‹ Le procès des ministresChapitre 90 sur 151 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

cession ne pouvait porter que sur l'adresse de la chambre des députés contre la peine de mort, première cause de l'émeute, adresse que M. Odilon Barrot, préfet de la Seine, dans une proclamation empreinte de l'esprit le plus révolutionnaire, considérait déjà comme « une démarche inopportune, qui avait pu faire supposer qu'il y avait concert pour interrompre le cours ordinaire de la justice. »

Du débat qui s'engagea entre les ministres sortirent deux décisions. Aux termes de la première, le général Pajol, commandant la division militaire, reçut l'ordre de prendre toutes les mesures pour mettre en sûreté le château de Yincennes, et de dissiper, à l'aide de la garde nationale, tous les rassemblemens. A la suite de la seconde, le Moniteur publia une note qui réduisait à une parole vague l'engagement pris par les chambres et par le roi. Dans cette note, qu'il est impossible de ne pas considérer comme un acte de faiblesse, il était dit : « Le gouvernement, qui pense que l'abolition universelle et immédiate de la peine de mort n'est pas possible, pense aussi, après un e^^amen attentif, que, pour la restreindre» dans notre code, aux seuls cas où sa nécessité la rend légitime, il faut du temps et un long travail. »

C'était avouer qu'on n'introduirait aucun change-

ment dans les lois pénales avant le procès des ministres. A cette minute et dans cette concession, c'est la politique de M. de Lafayette et de M. Odilon Barrot qui l'emportait, politique plus naïve qu'habile et qui a permis à un contemporain de porter sur le second de ces personnages ce jugement si profond et si vrai, qui peut s'appliquer à l'un et à l'autre : « Lorsque M. Odilon Barrot parlait aux masses populaires, une disposition singulière de son esprit semblait le condamner à flatter les passions qu'il voulait combattre, et à leur donner sous forme de leçons des encouragemens à ne pas abdiquer ^ »

En triomphant, cette politique déjouait les généreuses intentions du roi et de ses conseillers ; elle ouvrait la crise ministérielle; elle trompait l'espérance de tous les hommes modérés et laissait planer la peine de mort sur la tête des anciens ministres de Charles X.

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