‹ Le procès des ministresChapitre 63 sur 151 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

n'éveillât les soupçons du batelier. Elle partit ensuite par la diligence qui l'avait amenée. M. de Polignac l'attendait à Saint-Jean-le- Thomas.

Elle revint à Granville, durant la nuit, dans une voiture particulière dont il occupait le siège. Elle s'installa avec lui chez l'aubergiste Le Pelletier. Mais M. de Polignac sortit au lever du soleil et ne rentra que le soir. A dix heures, M. Leclère ramena M*"^ de Saint-Fargeau à l'hôtellerie. Elle avait passé la soirée chez lui, avec sa femme, personne spirituelle et distinguée qui occupait dans la société granvillaise une haute situation. Gomme il venait de prendre congé de la marquise , l'aubergiste Le Pelletier, qui se trouvait sur la porte de son établissement avec quelques personnes, lui dit :

(( Je ne sais si cette dame s'appelle M"** de Saiat- Fargeau; mais, pour sûr, l'individu qui est avec elle n'est pas un domestique, c'est plutôt un personnage important. Il parle à merveille, il a des mains d'aristocrate, il met des gants pour cirer les chaussures de sa maîtresse ; c'est peut-être Polignac.

— J'affirme que la dame est bien la marquise de Saint-Fargeau, répliqua M. Leclère ; quant au domestique, je ne le connais pas et je n'en peux répondre. »

Puis il s'éloigna.

Mais il n'était pas le seul à qui Le Pelletier eût fait part de ses doutes : bientôt, le bruit se répandit que le prince de Polignac était dans la ville. Vers minuit, une trentaine de gardes nationaux rassemblés autour de la maison menaçaient de l'arrêter. Le commissaire de police, arrivant à son tour, fut accueilli par ces mots :

« C'est Polignac I interrogez-le. »

M"* de Saint-Fargeau et M. de Polignac entendaient ces rumeurs de la cbambre dans laquelle ils se trouvaient et où le commissaire se présenta bientôt. La marquise protesta contre les insinuatiens dont elle était l'objet, montra son passeport régulièrement visé ; mais quand le magistrat eut vu et interrogé le prétendu domestique, il fut frappé de sa distinction , de son accent , de son gi*and air, de tous les traits qui trahissaient chez M. de Polignac l'homme de vieille race et le personnage de cour. Il lui demanda son nom, et, comme le prince déclarait se nommer Pierre Pierrot et être bien réellement au service de M"** de Saint-Fargeau, le commissaire de police répondit :

(( Je n'en crois rien ; vous n'avez pas de papiers, je suis obligé de vous arrêter. »

M. de Polignac passa la nuit à la maison d'arrêt.

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