‹ Le procès des ministresChapitre 48 sur 151 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

cause que son imprévoyance avait perdue, le roi répondit :

« Partez, je vous l'ordonne; je ne me souviens que de votre courage, et je ne vous accuse pas de notre malheur. Notre cause était celle de Dieu, celle du trône et de mon peuple ; la Providence éprouve ses serviteurs et trompe souvent les. meilleurs desseins dans des vues supérieures à nos courtes vues ; mais elle ne trompe jamais les consciences droites. Rien n'est perdu encore pour ma maison. Je vais combattre d'une main et transiger de l'autre ^ »

Puis le roi engagea M. de Polignac à se rendre en

1. Dans ces accens, M. do Polignac retrouvait l'écho de sa propre pensée. « Notre cause était celle de Dieu ! » lui disait le roi. Cette phrase, empreinte de ce roysticisme cher à Charles X, contient en germe tout le coup d'état et devait plaire au ministre qui attendait de la sainte Vierge les secours dont il avait besoin pour conjurer les périls accumulés par lui autour du trône de Charles X. U n jour, aux Tuileries, le duc de Guiche, menin du dauphin, envoyé par le prince auprès du roi, prit sur le fait ce fatal élément de tant de ruines et de résolutions absurdes, en entrant dans le cabinet du roi, oCi celui-ci avait reçu pour son travail habituel le prince do Polignac, président de son conseil. Le roi et son ministre y étaient à genoux non loin i*un de Pautre, et tellement absorbés dans une sorte d'extase, que leur attention ne fut nullement attirée par le bruit fort discret d'ailleurs du duc de Guiche. Celui-ci se retira comme il était entré, et ce dévoué serviteur du roi, dont le bon sens repoussait toute idée d'un coup d'état, faisait le soir même, dans le salon du duc Decazes, confidence des inquiétudes que fortifiait en lui la vue de la prière muette dont il avait été par hasard le témoin. — {Docu" mens inédits communiqués à Vauteur.)

Angleterre, en passant par la Normandie. Il ajouta que, voulant le placer sous la protection d'un homine sûr, éprouvé et dévoué à la cause royale, il lui avait choisi pour compagnon, durant le trajet qui sépare Trianon de la Manche, le comte de Semallé, un de ses amis personnels, qui avait accepté cette périlleuse mission. M. de Semallé % ancien page de Louis XVI, gentilhomme honoraire du roi Charles X, mêlé à la plupart des événemens qui avaient marqué les deux restaurations, mais vivant depuis longtemps loin de la cour, était accouru auprès du roi à la première nouvelle des périls qui menaçaient la couronne.

On avait utilisé d'abord son dévoûment, en l'envoyant à Évreux, afin qu'il en ramenât les régimens de la garde en garnison dans cette ville. M. de Semallé s'était acqviitté de cette mission ; puis, après en avoir rendu compte à Charles X, et lui avoir appris que ces régimens avaient dû s'arrêter à Saint-Germain, le pont de Neuilly se trouvant au pouvoir de l'émeute, il était allé, conformément aux désirs du roi, attendre à Versailles qu'il convint à ce dernier de recourir de nouveau à son zèle. Le 31 juillet, il se

i. Né à Mamers ea 1772, mort en 1863. On trouvera aux pièces historiques n^ 2 une curieuse notice sur M. de Semallé.

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