LIVRE PREMIER
qui donnait des ordres à la personne qui le servait.
Au matin, il vit M""® de Saint- Fargeau ; elle partait pour Granville. Il l'accompagna malgré elle et dut, pour lui obéir, avoir Tair de ne pas la connaître. Au retour, il manifesta le désir de la suivre jusqu'à Saint-Jean. Elle n'y fit d'abord aucune objection. Mais, à l'entrée du chemin qui mène dé la route de Granville à Avranches à Saint-Jean-Ie- Thomas, elle lui déclara qu'elle ne pourrait le recevoir, qu'il devait continuer son voyage vers Avranches, et ne pas entraver par sa présence les démarches auxquelles elle se livrait pour assurer le départ de M. de Polignac. Elle fit môme allusion à la responsabilité que M. de Semallé assumerait s'il ne se conformait pas à sa volonté.
(( Eh! madame, s'écria alors ce dernier, je sais fort bien que M. de Polignac est au presbytère de Saint- Jean-le-Thomas, je ne sais pourquoi vous me l'avez caché; mais, puisque vous parlez de responsabilité, permettez-moi de vous laisser celle d'une situation que je n'ai pas créée et à laquelle je ne comprends rien. »
Il prit congé d'elle sur ces mots, continua son chemin vers Avranches et sa terre de Ducey, d'où il repartit bientôt. C'est à Argentan qu'il apprit l'arrestation de M., de Polignac. Ainsi, après avoir courageusement
accompli sa mission et remis l'ancien ministre en des mains qu'il croyait sûres, il avait la douleur de voir échouer ses efforts.
Que s'était-il donc passé après son départ pour Saint-Lô et quelles raisons avaient retenu le fugitif sur le continent et au presbytère de Saint- Jean-le-Thomas, du 8 au 15 août? La relation du comte de Semalié, d'après laquelle nous avons rédigé le récit de la fuite de M. de Polignac, ne répond pas à cette question et nos recherches pour la résoudre sont restées infructueuses. Ce qui parait certain, c'est que plusieurs personnes s'étaient intéressées au personnage inconnu que M"* de la Martinière et M"* de Saint-Fargeau cherchaient à faire
fuir.
Parmi elles se trouvait M. Gaslonde , receveur principal des douanes à Granville. II disposait , en raison de ses fonctions, de moyens exceptionnels. II s'offrit à faire embarquer l'ancien président du conseil, et ce dernier accepta son offre. Il passa même une journée à la Faisanderie, petite terre appartenant à M. Gaslonde; mais durant ces quelques heures, des défiances avaient commencé à s'éveiller contre celui-ci parmi la garde nationale de Granville : il se savait l'objet d'une surveillance spéciale ; il