‹ Le procès des ministresChapitre 43 sur 151 · LIVRE PRb:MIE · texte numérisé non relu

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plan. Le général duc de Hortemart^ ambassadeur en Russie, était un esprit indépendant, libéral, jouissant d'un certain crédit auprès des chefs de l'opposition. En congé aux environs de Versailles quand l'insurrection avait éclaté, il se trouvait depuis vingt-quatre heures à Saint-Cloud. Le matin même, il s'était efforcé d'arracher au roi les concessions auxquelles ce dernier venait enfin de se résoudre : n Messieurs, ajouta .le roi, on m'impose l'obligation de renvoyer les ministres qui ont toute ma confiance et toute mon affection pour en prendre d'autres qui me sont donnés par mes ennemis. Me voilà dans la position où était mon malheureux frère en 1792; j'aurai seulement sur lui l'avantage d'avoir moins longtemps isouffert : en trois jours, tout aura été terminé avec la monarchie. Quant au monarque, sa fin sera la même. Puisqu'il le faut, je vais faire appeler le duc de Mortemart et l'envoyer à Paris; je le plains de s'être attiré la confiance de nos ennemis. S'il a eu des torts, en voilà une punition bien cruelle. Chacun a ses chagrins ; un de ceux que je sens le plus vivement, c'est cette cruelle séparation. »

Ayant prononcé ce discours les larmes aux yeux,

1. Né à Paris en 1787, mort en 1875, pair de France et sénateur de Pempire.

le roi rentra dans son cabinet où le duc de Mortemart reçut l'ordre de se rendre :

ce Vous aviez raison, lui dit Charles X en faisant allusion aux avis que M. de Mortemart avait fait entendre le matin, la situation est plus grave que je ne pensais; mais on croit qu'un ministère dont vous serez le chef peut tout arranger et je vous nomme président du conseil avec faculté de composer un ministère où vous pourrez faire entrer le général Gérard et M. Casimir Perier. »

Le duc de Mortemart commença par résister, en énumérant les motifs qui ne lui permettaient pas d'accepter le pouvoir en ce moment. Mais le roi ne voulut pas l'entendre et, pour vaincre son refus, il lui mit dans les mains l'ordonnance de sa nomination à la présidence du conseil en ajoutant :

c( Maintenant, aurez- vous la barbarie de me la rendre? »

M. de Mortemart ne put rester insensible à ce trait et accepta cette périlleuse et tardive mission. L'ordonnance qu'il venait de recevoir était contre-signée par M. de Gbantelauze, M. de Polignac ayant refusé sa signature. A dater de ce moment, le cabinet du 8 août cessait d'exister. Ses membres restaient donc libres de songer à leur sûreté.

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