‹ Le procès du baiser; comédie-vaudeville en deux actesChapitre 12 sur 35 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

ALFKED, 3UNA.

ALFRED , entrant par la droite, et mettant ses gants. ( A Mina. ) î\Iademoiselle , si vous n'êtes pas invitée.

MIKA

Al» ! mon Dieu , monsieur, laissez-moi , vous vous trompez. [Elle va s'asseoir sur le banc.)

ALFRED

Reincttez-vous , mademoiselle ; je ne croyais pas vous causer tant d'elFroi... Mais quand on entre dans un bal, et que la première danseuse libre se trouve être si jolie...

MINA

Monsieur !

ALFRED

Air : De l'innocence la plus pure (la Marraine).

Ah ! pardonnez si j'ai pu vous surprendre j Remettez-vous un peu de votre effroi , Et croyez bien que lorsque j'osai prendre La blanche main que vous tendiez vers moi , C'était autant un plaisir qu'une loi.

Ainsi que moi , chacun ici l'eût prise ; ^ Eîît-on d'ailleurs craint de vous irriter, En regrettant d'obtenir par surprise Ce qu'il serait si doux de mériter.

Si je l'obtins un instant par surprise. Oui , je voudrais un jour la mériter.

{A part.) On peut dire de ces cboses là; c'est poli, et cela n'engage à rien.

C'est à ma tante , monsieur, que s'adressent ces sortes de demandes.

ALFRED

Elle doit avoir souvent à répondre , car, jolie comme vous l'êtes...

MINA , à part.

Il s'exprime bien, ce monsieur. {Haut.) Je vous en prie, si vous la voyez, ma tante, ne Ivii dite pas que vous m avez trouvé... occupée à danser, car elle se fâcherait.

ALFRED

Voudrais~je vous causer même une peine légère? et puis comm-^nt pourrais-je parler à madame votre tante? Etranger dans cette ville que je ne voulais que traverser, un accident arrive à ma calèche m'y retient quelques heures ; l'aubergiste m'a offert , comme moyen de passer le temps , d'entrer dans le bal , et je cherchais la personne qui le donne pour prendre sa permission et lui adresser mes remercîmens.

MINA

Vous aurez beaucoup de peine à parler à monsieur Pétersthal, car il est si occupé aujourd'hui.

ALFRED

Il paraît que les danseurs sont en grand nombre , car j'ai vu des quadrilles se former au rez-de-chaussée.

MINA

Comment! on danse en bas aussi...

ALFRED

On danse partout, mademoiselle, on valse même, et si j'osais...

MINA

Ohî non, ma tante ne voudrait pas; elle est si sévère sur cet article-là.

ALFRED

Dites-moi où je pourrai la trouver, et je suis certain quelle permettra. . .

MINA, à part.

Pourtant si elle le voulait bien... (//Wm^ ) Monsieur, ma tante est dans la salle voisine.

ALFRED

Veuillez me la montrer, et ie vais. . . ( Rcucncjit sur ses pas. ) Mais il n'y a que des personnes qui dansent.

MINA

Ma tante est une de ces personnes-là.

ALFRED

Gomment , cette tante sévère !...

MINA

Oli I c'est quelle n'a pas comme moi des dangers à éviter.

ALFRED

Quels dangers ?

MINA

C'est ce que je voulais lui demander, mais avec elle j'obéis et ne raisonne pas, car c'est la sagesse même.

Air : Pour le trouver je vais en Allemagne. Chacun ici, comme moi, la contemple.

Elle a nos respects, notre amour.

ALFRED

Raison de plus pour suivre enfin l'exemple

Qu'elle vous donne daas ce jour.

Pourquoi tenir compte de sa délense ; En l'imitant pourriez-vous l'offenser !

3Iais puisque la sagesse danse, L'innocence peut bien valser.

MINA

Au fait , je n'avais jamais examiné la question sous ce point de vue.

ALFRED

Yous voyv7, donc bien que vous ne pouvez pas vous dispenser, et puis, que pouvez-vous craindre ? je pars dans quelques minutes... La valse terminée, je monte en voiture pour continuer mon tour d'Eui'ope.

MINA

Si j'étais bien certaine de votre départ après la valse.

ALFRED , la menant à la terrasse.

Voyez la voiture... et mon domestique qui attache les malles... Germain, tu vas envoyer chercher les chevaux... Etes-vous convaincue, mademoiselle?...

MINA , 'vwcmcnt.

Ainsi , ma tante pourrait ne rien savoir ?

ALFRED

Et lorsqu'elle vous parlerait des dangers du bal , vous

saunez au moins à quoi vous en tenir. L'heure m'appelle , mademoiselle, n'aurais-je pas l'honneur de vous donner la main?... Eh bien?

MINA , après un momenl d'hésitation.

Eh bien! j'accepte... parce que vous me l'avez dit: ce que fait ma tante ne peut être mal. {A part.) Et puis, il va partir.

Air : Allons , viens au bal (de l'Orplieline). Il faut nous presser \ De danser. j

I Que je suis contente ! \ /■>■ \

Mais quand mon dcsir ' ^ '' Va s'accomplir, Je suis tremblante.

ALFRED

Partons-nous?

Mais, dites- vous, Quoi ! votre tante Par-là ( montrant sa droite) danse aussi ?

MINA

Oui, monsieur- venez par ici.

[mile l'entraîne à gauche.)

11 faut nous presser

De danser.

Que je suis contente !

Mais quand mon désir

Va s'accomplir,

, Je suis tremblante.

HiySEMBLE.l ^LPHED.

Oui, courons danser. Je vais presser Sa main tremblante.

Pour moi, quel plaisir Vient de s'oflrir !

Elle est charmante !

( Us sortent.)

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