‹ Le procès des ministresChapitre 141 sur 151 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

son commandement sans phrases. On sait qu'il devait l'exercer avec fermeté et dans une sorte d'obscurité volontaire, plus propre à maintenir et fortifier la discipline que ne le pouvaient les verbeux jet éclatans discours du héros de l'indépendance américaine. C'est le 26 décembre, à sept heures du matin, que Paris apprenait, sans trouble, le péril qu'il avait couru et la nomination qui conjurait ce péril.

C'est ainsi que fut résolument close la crise du procès des ministres. Le règne de Louis- Philippe était destiné à connaître d'autres épreuves. Dès ce moment, on pouvait les prévoir, mais aussi les attendre sans faiblesse, car les péripéties de la première, la plus redoutable, venaient de mettre en évidence le courage du roi et de sa famille et la fermeté des hommes ralliés sans arrière-pensées à sa cause devenue la cause de tous les Français, épris au même degré de sécurité et de liberté.

Au moment même où, par la nomination du comte deLobau, se dénouait la crise, le 28 décembre, à deux heures du matin, les anciens ministres de Charles X quittaient le château de Yincennes pour être dirigés sous bonne escorte sur le fort de Ham,'où ils devaient subir leur peine. Us firent le voyage dans deux voitures. Le prince de Polignac et M. de Ghantelauze

occupaient la première avec le commandant de Ham; MM. de Peyronnet et de Guernon-Ranyille avaient pris place dans la seconde avec le colonel Layocat et l'un des aides-de- camp du ministre de la guerre. Grâce aux mesures adoptées pour protéger leur route, le voyage s'accomplit paisiblement. On n'eut d'alerte qu'à Gompiègne, où l'attitude de la population obligea les conducteurs à traverser la ville au galop.

La captivité des condamnés dura six ans et ne laissa pas d'être rigoureuse. Pressée d'y mettre un terme, c'est seulement aux mois d'octobre et de novembre 1836 que la clémence royale, retenue jusque-là par d'implacables nécessités politiques, put accorder leur grâce aux quatre ministres, sans leur imposer d'autres conditions que celles d'une retraite absolue, aggravée pour H. de Polignac d'un bannissement de vingt ans, justifié par la peine de la mort civile prononcée contre lui, mais auquel la courageuse amnistie de 1837 mit subitement un terme.

Ils vécurent, dès ce moment^ obscurs et ignorés , M. de Ghantelauze à Lyon, où il s'éteignit en 1859; M. de Peyronnet à Montferrand , près de Bordeaux, où une attaque d'apoplexie l'enleva en 185i ; M. de Guemon-Ranville aux environs de Gaen. Des quatre

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