous ceux qui avaient assisté à la der-

nière audience, sauf un seul qui s'était trouvé mal à deux reprises. La délibération de ces courageux vieillards fut laborieuse. Le président dut interroger successivement tous les juges sur chacun des accusés. Cent trente-six voix contre vingt-quatre les proclamèrent tous les quatre coupables de trahison. En dépit du réquisitoire, la cour avait décidé qu'il n'y aurait que cette seule question posée et que les autres chefs d'accusation seraient abandonnés. L'application de la peine fut longue à déterminer. En ce qui touchait le prince de Polignac, cent vingt-huit voix se prononcèrent pour la déportation, vingt-huit pour la prison perpétuelle, accompagnée de l'interdiction légale, et quatre seulement pour la peine de mort. Ces quatre voix ne se retrouvèrent pas pour les autres accusés, contre lesquels la majorité décréta la détention perpétuelle et la minorité la déportation.

Au moment où le président Pasquier faisait connaître à la cour le résultat de la délibération sur M. de Polignac, il fut informé que les anciens ministres venaient de partir sans encombre pour Yincennes. Cette nouvelle le tira d'une anxiété d'autant plus cruelle que les petits billets qu'il recevait tous les quarts d'heure de M. de Sémonville ne lui avaient

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