‹ Le procès des ministresChapitre 88 sur 151 · LIVRE DEUXIÈME. ii · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME. ii

divers quartiers de Paris. II y eut de terribles menaces adressées, sous cette forme, aux prisonniers de Yincennes. o Un fleuve de sang les entoure, disait un pamphlet; le peuple en armes en garde les bords; ils ne le franchiront jamais. »

Le 17 octobre, ces provocations ardentes se transformèrent et prirent bruyamment possession de la rue. En revenant de Versailles, où il avait passé en revue la garde nationale du département de Seineet-Oise, le roi trouva aux abords du Palais-Royal, qu'il habitait encore, une foule furieuse qui demandait à grands cris la tête des ministres, déjà traduits devant leurs juges. Repoussée par les troupes de service, elle alla promener ses colères dans les quartiers environnans.

Elle revint le lendemain plus nombreuse et plus excitée, poussant les mêmes vociférations; dissipée comme la veille, elle se rallia dans les faubourgs, qu'elle parcourut en tous sens, en criant : « A bas les ex-ministres! la tête de Polignacl Vive la république! » et en y recrutant des complices. C'est ainsi qu'elle se présenta dans la soirée au Palais- Royal, formant plusieurs bandes, insultant et menaçant le roi. Il fallut faire évacuer les cours et les galeries du palais, fermer les grilles, défendre même

contre ces énergumënes Taccës de la demeure royale et en arrêter plusieurs; mais les autres, loin d*étre apaisés ou découragés par leur défaite, devinrent plus tumultueux.

Tout à coup une voix domina le bruit, en criant : « A Yincennes I à Yincennes I » Ce bruit trouva un retentissant écho dans cette cobue affamée de vengeance et qui se dirigea sur-le-champ vers le château de Yincennes sous les ordres d'un homme à cheval S armée de fusils, de sabres, de bâtons ferrés, rangée autour d'un drapeau sur lequel étaient écrits ces mots : « Désir du peuple : Mort aux ministres! » et traînant à sa suite des femmes et des enfans en haillons.

Yers onze heures, l'émeute se présentait aux

1. Ce personnage se nommait Damoulin. H avait été officier d'ordonnance de Napoléon pendant les cent-Jours et avait combattu h Waterloo. C'était un homme de coup de main, qui, en 1830, pendant la bataille des rues, avait cherché, mais en vain, à ranimer le sentiment populaire en faveur de Napoléon II. Après avoir échoué, il 6*était attaché à Tétrange idée de faire décerner à Louis-Philippe le titre d'empereur en le plaçant sur le trône. Il existe à ce sujet un document curieux et authentique, qui, sans avoir beaucoup d'importance, donne une idée de la vitalité persistant; de la légende impériale à cette époque et de la force que devait y trouver la royauté nouvelle, non pas en acceptant un vain titre, mais en s'entoura nt des souvenirs et des noms illustres qui rappelaient le mieux une grande époque restée popluaire.

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