LIVRE DEUXIÈME
inaDdement suprême des gardes nationales de France, sapprimé par un vote de la chambre, et que M. Odilon Barrot un peu plus tard quitta la préfecture de la Seine, où son libéralisme imprudent et complaisant ne pouvait plus tenir contre le libéralisme plus habile et plus ferme de M. de Montalivet^
Il convient d'ailleurs d'ajouter que ni M. de Lafayette ni M. Odilon Barrot n'étaient partisans de la peine capitale. Eux aussi voulaient une solution plus humaine et souhaitaient que le sang ne fût pas versé ; mais leur erreur consistait à croire qu'on pouvait attendre la clémence de la générosité de la garde nationale et de la population de Paris. Mieux éclairé, le ministère était convaincu que la fermeté de son attitude pouvait seule avoir raison des passions qui commençaient à s'agiter autour de la cour des pairs. Au prix même de sa popularité, et sans la marchander plus que ne la marchandait le roi, qui se vouait tout entier à l'accomplissement de cette œuvre courageuse , il entendait résister à des exigences dont le triomphe eût déshonoré, en l'affaiblissant, le gouvernement de juillet et peut-être préparé sa chute.
1. Nous racontons dans los dernières pages de ce livre et d'après des documens inédits le rôcit détaillé de la démission du général de Lafayette, fort peu connu encore aujourd'hui, et qui fut alors un événement considérable.
Il trouvait des complices dans Timinense majorité de la haute assemblée qui riégeait au Luxembourg, nous aurions dit dans runaniroité, si cette unanimité n'eilt été détruite par la colère d'une douzaine de pairs acharnés contre M. de Polignac, résolus à le sacrifier, et allant jusqu'à prétendre que le sacrifice du principal accusé sauverait les trois autres.
A la chambre des députés, où les passions du dehors recrutaient des complices en plus grand nombre, le parti de la clémence trouvait cependant des adeptes éloquens et convaincus. Dans la séance du 9 novembre, quelques phrases de M. Odilon Barrot sur l'adresse au roi contre la peine de mort amenèrent M. Guizot à la tribune* Gomme, en s'y rendant, il passait devant M. Casimir Perier, ce dernier lui dit :
« Vous ferez d'inutiles efforts; vous ne sauverez pas la tète de H. de Poltgnac. v
H. Guizot i^exprima en ces termes : (c Je ne porte aucun intérêt aux ministres tombés, je n'ai avec aucim d'eux aucune relation ; mais j'^ai la profonde conviction qu'il est de l'honneur de la nation , de aoo honneur historique, de ne pas verser leur sang. Iprès avoir changé le gouvernement et renouvelé la face du pays , c'est une chose misâraUe de venir
poursuivre une justice mesquine à côté de cette justice immense qui a frappé, non pas quatre hommes, mais un gouvernement tout entier, toute une dynastie. En fait de sang, la France ne veut rien d'iûutile. Toutes les révolutions ont versé le sang par colère, non par nécessité; trois mois, six mois après, le sang a tourné contre elles. Ne rentrons pas aujourd'hui dans l'ornière où nous n'avons pas marché , même pendant le combat. »
La chambre accueillit ces paroles avec une émotion sympathique. M. Boyer-Collard dit à M. Guizot :
<( Vous ferez de plus grands discours; vous ne vous ferez jamais à vous-même plus d'honneur. »
M. de Martignac, s'asseyant à côté de l'orateur pour le remercier du secours qu'il venait d'apporter aux anciens ministres, ajouta :
tt C'est grand dommage que cette cause ne se juge pas ici et en ce moment; elle serait gagnée. %
Ainsi, devant les clameurs de la rue, commençait une généreuse et humaine conjuration dont il nous reste maintenant à raconter les péripéties et la victoire.
A la cour des pairs, rinstruction judiciaire se poursuivait. De tous les ministères arrivaient au président des pièces à l'appui, propres à éclairer les juges. Des incidens singuliers se produisaient. On recherchait au parquet de la Seine les mandats d'amener que l'ancien ministère était accusé d'avoir dressés contre des députés et des journalistes, et l'on n'en trouvait aucune trace. Un malfaiteur enfermé dans les prisons de Toulouse déclarait spontanément avoir reçu de M. de Polignac l'ordre d'allumer des incendies en Normandie. On l'amenait à Paris pour le mettre en présence de l'ex-président du conseil , et en y arrivant, il rétractait sa déclaration, laissant entendre qu'elle était sans fondement, qu'il ne l'avait faite que pour se procurer l'agrément d'un voyage et se ménager une occasion de fuir. Dn sieur Lizoire, inventeur de projectiles , prétendait avoir reçu une